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Budget 2026 : la jeunesse, têtes pleines, perspectives vidées

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Jeunes conducteurs de motos au marché central de Yaoundé

Avec ses 8 816 milliards FCFA, le budget 2026 du Cameroun impressionne les tableaux Excel. Mais à l’aube de la semaine à elle consacrée, la jeunesse se pose une question simple : « Et nous, on rentre où dans ce chiffre ? »

Jeunes conducteurs de motos au marché central de Yaoundé

Avec ses 8 816 milliards FCFA, le budget 2026 de l’État du Cameroun se veut historique. Historique par le volume, spectaculaire par les annonces, impressionnant par les zéros. Mais dans les amphithéâtres bondés, les quartiers populaires et les rues des grandes villes, une autre lecture s’impose : celle d’une jeunesse nombreuse, diplômée, débrouillarde… et profondément inquiète.

À l’Université de Yaoundé II, les étudiants remplissent les salles, mais le marché du travail, lui, reste désespérément vide. « On nous parle de budget en hausse, mais après le diplôme, c’est la moto ou le chômage », lâche Isaac Kojikoua, étudiant en droit, résumant une génération entière en une phrase. À Ngoa-Ekellé, Ibrahim, étudiant en biologie végétale, ironise : « On parle d’agriculture moderne, mais on ne voit pas où les jeunes formés vont s’insérer ». Entre stratégie nationale et trajectoires individuelles, le courant passe mal.

Le gouvernement met en avant un fonds spécial de 50 milliards FCFA pour l’emploi des jeunes et l’autonomisation des femmes. Sur le papier, l’intention est noble. Dans la réalité, l’équation est moins glorieuse. « Rapporté à la masse de jeunes sans emploi ou sous-employés, ce montant est marginal », analyse le docteur Assako. Autrement dit : un verre d’eau face à un incendie social. « On finance des projets, mais on ne transforme pas l’économie capable de les absorber », ajoute-t-il, lucide.

Dans les rues de Douala et de Yaoundé, la jeunesse roule. Littéralement. Moto-taxis partout, casques rares, diplômes bien rangés à la maison. Rodrigue, 27 ans, licence en géographie, conduit une moto : « J’ai étudié pour comprendre le territoire, pas pour slalomer entre les embouteillages, mais il faut manger ». Pour Isma Maouré, expert en politiques publiques, le message est clair : « Le budget 2026 normalise l’informel. On transforme une stratégie de survie en politique publique ». Le débrouillard devient modèle, la précarité devient projet.

À cela s’ajoute le déficit budgétaire de 631 milliards FCFA et le recours massif à l’endettement. Officiellement, la dette est “soutenable”. Officieusement, la facture est générationnelle. « Ce sont les jeunes qui paieront demain une dette contractée aujourd’hui sans bénéfices visibles pour eux », avertit Séraphin Chouba, spécialiste des finances publiques. Traduction simple : on emprunte au nom du futur, mais sans inviter le futur à la table.

Majorité et opposition se renvoient la balle
Les uns parlent de stabilité, les autres de stagnation. Les discours s’affrontent, mais le malaise reste. Dans l’administration même, certains reconnaissent à demi-mot l’absence de vision globale pour la jeunesse.

Au final, le problème n’est pas seulement budgétaire. Il est politique, structurel et générationnel. Le budget 2026 affiche des ambitions, mais la jeunesse, elle, attend des perspectives. Pas des lignes comptables. Pas des slogans. Pas des programmes sans débouchés. Juste un avenir crédible. Car pour beaucoup de jeunes Camerounais, le mur n’est pas fait de chiffres. Il est fait d’attentes, de diplômes… et de portes fermées.

Tom

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