Depuis Yaoundé: L’Union africaine affiche ses ambitions de puissance

Le 13 juillet dernier, lors d’une conférence à l’Institut des relations internationales du Cameroun, le président de la Commission de l’UA a présenté les tenants et les aboutissants de la réforme de son institution.

La réforme de l’Union africaine (UA) vise «le renforcement de notre intégration continentale. C’est surtout un moyen opportun de positionner notre continent comme un acteur crédible sur la scène internationale. Nous devons désormais parler d’égal à égal. De continent à continent. Mais cela passe par le renforcement de notre union», a déclamé Moussa Faki Mahamat à l’Iric vendredi dernier. L’Afrique doit augmenter sa «capacité à se positionner stratégiquement dans le multilatéralisme et même d’en avoir une vision singulière à elle», dévoile le président de la Commission de l’UA. En novembre prochain, à Addis – Abeba, les chefs d’Etat et de gouvernement du continent se réuniront en conférence extraordinaire pour adopter la réforme de l’Union africaine. Autant le dire, si plusieurs axes ont connu des avancées, plusieurs autres attendent le consensus ou sont en cours de discussion.

Souveraineté budgétaire

Toujours dépendante de subventions extérieures à hauteur de 90% de son budget, l’UA – dans le cadre de la réforme – va mettre en application la taxe de 0,2% sur les importations non africaines. A ce jour, 26 pays ont intégré le mécanisme dans leur loi de finance. Le Cameroun en fait partie. «Sur dix ans, cette taxe pourrait permettre à l’organisation de récolter 1milliard 500 million de dollars de budget» affirme le président de la Commission de l’UA. Cette taxe permettra de financer nos opérations de maintien de la paix, pour les rendre «conformes à nos cultures et adapter aux menaces». C’est la raison d’être du forum Tana que préside l’ancien président ghanéen John Dramani Mahama.

La souveraineté budgétaire de l’UA est également le gage de la «rupture du cordon ombilical» avec les puissances colonisatrices d’hier et néocolonialistes d’aujourd’hui, aux velléités d’impérialisme jamais assouvies. «Notre sécurité auto-entretenue, nos projets intégrateurs à travers l’agenda 2063 pour dynamiser l’interconnexion du continent, le fonctionnement de notre organisation ; voilà les clés de notre indépendance dans ce monde incertain» tranche Moussa Faki. Le financement autonome est donc une impérieuse nécessité.

Du point de vue opérationnel, la division du travail est le premier et principal résultat que vise la réforme. Il s’agit de responsabiliser et de bien faire jouer leur rôle à chacun des acteurs de l’intégration continentale, en l’occurrence les Etats, la Commission de l’UA, les Communautés économiques régionales (Cer), les institutions spécialisés de l’UA, les agences d’exécution…

Autant le président de la Commission de l’UA salue la mutation déjà actée du Nepad en agence de développement, autant il insiste sur le besoin d’introduire plus de performance au sein la Commission, non sans rappeler le rôle central à jouer par les Cer. De fait, l’une des articulations nouvelles de la réforme est de réinstaller les Cer dans leur rôle de pilier de l’intégration continentale. A travers une meilleure convergence entre les programmes des Cer et une densification du jumelage programmatique entre les Cer et l’UA. Une instance de concertation permanente entre les tops management des Cer et de l’UA devrait voir le jour à cet effet.

Afin d’introduire de l’efficience au sein de la Commission, un mécanisme de sélection des commissaires est prévu. La répartition régionale de deux commissaires par région sera sauvegardée. Mais le respect des profils et la recherche de l’excellence constitueront la nouvelle trame de désignation des commissaires. Pour Moussa Faki, à travers cette inflexion du mode désignation, l’UA compte renforcer l’exécutif et atteindre la célérité nécessaire.

Dans le diagnostic justifiant la préparation de la réforme, Paul Kagame affirmait: «nous avons une organisation dysfonctionnelle dont la valeur pour nos Etats membres est limitée, qui a peu de crédibilité auprès de nos partenaires internationaux et en laquelle nos citoyens n’ont pas confiance» (Rapport Kagame, p8). Pour le président rwandais, président en exercice de l’institution supranationale africaine, l’Afrique et son organisation continentale souffrent aussi d’une déconnexion à ses citoyens. Ce qui amplifie l’absence d’une citoyenneté communautaire ou continentale. Le rôle du Parlement panafricain dans ce processus de transformation de l’organisation continentale est aussi souligné.

Inquiétudes

A côté de la nécessité impérative de la division du travail entre les acteurs de l’intégration continentale et la réalisation d’une souveraineté financière ou budgétaire, il y a un besoin de représentativité et de légitimité. D’où la pertinence à renforcer les mécanismes de contrôle de l’action du gouvernement continental (Commission) et les dispositifs de suivi de l’exécution physique et financière du budget.

A prendre également en compte: l’établissement de la loi (protocole additionnel, directives) représentative de l’environnement des citoyens africains. Parallèlement, le besoin d’équilibre des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) à la tête de l’UA est une dimension muette. Le renforcement des pouvoirs du président de la Commission de l’UA qui promeut la réforme n’est-elle pas susceptible de remettre en cause ce principe démocratique ? Surtout que pour le Président Kagame, en charge des réformes, «sans respect des principes démocratiques, notre organisation demeurera moins performante et peu crédible».

La sécurité est un pan important que veut corriger la réforme. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA aura ses compétences renforcées. Le nouveau mode de financement va favoriser le dynamisme du fonds africain pour la paix. Aujourd’hui constitué de 15 membres dont 3 par région, le CPS/UA sera assisté d’un comité technique et stratégique.

Celui-ci sera constitué des ministres africains de la défense ou des chefs d’état major des armées. Avec la mise en eau de la base logistique de la Force africaine en attente, il est attendu «une mise en œuvre plus opérationnelle de l’architecture africaine de paix et de sécurité», explique le chef de la Commission UA. Dans ce sillage, la force africaine en attente (FAA) devrait connaitre un déploiement plus offensif. A travers l’entrée en scène plus régulière des brigades régionales, on peut espérer un tiédissement des tensions opérationnelles qui guettent certaines armées (Afrique du sud, Soudan, Ethiopie, Tchad, Cameroun…) Ce qui pourrait également limiter le nombre d’opérations de maintien de la paix.

«Au Sahel, en Lybie, autour du Lac Tchad, en Centrafrique, au Cameroun… la sécurité en Afrique est un enjeu de tous les instants. Nous devons nous renforcer de la prévention à la méthode curative. Comment ces hydres de la mort parviennent-elles à être financées, à s’informer, à se fournir en logistique, à se mouvoir ? Nous devons mutualiser nos forces pour qu’ensemble nous venions à bout de ces agents de la déstabilisation du continent», plaide Moussa Faki.

Zacharie Roger Mbarga

Iric 

Une tradition de fleuron de la diplomatie africaine

Une fois de plus, l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) a déroulé le tapis rouge à un dinosaure des relations internationales, en visite au Cameroun. Dans l’après-midi de ce 13 juillet, la colline bleue d’Obili est noircie de véhicules et de dignitaires. Les étudiants de l’auguste académie de diplomatie cherchent un chemin pour écouter le patron et le porte-parole de la plus grande organisation continentale.

Devant un dispositif de sécurité renforcé, le protocole est rigoureux. A son arrivée, le président de la Commission de l’Union africaine est accueilli par le ministre des Relations extérieures. La conférence débute après l’exécution des hymnes du Cameroun et de l’Union africaine. L’amphithéâtre 300 de l’Iric est plein comme un oeuf.

Dans son mot de bienvenue, le directeur de l’Iric Salomon Eheth parle d’«un institut qui, en près d’un demi-siècle d’existence, se dévoue dans la formation de l’essentiel de l’élite diplomatique africaine». Un haut lieu aux «missions d’enseignement et de recherche… son internationalisation et le renforcement de sa posture d’observatoire des relations internationales», indique le directeur de l’Iric. Et d’ajouter en anglais, «Disons que l’Iric qui vous accueille a été créé en 1971, il aura bientôt cinquante ans.

Conçu à l’origine comme une académie diplomatique, au service de la performance des États africains, dans un contexte où l’action diplomatique des États africains était centrée sur la libération du continent, la construction de nations solides et l’assistance de son développement. Aujourd’hui, l’Iric est progressivement devenu un centre de référence pour la production et l’acquisition de connaissances et de savoirs-faire dans les métiers internationaux. À ce jour, il a formé des centaines de diplomates et de stagiaires ; et je dois souligner qu’une cinquantaine de nationalités sont passées par ce campus.

Ils sont Africains, Américains et Asiatiques. De plus, il y a deux jours, notre institut a mis à la disposition des Etats partenaires le 46e groupe de stagiaires diplomatiques et protocolaires. L’Iric est une institution multiculturelle, avec une belle atmosphère, qui reflète l’intégration africaine, digne d’une académie diplomatique continentale. L’Iric est un véritable laboratoire de l’intégration africaine, à travers ses enseignements et le mélange de différentes nationalités, différentes cultures, différentes religions».

Zacharie Roger Mbarga

Message 

Akono dit merci à Paul Biya

Dignitaires traditionnels et élites de l’arrondissement l’ont scandé à Yaoundé le 15 juillet 2018. Ils se félicitent de la nomination de Gaston Eloundou Essomba au poste de ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee). 

Leurs mots sortent tout droit des tréfonds de l’arrondissement. Pour un cérémonial à forte tonalité traditionnelle, le format reste celui voulu par une quarantaine de chefs Mvog-Tsoung Mballa et Elega. Sa Majesté Jean Ondoua, leur porte-parole, fixe le cadre: «ce qui nous réuni ici c’est la nomination de notre fils Gaston Eloundou Essomba au poste de ministre de l’Eau et de l’Energie». En termes de prétexte, c’est tout trouvé pour remercier le président de la République. «Sa plume et la main de Dieu ont reconnu la valeur de notre enfant dans un Cameroun où fourmillent mille et une intelligences», jure le chef Mvog-Tsoung Mballa.

Dans un phrasé hautement proverbial , le tout Akono exhorte l’heureux promu à tenir la dragée haute. Bien plus, les gardiens de la tradition invitent le Minee à s’écarter des postures répréhensibles. Celles qui, par le passé, ont construit une scabreuse réputation autour de l’arrondissement d’Akono. L’acte de nomination de Gaston Eloundou Essomba et le maintien de Cathérine Abena Ondoa , insistent les chefs, soulignent d’une meilleure manière, l’attention que le chef de l’Etat porte sur cette contrée et à ses fils. D’où l’exigence d’un merci appuyé et d’une promesse de vote massif au scrutin présidentiel d’octobre 2018.
En rapport avec l’environnement sociopolitique actuel dans le pays, la confrérie traditionnelle d’Akono en a profité pour se désolidariser solennellement des fauteurs de troubles et des vautours de la sécession.

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