L’inscription du Guruna au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, loin de faire consensus, a ravivé des débats identitaires parfois virulents. Face aux polémiques, les notables coutumiers Massa, appuyés par les Ba’aré, Massa d’expression Toupouri, rappellent une réalité historique complexe mais claire: le Guruna est d’essence Massa, et les Ba’aré en sont les gardiens et pères fondateurs dans l’aire culturelle Toupouri. Un appel solennel à sortir des querelles et à réconcilier culture et vérité.

La reconnaissance du Guruna par l’Unesco aurait dû être un moment d’unité et de fierté collective. Pourtant, des prises de position publiques et des controverses juridiques alimentent la confusion autour de l’identité culturelle de cette danse. Au cœur du débat, le rôle des Ba’aré, parfois instrumentalisé, parfois déformé. Les notables coutumiers ont décidé de parler. «Nous sommes Ba’aré, nous parlons le Toupouri, mais nous sommes culturellement Massa», affirme Albert Djackissam, haut cadre au ministère de la Jeunesse et de l’Education Civique, élite Ba’aré du Mayo-Danay. «Notre histoire, nos rites et nos cadres coutumiers s’inscrivent dans l’aire culturelle Massa. Cela ne s’oppose pas à notre rôle central dans la culture Toupouri».
Les notables sont unanimes sur un point: les Ba’aré sont reconnus comme les gardiens de la tradition et de la culture Toupouri. Leur rôle dans la préservation, la transmission et la structuration de cet héritage est essentiel. «Chez les Toupouri, quand on parle de culture, on parle des Ba’aré», rappelle Djakissam. «Ce sont eux qui ont porté, codifié et transmis les savoirs». Le Guruna occupe une place centrale dans cette histoire. Aujourd’hui, il est une composante majeure de la culture Toupouri, célébrée lors des grandes cérémonies, des fêtes communautaires et des rites sociaux. «La danse Guruna est aussi un symbole fort de l’identité culturelle toupouri», explique Djackissam. «Et les Ba’aré en sont les pères fondateurs reconnus». Cette reconnaissance, loin de contredire l’ancrage Massa du Guruna, en révèle la profondeur. «La culture n’est pas une ligne droite», analyse le Docteur Castro Senna, expert du patrimoine. «Elle est faite de circulations, de filiations et de responsabilités partagées. Les Ba’aré incarnent ce lien vivant entre l’univers Toupouri et l’aire culturelle Massa».
Oui à la vérité culturelle
C’est précisément cette complexité que les notables refusent de voir simplifiée ou instrumentalisée. «Transformer le Guruna en objet de bataille juridique est une erreur», tranche Gassibassou Hélène, promotrice culturelle à Maroua. «La culture ne se tranche pas par des communiqués agressifs ou des polémiques sur les réseaux sociaux». Les Ba’aré se désolidarisent clairement des agitations actuelles portées par certains acteurs se réclamant du droit. «Ces initiatives n’engagent ni notre communauté, ni nos autorités traditionnelles», précise Uni Madura, promoteur culturel basé à Yaoundé. «Nous choisissons la paix sociale et la cohésion». Les faits, rappelle-t-il, parlent d’eux-mêmes. Le 12 décembre 2026 à N’Djamena, les représentants des Ba’aré du Cameroun et du Tchad ont été officiellement reçus par la présidence de la Supervision générale du TOKNA Massana 2025, en tant que composante à part entière de la communauté massa. «C’est une reconnaissance claire et publique», souligne Djackissam.
Le message des notables est limpide: oui à la valorisation du patrimoine et à la reconnaissance internationale, mais non aux querelles inutiles et à l’instrumentalisation identitaire. «Le Guruna n’appartient pas à une stratégie, encore moins à une polémique», conclut Kouga Romain, doctorant en science politique. «Il appartient à une mémoire, à des peuples et à une histoire partagée». Et de rappeler cette maxime désormais reprise par de nombreux chefs traditionnels: «La culture élève quand elle rassemble. Elle s’abaisse quand elle divise». Dans un contexte où les identités sont souvent mises à rude épreuve, les Massa et les Ba’aré rappellent que la culture, lorsqu’elle est respectée, reste avant tout un pont entre les générations et les communautés, jamais une arme contre l’autre.
Tom






