Scènes de vie au Cameroun : Quand les images racontent

Des photos relatant le quotidien du pays sont présentées depuis le 5 novembre 2019 à Yaoundé

«Inventaire des choses ». Tel est le thème de l’exposition photographique présentée le 5 novembre dernier à l’Institut Français du Cameroun (IFC Yaoundé), par 17 jeunes camerounais. L’exhibition qui va s’étendre jusqu’au 30 novembre 2019, est organisée par Globule Studio, le Collectif Kamera et l’IFC, dans le cadre du Projet 4X4.

Face au parterre d’invités, Landry Mbassi est revenu sur l’importance du métier de la prise d’images. Si pour le commissaire de cette exposition, la fonction première de cette forme d’expression mélangeant technique et création est d’abord d’engendrer un document visuel, l’objectif reste d’en faire un témoin du temps et de l’espace. Ainsi, a-t-on appris, cette deuxième édition du Projet, constitue un hommage à la photographie, véritable «moyen d’archivage et de documentation».

Loin d’une simple initiative, le Projet 4×4 constitue le moyen de redorer le blason de cette profession au Cameroun. Et, cela passe par la mise en vitrine d’images enjolivées. Cette année encore, les initiateurs de cet élan ont sélectionné les meilleurs photographes (amateurs et professionnels)pour en exhiber les œuvres. Sur une vingtaine de candidatures,  seuls 17 auteurs ont été retenus, indique Marie Patience Noumb. Dans ses explications, la coordinatrice adjointe du projet, dévoile l’ultime critère: «les jeunes photographes candidats devaient réfléchir à des projets esthétiques capables de raconter  des choses aux générations futures». Chose faite. La cinquantaine d’images suspendues et estampillées le long des murs du hall de l’IFC de Yaoundé racontent une histoire, à la lumière de thèmes d’actualité dans le pays: l’insalubrité, le football féminin, la vie de campagne, etc.

Parmi ces représentations, figurent celles réalisées par Antoine Ngolke’doo. Intitulées «toxico Junky», il s’agit de trois images qui trahissent le phénomène de la drogue en milieux jeunes. «J’ai travaillé sur ce thème parce que la majorité des jeunes de mon pays consomment des stupéfiants », constate l’ancien caméraman stagiaire à la Cameroon radiotélévision (CRTV). Celui qui va représenter le Cameroun aux rencontres de Bamako dans les prochains jours s’inscrit en dénonciateur : «À travers ces photographies, je dénonce la consommation des drogues par les  des jeunes de mon pays. Et j’essaie à mon niveau de les sensibiliser sur les méfaits de ce fléau », précise celui qui pratique la photographie depuis cinq ans.

Le projet

Né de la volonté de contribuer au développement de la photographie au Cameroun, le projet 4×4 est porté par Globule Studio, le Collectif Kamera, avec le soutien de l’Institut français du Cameroun. Il se résume à l’organisation d’ateliers théoriques et pratiques au cours desquels, encadreurs nationaux et internationaux partagent leur expérience avec les jeunes camerounais. La formation dure 10 mois.

Joseph Julien Ondoua Owona

 

Ibrahim Youmié : objectif braqué sur l’insalubrité

Passionné de la photographie, le jeune homme se sert de son appareil photo pour dénoncer le phénomène de l’insalubrité qui sévit dans la ville de Yaoundé (Cameroun).

«Sous le beau, il y a toujours quelque chose de pas beau ». La scène se déroule dans le hall de l’Institut français du Cameroun (Yaoundé), le mardi 5 novembre 2019. Au cours d’une exposition photographique organisée par Globule Studio, le Collectif Kamera et l’Institut français du Cameroun (IFC), dans le cadre du projet 4×4. Celui qui parle ainsi, est auteur de plusieurs photographies exhibées dans cette présentation.

Allé à sa rencontre, lors de cette exposition rendue à sa 2ème édition, Ibrahim Youmié nous livre le fond de ses peintures photographiques. Son thème, l’urbanisation au Cameroun. Son échantillon, la ville de Yaoundé. Intitulées « le village dans la ville » ses trois photographies retenues pour l’occasion séduisent le public.

Contraste et insalubrité

Ces photos, nous dit-il, ont été prises  dans les quartiers Nkoldongo et Ntaba, deux bidonville de la capitale. « À travers ces images, je représente les disparités qui existent dans la plupart de nos villes en général et dans celle de Yaoundé particulièrement» lance-t-il.

La première, prise à partir du marché Mvog-Ada, représente le profil arrière de l’immeuble de la Béac. Le contraste est étonnant.  Derrière cette bâtisse enjolivée, se trouvent des maisons presqu’en lambeaux, pour la plupart. La deuxième image quant à elle illustre un pont inondé dans le quartier Ntaba, suite à l’insalubrité due à la présence des bouteilles sous ledit pont, explique le photographe. Constat: «Au Cameroun on attribue toujours tout à l’État. Hors, l’État ne peut pas tout faire. Il revient également aux citoyens de maintenir leur environnement propre, s’ils aspirent à un développement semblable aux pays européens », indique-t-il.

Il s’indigne d’ailleurs «Ceux qui vivent en bordure de ce pont peuvent pourtant éviter que l’inondation survienne, mais ils ne font rien du tout, et ils trouvent que c’est normal, parce que l’État n’a rien fait ». Quant à la troisième photographie, elle dépeint une habitation située au bord des eaux du même bidonville. Il s’agit d’une maison bornée par les herbes, et dont le sentier constitue le seul accès.

L’auteur

Infographe de profession, son entrée dans la photographie nait de son caractère  perfectionniste. «J’avais l’habitude de traiter les photos des autres et je me rendais compte que je n’obtenais pas le résultat auquel je m’attendais. J’ai commencé à travailler avec un ainé qui a fait appel à moi dans le cadre de la photographie. Et pendant que je travaillais avec lui, j’ai rencontré le promoteur de ce projet Rodrigue Mbbock venu tirer des photos d’une qualité exceptionnelle. C’est de là que s’est éveillé mon goût pour la prise d’images».

Au de-là de la qualité des images, le photographe dit avoir été marqué par l’ouverture d’esprit de celui qui est devenu son encadreur. « Généralement, lorsque quelqu’un développe une activité dans notre pays, il garde ses techniques pour lui seul. Hors en approchant Rodrigue, j’ai été agréablement surpris parce qu’il m’a permis de regarder et même de toucher ses œuvres. C’est ainsi que je lui ai demandé de m’enseigner et il a accepté.  Alors il m’a associé à d’autres jeunes avec qui j’ai partagé cette expérience pendant 10 mois», raconte-t-il.

Après avoir été retenu dans la short-list pour exposer ses œuvres au cours de la deuxième édition du projet 4×4, Ibrahim Youmié compte bien inscrire son nom dans l’histoire de la photographie au Cameroun et au-delà.

Joseph Julien Ondoua Owona

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