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Yaoundé : La pénurie des pièces de monnaie engendre l’inflation

«Il n’y a pas de monnaie!» Impersonnelle, la phrase résonne avec une sourde insistance partout où Francine M. se présente ici au marché de Nkoabang ce 27 novembre 2018. Dépitée, la jeune dame raconte comment la pénurie de petite monnaie impose l’inflation dans cet espace commercial de la banlieue de Yaoundé.

Des jetons, ce qui manque le plus

«Quand vous avez un billet, l’on arrondit à la hausse le prix de la marchandise pour faire la monnaie plus facilement», renseigne-t-elle. Sur le terrain, les effets se ressentent amèrement. «Pour avoir un tas d’oignons de 150 francs ici à Mvog-Mbi, il faut absolument tenir 150 francs. En cas de billet, les commerçants vous vendent le même tas à 200», déballe une restauratrice, surprise par le retour brutal de la volatilité dans ce marché situé au 4e arrondissement.

Plus que jamais, la situation donne le sentiment de n’être ni vraiment contrôlée ni vraiment comprise par personne. Les consommateurs se contentent d’assister à la mise en place du phénomène inflationniste sans rien pouvoir y faire. Partout, le sens commun prétend que «le diable a pris toutes les pièces». Ici à Mvog-Mbi, cette superstition s’intègre en temps direct dans la mémoire des acheteurs. Depuis des mois, apprend-on, la rareté des pièces d’argent de 25, 50 et 100 francs fait le prix des choses. «Partout où vous allez, il suffit que vous présentiez un billet pour que le prix grimpe. Partout les vendeurs s’excusent de ne pouvoir pas trouver des pièces sur-le-champ», souffle Bruno Etogo, spécialiste de la monétique, et ayant commis une étude sur le sujet.

«Shadow Trading»
Ces derniers temps, dans le secteur du transport, la raréfaction est le thème dominant du débat. «Faute de jetons à nous rembourser, les taximen imposent le tarif du taxi à 300 francs au lieu de 250 francs pour une course en journée», décrit Régine Mbozo’o. De l’avis de cette enseignante, chaque conducteur de taxi pense tirer son épingle du jeu en gardant le maximum pour lui. Dans les milieux syndicaux des transporteurs, l’on se récrie contre cette accusation. Certains invoquent la théorie libérale qui fait l’éloge du marché de gré à gré. Ils se félicitent de disposer d’importantes réserves de cash en fin de journée.

« En clair, au nom de la pénurie des jetons, les taximen imposent un shadow trading ou négoce de l’ombre à leur clientèle », tranche Hamadou Abdoukarim, un expert en monnaie. Selon lui, ce vent nouveau est escorté par la mauvaise foi. «C’est elle qui pousse les taximen à relever les tarifs à petits pas», soutient Delor Magellan Kamseu Kamgaing, le président de la Ligue camerounaise des consommateurs (LCC).

À la base…
Dans leurs théories, les spécialistes de la monétique indiquent deux causes à la pénurie de jetons observée au Cameroun. « Il y a la thésaurisation (le fait de garder la monnaie chez soi et non à la banque) qui a pris des proportions inquiétantes chez certains citoyens. Autre explication plausible : les petits artisans informels l’avouent, ces pièces, qui sont en métaux précieux, comme l’or, l’argent, le bronze et autres, sont utilisées pour faire des bijoux», explique Bruno Etogo. À l’en croire, de pareilles situations ne devraient pas arriver. «Car, dit-il, les pièces de monnaie ne sont mises en circulation qu’après échange contre une quantité équivalente d’unités de compte plus généralement représentées par des billets. En réalité, tant qu’existera le petit commerce, celui des détaillants, il existera des pièces de monnaie pour faciliter les échanges commerciaux».

Jean-René Meva’a Amougou

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