Terminal à conteneurs du Port de Douala : TIL retenu pour remplacer DIT

Selon les autorités portuaires camerounaises, la filiale de la compagnie maritime italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC) a présenté le meilleur profil pour succéder au consortium Bolloré-APMT, présent depuis 14 ans.

DIT au port de Douala

Sauf changement de dernière minute, la gestion du terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri incombera à Terminal Investment Limited SA (TIL). Selon des sources bien informées du processus d’attribution du contrat de concession de cette plateforme portuaire, c’est en fin de semaine dernière à Douala que la filiale de la compagnie maritime italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC) a été choisie. Pour entériner cette décision, le sérail annonce un conseil d’administration dans les prochains jours.

Pour les autorités locales, TIL a présenté le meilleur profil pour succéder au consortium Bolloré-APMT, implanté au Port autonome de Douala (Pad) depuis 2005. Fondée en 2000 par MSC, la structure investit, gère et développe des terminaux à conteneurs dans le monde entier. Elle s’est développée et est devenue le plus grand opérateur de terminaux à conteneurs au monde avec 7 terminaux dans 25 ports de commerce mondial.

Démarche
Il y a quelques mois, la direction générale du Port autonome de Douala précisait que des discussions étaient en cours. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique (édition du 28 juillet 2019), Cyrus Ngo’o affirmait avoir engagé une procédure d’appel à manifestation d’intérêt. A terme, la démarche évoquée par le directeur général du Pad devait aboutir à la désignation d’un concessionnaire «…capable et disposé à s’arrimer à la nouvelle vision, à la dynamique de développement et de modernisation en cours d’implémentation au Port Autonome de Douala et contribuer efficacement à la croissance économique du Cameroun». Tel que paramétré, cet agenda a connu une «ultime étape» en début de semaine dernière.

Après les arbitrages effectués à divers niveaux de la hiérarchie gouvernementale, les travaux de dépouillement ont laissé sur le carreau le groupement Bolloré-APM. A la surprise générale. Car Bolloré et Maersk gèrent 78 terminaux dans le monde, dont 14 en Afrique. Et leur capitalisation financière est de 33 milliards d’euros à la bourse. Delà à crier aux manœuvres déloyales, il n’y a qu’un pas que la direction de Bolloré dans le Golfe de Guinée franchit allègrement. D’où un recours en justice contre processus du Pad.

Dans le fond, notent la plupart des observateurs, pas possible de parler de tripatouillage, tant le Pad avait des coudées franches. Pour dire toute sa sérénité, le top management de cette institution publique brandit un pourvoi suspendant l’ordonnance N°90/OSE/PTA/DLA/19, rendue 16 août 2019 par le tribunal administratif du Littoral à Douala dans l’affaire opposant le Pad au concessionnaire français. «Ce pourvoi introduit par le Pad suspend de plein droit l’exécution de l’ordonnance obtenue par l’entreprise APMT Terminals B.V-Bolloré SA arrivée 7e sur 9 candidats à l’appel international à manifestation d’intérêt du 12 janvier 2018», avance aujourd’hui le Pad.

En termes simples, ce pourvoi lui a immédiatement offert la possibilité de poursuivre le processus de désignation du nouveau concessionnaire du terminal à conteneurs, en dépit des contestations de Bolloré-APM Terminals, rayé de la short-list. Sur cette dernière, apprend-on, figuraient 5 géants mondiaux de la gestion portuaire (CMA Terminals, basé à Marseille ; l’émiratie Dubaï Port World ; de Hutchison Port Investments Ltd, entreprise immatriculée aux Iles Caïmans ; du Saoudien Red Sea Gateway Terminal ; et de Terminal Investment Ltd, une société basée à Genève en Suisse).

 

À Bolloré, on dénonce une élimination sur tapis vert

Sur le vif de la nouvelle donne, le consortium Bolloré-APM Terminals se présente en emblématique victime et, pour les besoins de ce scénario, désigne le coupable idéal.

 

Bolloré-APM Terminals est donc désormais appelé à libérer l’espace portuaire de Douala, après 14 ans d’activités. Au moment où nous allions sous presse, le consortium français n’avait pas encore fait de commentaire sur le bifteck portuaire que vient de lui ravir TIL. Sauf que le 3 septembre 2019, Mohamed Abdoulaye Diop ne s’est pas empêché d’adresser quelques piques à la partie camerounaise. En conférence de presse à Douala, le directeur du groupe Bolloré pour la région golfe de Guinée (Cameroun, Tchad, RCA et Guinée Equatoriale), a relevé avec insistance les performances de Douala International conteneur. «Le versement à la partie camerounaise d’une « contribution exceptionnelle » d’un montant de 24 milliards de FCFA ; l’augmentation des actifs des nationaux dans le capital de DIT, pour les faire passer de 10 à 30 % ; le doublement par DIT de la redevance à verser au Cameroun pour la concession du terminal à conteneurs du port de Douala ; puis la réalisation des investissements supplémentaires à hauteur de 20 milliards de FCFA», sont autant de bons points dans l’escarcelle de Bolloré-APM Terminals.

Feuilleton
En exergue de son très long exposé, il y a les tumultueux rapports avec les autorités camerounaises, le Pad notamment. Dans le quotidien Mutations du 4 septembre 2019, la démonstration faite par Mohamed Abdoulaye Diop en dit long. «La partie camerounaise s’est engagée à proroger la concession de DIT sur le terminal à conteneurs pour 4 ans, afin de permettre au concessionnaire d’amortir ses investissements. Cependant, alors que l’attente est à l’implémentation de ce protocole d’accord, En janvier 2018, le PAD lance un appel à manifestation d’intérêt pour recruter un nouveau concessionnaire.

Après une démarche vaine en direction de l’entreprise publique chargée de la gestion de la plateforme portuaire de Douala, afin d’en savoir plus sur les raisons de cette volte-face de la partie camerounaise, le consortium Bolloré-APM Terminals postulera à l’appel à manifestation d’intérêt. Le dossier sera déposé le 5 mars 2018.  Nous avons été écartés à l’étape des pré-qualifications. C’est comme si on refusait à l’équipe nationale du Cameroun, championne d’Afrique des Nations de football en titre (avant la dernière CAN, NDLR), de jouer les éliminatoires pour la prochaine édition de la CAN(…)»

Les bons points de dit

Malgré les contraintes naturelles et structurelles (port fluvial à faible tirant d’eau, capacité de stockage limitée, longueur de quai insuffisante, etc), la gestion de DIT a permis de développer le terminal à conteneurs. Avec des acquis suivants :
– Les plus grands armateurs au monde opèrent à Douala ;

– Les trafics ont plus que doublé sur la période sans que la longueur des quais et la surface du terminal mis à la disposition du concessionnaire n’aient évoluées (378.758 TEUS en 2018 contre 131.994 TEUS en 2005). Soit plus de 187 % de croissance de volume en 14 ans ;

– Près de 50 milliards de FCFA d’investissements réalisés, largement supérieurs aux engagements initiaux fixés dans la Convention de concession qui sont de 33 milliards de FCFA ;

– Le chiffre d’affaire est passé du simple au double en une quinzaine d’années;

– L’équipement du terminal a été considérablement renforcé avec la mise en service d’un portique de quai, 4 portiques de parc et 2 grues qui sont venues renforcer les deux portiques de quai d’origine ;

– Les investissements dans les RTG ont permis de gagner +20% de capacité de stockage

– Les effectifs sur le terminal sont passés de 210 employés en 2005 à 430 employés en 2019 et DIT conduit une politique sociale exemplaire ;

En 2017, et pendant six mois le Pad et DIT ont négocié et ont trouvé un accord en cinq points, dont l’investissement de 20 milliards ; le paiement d’une somme de 24 milliards ; le relèvement des actions des privés camerounais a 30 % ; la prorogation de la concession de 04 ans

Malgré tout ceci, un mois plus tard, le Pad a exigé le paiement des 24 milliards et a lancé l’appel d’offres, dont les pré qualifications ont classé DIT septième sur neuf candidats. La filiale de Bolloré au Cameroun dit n’avoir pas pu soumissionner à l’appel d’offres. Faute d’informations.

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