Home ACTUALITÉ Fête de la jeunesse 2026 : espoir en bandoulière, désillusion en héritage

Fête de la jeunesse 2026 : espoir en bandoulière, désillusion en héritage

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Jeunes écoliers participants aux festivités de la fête de la Jeunesse

Entre mémoire historique, dialogues institutionnels et attentes politiques déçues, le soixantenaire de la Fête de la jeunesse révèle une génération camerounaise tiraillée entre commémoration et frustration, célébrée dans les discours mais encore marginalisée dans les actes.

Jeunes écoliers participants aux festivités de la fête de la Jeunesse

Du 1er au 11 février 2026, le Cameroun célèbre le soixantenaire de la Fête de la jeunesse sous le thème « Jeunesse au cœur des grandes espérances, pour un Cameroun uni, stable et prospère ». Une phrase solennelle, presque poétique, qui semble promettre des lendemains lumineux… mais rappelle surtout que l’espoir, comme la jeunesse, a besoin de terrain pour grandir.

À Yaoundé, le Musée national a accueilli le Panel 4, espace de dialogue direct entre jeunes et membres du gouvernement. En salle, en ligne, via la WebTV du MINJEC, la jeunesse a pris la parole : micros ouverts, caméras allumées, espérances branchées sur courant continu. La question centrale : peut-on célébrer la jeunesse sans comprendre son histoire ?

Pour le Dr Mfouapon Alassa, enseignant à l’Université de Yaoundé I, la Fête de la jeunesse est profondément politique. Née des fractures coloniales, des divisions territoriales et de la Réunification, elle visait à rapprocher des jeunesses longtemps séparées. Héritière du Youth Day du Cameroun occidental, elle devient après la Réunification un symbole fort d’unité nationale, érigeant la jeunesse en « fer de lance de la nation ». En théorie, les jeunes sont au centre ; en pratique, ils se retrouvent souvent au centre… des discours.

Le lancement officiel à Garigombo, dans la Boumba-et-Ngoko, par le ministre Mounouna Foutsou, se voulait hautement symbolique : rappeler que même les périphéries appartiennent au récit national. Mais le symbole, lui, ne remplit pas les assiettes. « On parle d’espérance, mais le quotidien reste dur », confie Martin Zé, diplômé sans emploi à Yokadouma. Dix jours de fête, douze mois de galère : l’équation est vite faite.

L’attente politique renforce le malaise. Le discours présidentiel de fin 2025 annonçant un nouveau gouvernement avait suscité un espoir de renouvellement générationnel. Des semaines plus tard, le silence alimente la déception. « On a encore cru », soupire Mireille, étudiante à Yaoundé. À force, même l’espoir demande un contrat avant embauche.

Dans la classe politique, deux discours s’opposent : la patience d’un côté, la dénonciation de l’instrumentalisation de l’autre. Le sociologue Nanfa Dieudonné alerte sur le danger : une jeunesse qui ne croit plus aux discours se replie, s’abstient, s’exile ou se débrouille. Chômage, précarité et faible représentation politique nourrissent ce sentiment d’abandon.

À l’approche du 10 février, la jeunesse écoutera le discours présidentiel, entre mémoire et attentes. Car derrière les fanfares, les défilés et les slogans bien repassés, une question persiste : la célébration suffit-elle encore quand la jeunesse réclame moins de mots et plus d’actes concrets, durables et visibles ? L’espoir ne se nourrit pas d’affiches, mais d’actions, et cette génération camerounaise, malicieuse et persévérante, sait attendre… mais pas indéfiniment.

Tom

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