Home ENTREPRISE Flux financiers illicites : l’or du Cameroun se taille la part belle

Flux financiers illicites : l’or du Cameroun se taille la part belle

200
0

L’exploitation artisanale est au centre d’un phénomène que met au goût du jour le rapport ITIE 2023.

Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique s’est montré embarrassé à Yaoundé le 12 décembre 2025 au sujet de la production et l’exportation de l’or du Cameroun. C’est qu’il est apparu, à la faveur de la présentation du rapport 2023 du Cameroun à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), un écart important entre les données rapportées et celles avancées par quelques partenaires. A l’occurrence les Emirats arabes unis qui avaient annoncé en 2023 un négoce à ses frontières de 15 tonnes d’or issues du Cameroun. Pourtant, le pays ne dispose pas d’une mine industrielle autour de ce minerai. Ni d’une activité artisanale suffisamment développée pour soutenir une telle exploitation. Ce dont témoigne le 17e rapport ITIE du Cameroun en avançant une quantité de 953 Kg d’or exploité dont seulement 22 kilogrammes exportés.

Un casse-tête pour Fuh Calistus Gentry dans un contexte marqué par la dépendance aux ressources naturelles d’un côté, et des velléités transformation de l’économie tirée par les matières premières de l’autre côté. Ce dernier met au goût du jour les problèmes que cause l’exploitation informelle. « Avec l’artisanat, il n’y a pas une étude de faisabilité préalable. Donc celui qui travaille doit déclarer ce qu’il a obtenu. Il y a la législation qui dit qu’il doit reverser 25% de ce qu’il a prélevé à la Sonamines. Mais est-ce que la Sonamines collecte vraiment 25% ? Peut-être qu’il faut déployer l’armée derrière chaque exploitant artisanal. Il faut faire un suivi à travers un procédé technologique. Il faut doter la Sonamine de moyens technologiques de détection. Il faut aussi alléger les taux d’exportation. Si nous appliquons des coûts élevés, les gens vont chercher d’autres moyens pour exporter. Autre chose, les pays autour du Cameroun exportent leur or par le Cameroun. Pourquoi ? Parce que si on attrape quelqu’un avec l’or au Cameroun, il y a une commission qui va siéger et on va donner des pénalités pour avoir contourner la voix officielle. Or dans certains pays, vous avez l’or on saisit et c’est tout. Donc le Cameroun devient un bon risque. Ça veut dire que ce n’est pas l’or du Cameroun exclusivement », explique le membre du gouvernement.

Manque à gagner
Les échanges d’or sur le marché international ont rapporté 904,14 millions de FCFA sur la période citée supra selon le rapport ITIE. Depuis 2019 pourtant, le cout de l’or a doublé avec une forte accélération à partir de 2023, partant de 1000 dollars l’once en 2019 pour 2000 dollars environ en 2023. Ce qui porte à 538,916 milliards de FCFA les fonds générés par le négoce de l’or suivant les données fournies par Les Emirats Arabes unis, et d’après des calculs effectués sur le taux de change de 558,74 XAF pour 1USD applicable en 2023.

Bien plus encore, l’histoire pour déterminer les causes de la hausse des cours de l’or, recentre l’imaginatif populaire autour de la guerre Russo-Ukrainienne, de la guerre commerciale Chine – Etats-Unis et sur l’effet d’inflation induit. Lesquels évènements ont quelque peu fait vaciller la finance traditionnelle mondiale. La hausse des cours de l’or a ainsi permis de garder les seuils de stabilité du dollar. « Les sanctions financières (dont le dollar est fréquemment l’instrument), ainsi que le regain des tensions géopolitiques peuvent inciter certaines banques centrales émergentes à rechercher une diversification de leurs réserves de changes en faveur de l’or et au détriment des actifs libellés en dollars. Au total, la demande d’or des banques centrales a doublé ces dernières années par rapport aux années précédentes », souligne la Banque de France dans un billet publié le 13 septembre 2024. Or, les réserves d’or de la Banque centrale des Emirats Arabes unis étaient de 74, 40 tonnes en 2023, selon la plateforme Trading economic. Ce qui a partiellement contribué au maintien d’une diversification économique, le portant à un taux de croissance de 3,9%. Les pays de l’Afrique centrale peinent à traduire l’abondance de leurs sous-sols en richesses ; gardant des niveaux de croissance tout en restant dépendant de l’endettement pour financer son économie.

De ce qui précède, le groupe multipartite ITIE Cameroun a permis, à travers le rapport de 2023, de poser le débat sur la mobilisation mais surtout le contrôle des ressources issues de l’exploitation de l’or. Un véritable défi pour les parties prenantes que sont le gouvernement, les opérateurs miniers, mais surtout la société civile.

Louise Nsana

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here