L’internationaliste gabonaise s’ouvre pour une lecture extérieure du PDIZTF.

La remise des documents du PDIZTF à Ebibeyin a été saluée comme une avancée majeure. Pourtant, certains évoquent les nombreux défis administratifs. Qu’en pensez-vous ?
Vous avez raison. Le PDIZTF est un projet ambitieux, mais sa réussite ne dépend pas seulement de la volonté politique affichée lors des cérémonies. La vraie difficulté réside dans l’alignement des trois systèmes administratifs. Chaque pays a ses règles, ses procédures, parfois ses habitudes… et il faut que tout cela fonctionne ensemble, ce qui, vous en conviendrez, est un exercice de haute voltige bureaucratique.
Peut-on dire que ces défis sont typiques des projets sous-régionaux ?
Absolument. Dans la plupart des initiatives transfrontalières en Afrique centrale, les idées brillent sur le papier, mais elles se heurtent à la réalité administrative. Ce n’est pas un problème de volontés, mais de mécanismes. Harmoniser des unités de gestion, standardiser les procédures et coordonner les ressources humaines sont des étapes complexes. Le PDIZTF, l’art de faire simple avec des choses apparemment compliquées
Pourtant, Cameroun et Gabon ont déjà mis en place leurs unités de gestion… Est-ce un signe d’optimisme ?
Oui, et c’est encourageant. Ces unités opérationnelles montrent que l’exécution est possible si la volonté politique est réelle et que les fonds sont alloués. Mais il reste la Guinée équatoriale et l’harmonisation transnationale. Tant que les trois pays ne parlent pas juridiquement la même langue, le programme restera fragile.
Quels risques si l’harmonisation juridique n’est pas rapidement réalisée ?
Les financements internationaux risquent de se faire attendre. Les investisseurs cherchent des projets clairs, sécurisés et transparents. Sans cadre légal harmonisé, les initiatives resteront locales et informelles. En termes simples : de belles idées, mais peu de réalisations concrètes.
Et sur le plan social, quel impact ce retard pourrait-il avoir sur les populations ?
Les communautés locales sont déjà très actives. Elles échangent, commercent et vivent ensemble depuis longtemps. Le PDIZTF n’invente rien : il officialise ce qui existe déjà. Le danger serait que les délais administratifs créent frustration et méfiance si les populations voient trop peu d’impact tangible.
Comment le programme peut-il surmonter ces obstacles ?
La clé réside dans la coordination pragmatique et l’accompagnement technique. Des formations, des plateformes de communication efficaces et des ressources adaptées sont indispensables. Il ne s’agit pas seulement de promulguer des lois, mais de rendre leur application fluide et opérationnelle.
Peut-on dire que la CEMAC joue ici un rôle de chef d’orchestre ?
Exactement. Son leadership est crucial pour maintenir l’élan et garantir que les États avancent de manière synchronisée. Sans elle, le PDIZTF risquerait de devenir un projet éclaté, où chaque pays avance à son rythme et selon sa logique.
Enfin, un mot d’espoir pour nos lecteurs ?
Le PDIZTF a un potentiel immense. Si Cameroun, Gabon et Guinée équatoriale parviennent à surmonter les défis administratifs et à harmoniser leurs cadres juridiques, cette zone pourrait devenir un modèle unique d’intégration transfrontalière. La prospérité et la coopération ne sont plus des concepts abstraits : elles sont à portée de main… avec un peu de patience et beaucoup de coordination !
Jean -René Meva’a Amougou





