
Confrontée à des tensions financières persistantes, l’institution sous régionale a opéré un virage stratégique discret mais déterminant : investir le champ du lobbying diplomatique comme levier prioritaire de survie institutionnelle.

La tournée du vice-président de la Commission au Tchad, puis au Gabon et au Cameroun, s’inscrit dans cette logique d’influence politique assumée, loin des seules approches technocratiques. Cette séquence diplomatique traduit une conviction désormais partagée au sein de la Commission : le financement communautaire n’est plus un simple problème de mécanismes ou de règles, mais un enjeu de volonté politique. En multipliant les audiences de haut niveau, la Cemac cherche à replacer la contribution communautaire dans l’agenda stratégique des États, là où se prennent les décisions déterminantes.
Au Gabon, la démarche s’est appuyée sur une diplomatie de valorisation. En saluant le rôle pionnier des autorités gabonaises dans l’application des mécanismes de financement, la Commission utilise un ressort classique du lobbying régional : ériger certains États en modèles afin de créer une dynamique d’émulation, voire une pression morale sur les partenaires plus hésitants.
Au Cameroun, acteur central de l’espace Cemac, le plaidoyer a pris une dimension plus structurante. Il s’agissait moins de convaincre que d’obtenir un signal politique fort, capable d’entraîner l’ensemble de la Communauté. L’annonce d’un appui financier à court terme apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un travail diplomatique ciblé, combinant argumentaire institutionnel, crédibilité régionale et responsabilité de leadership.
Pour l’économiste régional Alain Noumbissi, cette démarche relève d’«un lobbying de survie institutionnelle», estimant que «la contrainte financière est avant tout politique». De son côté, la diplomate à la retraite Philippe Essomba observe que «la Cemac parle enfin le langage des capitales, celui de l’influence, de l’engagement et de la responsabilité collective». À travers cette tournée, la Commission redéfinit son rôle : moins cantonnée aux équations budgétaires, davantage ancré dans l’art de la persuasion diplomatique. Un repositionnement stratégique qui révèle une Cemac consciente que sa crédibilité et sa pérennité se jouent désormais autant dans les couloirs du pouvoir que dans les textes communautaires.
Ongoung Zong Bella





