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Les Koh Zimé: un peuple face à sa destinée

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La 6e édition du festival Koh Zimé, tenue à Lomié du 15 au 21 octobre 2025, a offert l’opportunité d’une célébration culturelle d’envergure; mais aussi une plateforme de communication entre le divin et l’élémentaire, le présent et le passé.  

«Six ans après, nous existons. Il y a encore six ans nous en étions à nous demander si nous existons». Ces paroles prononcées à Lomié le 19 décembre 2025 par la secrétaire permanente de l’Association Koh Eloh portent l’allure d’une introspection. Pas de celles qui sont empreintes de négativité mais un regard rétrospectif qui trace le sillage de la progressivité. Au moment où cette parole est dite, Ma’am Leedjue Mô Zam Delise Laurence se prépare à dérouler un bilan des réalisations effectuées au courant de l’exercice 2025 en vue  de la reconstruction identitaire du peuple Koh Zimé. Du nom de ce grand groupe reparti entre les régions de l’Est, du Sud et du Centre. Mais aussi, dans divers pays à l’instar du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, de la Centrafrique, de l’Angola, entre autres. Une dissémination géographique que les fils Koh Zimé veulent aujourd’hui corriger au travers de rassemblements et d’initiatives culturelles communautaires. A l’instar du Festival Koh Zimé dont la 6e édition a fermé ses portes samedi, 20 décembre 2025.  

Réunification autour du Nkol Eloh

Le Haut Dignitaire Nkoh Mô Djampir Cyrus face à la tradition

L’association Kol Eloh est le socle de cette initiative communautaire. Ses actions en appellent aujourd’hui les fils Koh Zimé à se ressaisir de la liane Koh Eloh – qui jadis permis de préserver la vie des patriarches – pour reconstituer et pérenniser les valeurs culturelles, cultuelles et ancestrales. «A l’origine, on a affaire à une famille composée de 24 enfants mâles. Les Allemands sont arrivés et nous prenaient comme des animaux dans la forêt. La maltraitance était telle que nos patriarches se sont assis, ils ont appelé le dieu tout puissant, qui est le dieu de tout le monde, parce qu’ils avaient des rites qui leur permettaient de demander certains pouvoirs à dieu. Ils ont résolu, puisqu’ils étaient au bord d’une grande rivière et qu’ils n’avaient pas de pirogues, de transférer tous les pouvoirs mystiques à l’un des leurs ainsi que les directives pour s’en servir. Le pouvoir permettait de taper son ventre pour ressortir son intestin. Et donc lors de la fuite devant les Allemands, il s’est servi de ce pouvoir il a sorti son intestin, il l’a étiré jusqu’à atteindre l’autre rive ce qui a donné un pont solide  qui a servi pour faire traverser ses frères. C’est comme cela que certains ont fait la traversée mais tous ne l’ont pas suivi. Les autres s’étaient plutôt dispersés dans les brousses pour se cacher», raconte sa Majesté Christophe Pibot, chef du village Mbang.

Cette vague de déplacement est à l’origine de la reconfiguration du positionnement spatiale des Koh Zimé. Au Cameroun, ses principales composantes sont les Badjoué, Nzimé, Bikélé, Bagantou, Bagando, Mpiemo, Mabi, Ndjémé, Njem, Mpoubieng, Ssô’o, Bidjuki, Kounabembe, Ngumba, Bakwélé, Mpônmpô, Mvong Mvong. «On retrouve les Kwélé ou Bakwélé, les Sangha Sangha, les Bomwali et les Lino dans le département de la Sangha en République du Congo. En Centrafrique on retrouve les Mpiemo et les Sangha Sangha. Du côté de la Guinée Equatoriale on a les Ngumba et les Mabi. Moi je suis Kwélé du Logo et Vindo.  Nous sommes la même souche et on se comprend tous dans nos langues», explique le Gabonais Jérémie Panzock Mayelé, secrétaire général de l’ONG internationale Koh Eloh, ressortissant gabonais. 

Reconnexion à l’ancestralité

La reine Moa Tessa à l’entrée de la forêt sacrée

La reconstruction de l’ethnicité Koh Zimé telle qu’engagée est une œuvre globale qui s’étend à la reconnexion aux êtres immatériels. «Nous sommes ici pour harmoniser nos cultures et développer notre sociabilité, rassembler nos filles et fils à s’accorder à nos us et coutumes. Nous ne transmettons pas seulement, nous initions, nous matérialisons. Le travail de la forêt sacrée était une présentation du patrimoine matériel, à travers la pharmacopée, et immatériel dans sa transmission transgénérationnelle, holistique et initiation aux us et valeurs culturelles. Nous avons fait des oracles et nous sommes sortis chargés, avec des directives à suivre», renseigne Sa Majesté François Armel Ngomo Ngomo Mounang, chef de 3e degré du village Abanga du groupement Ssô’o. La forêt sacrée de Lomié fait partir des six espaces rétablis depuis le lancement du Festival Koh Zimé en 2020; suivant une vaste opération de re-consécration des sanctuaires ancestraux menée par Kol Eloh. Dans ce contexte, le propos de cette autorité traditionnelle se situe comme une introduction aux mystères de la purification, l’élévation, la guérison, des oracles et miracles mis en exergue dans le cadre du Lomié 2025, sous la conduite de la reine des forêts Kol Eloh. «Moi la reine de la forêt des Koh Zimé, choisie par les dieux de Kol Eloh. Les dieux m’ont donné comme nom, le nom d’une femme guerrière. Elle s’appelait Moa Tessa et c’est mon nom. Moa Tessa Raïssa. Dans la forêt sacrée, les dieux m’ont doté de pouvoirs de purifier les enfants Kol Eloh. Tout problème qu’un enfant Kol Eloh peut avoir, les dieux résolvent cela. Donc les enfants Kol Eloh n’ont pas un problème de sorcellerie négative. Ils ont des choses positives, ce qui vient de nos ancêtres et nos ancêtres ont ressuscité les reines pour protéger nos forêts et protéger nos enfants Kol Eloh. On a initié les reines Kol Eloh aujourd’hui et c’était une grande fête. Les dieux étaient contents et ils le seront toujours. Donc nous sommes à la forêt sacrée pour honorer nos dieux et recevoir les bénédictions», affirme la reine Moa Tessa.

L’accomplissement de prophéties

Le site a ouvert ses portes du 15 au 21 décembre 2025 à plus de 2000 festivaliers, en marge des activités au village dédié aux expositions. Toutefois, des défis demeurent quant à la restauration de toutes les places sacrées hérités. C’est le cas du sanctuaire de Bouam, le grand prêtre du Ngoa, dont l’importance pour les Koh Zimé n’a d’égale que l’encadrement autrefois fournie par ce patriarche. Lequel figure par ailleurs parmi les oracles qui ont jadis annoncé le grand retour aux sources du peuple Koh Zimé. La génération actuelle y répond par des rencontres annuelles dans le cadre du Festival Koh Zimé et d’autres évènements de moindre ampleur. Aussisont-ils venus de Messamena, de Mouloundou, de Messok, de Mindourou, de Noyla, de Yokadouma, d’Akonolinga, d’Ayos, de Kribi, de Palapoumbe, de Batouri, d’Angola, de Souanke et Ouesso au Congo, du Gabon afin de festoyer en communauté. «A tout moment il nous parle, il apparait aux initiés et à ceux qui ont le sang du Ngoa. Si par exemple quand il tourne la tête, c’est le sang qui sort des narines, ça veut dire qu’il y aura mort d’hommes. Ceux qui maitrisent la codification savent de quoi il parle. Il y a des signes et suivant la codification on reçoit un message ou un autre», apprend-on auprès de quelques gardiens de la tradition. Selon ces sources, les oracles prononcés ont quelques fois concerné la vie de la nation et le sort commun de l’ensemble des Camerounais.

Louise Nsana

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