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Aux Trois-Frontières… les populations avaient déjà intégré l’intégration

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S. E. Désiré Jean Claude Owono Menguele (ambassadeur du Cameroun en Guinée Équatoriale ) et Emilio Bokuy Mongo (Président de l'Association équato-guinéenne de Songo et President Exécutif de la Commission Sous-régionale de Songo (CSRS)

Le PDIZTF, remis officiellement le 5 décembre à Ebibeyin, ne fait que mettre un cadre formel à ce qui existe depuis longtemps, donnant aux interactions spontanées des populations locales une légitimité et des outils pour se structurer.

S. E. Désiré Jean Claude Owono Menguele (ambassadeur du Cameroun en Guinée Équatoriale ) et Emilio Bokuy Mongo (Président de l’Association équato-guinéenne de Songo et President Exécutif de la Commission Sous-régionale de Songo (CSRS)

À Ambam, Bitam et Ebibeyin, la notion d’intégration n’est pas un concept abstrait qu’on discute en conférence ou qu’on célèbre lors de cérémonies officielles. Elle se vit au quotidien, dans les marchés communs, les transports partagés et les liens familiaux qui franchissent sans effort les frontières administratives. Pour le sociologue camerounais Dr. Joël Mbarga, « l’originalité du PDIZTF est d’inverser la logique habituelle : ce sont d’abord les communautés qui s’intègrent, et ce sont ensuite les États qui doivent suivre. Trop souvent, les administrations tentent de créer des dynamiques qui existaient déjà à la base ». Selon lui, cette approche pragmatique pourrait bien faire du programme un modèle pour toute l’Afrique centrale, où la bureaucratie freine souvent les initiatives populaires.

Sur le terrain
La réalité sur le terrain est éloquente. Les commerçants de Bitam approvisionnent quotidiennement les marchés d’Ambam et d’Ebibeyin, les transporteurs font circuler des biens malgré les contraintes douanières, et des familles entières sont réparties sur les trois pays, tissant des liens qui ignorent les tracés administratifs. « L’intégration n’est pas un slogan, c’est un acte quotidien » confirme Mme Léonie Obiang, économiste gabonaise spécialisée dans les échanges transfrontaliers. « Le PDIZTF intervient comme un facilitateur : harmoniser les règles, sécuriser les flux et créer des infrastructures adaptées pour que ce qui se faisait déjà devienne officiel et plus efficace ».

Les experts notent que ce cadre légal et institutionnel est indispensable pour attirer des financements extérieurs et structurer le développement. José Mba, sociologue équato-guinéen, souligne : « Sans normalisation juridique et administrative, les projets restent fragiles. Ce que le PDIZTF apporte, c’est la possibilité de transformer un dynamisme informel en une économie plus robuste et prévisible ». Les visites de terrain des délégations officielles ont mis en lumière cette vitalité locale. Marchés bien achalandés, infrastructures scolaires et sanitaires partagées, coopérations communautaires déjà existantes : autant d’éléments qui prouvent que l’intégration est déjà une pratique quotidienne, et non un objectif futur lointain. Le PDIZTF ne crée donc pas de nouvelles relations, il les valorise, les sécurise et les rend plus efficaces, en offrant aux États un rôle de coordination plutôt que de simple supervision.

Défis
Cependant, les défis demeurent. La coordination entre trois États aux systèmes administratifs différents, la mise en place d’unités de gestion opérationnelles et l’harmonisation des cadres juridiques requièrent des efforts constants. Dr. Mbarga rappelle que « le succès dépendra autant de la volonté politique que de l’adhésion des populations locales, qui sont déjà les véritables moteurs de l’intégration ».
En définitive, le PDIZTF a le mérite de reconnaître une évidence : l’intégration se pratique d’abord au quotidien avant d’être discutée en haut lieu. Si Cameroun, Gabon et Guinée équatoriale parviennent à aligner institutions, ressources et infrastructures sur cette dynamique existante, la zone des Trois-Frontières pourrait devenir un modèle de coopération régionale, démontrant que les peuples ont souvent un temps d’avance sur les États. Et, dans cette logique, le programme pourrait bien transformer les interactions transfrontalières de simples habitudes locales en véritables leviers de prospérité sous-régionale.

Jean -René Meva’a Amougou

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