Métiers de la Défense : Pourquoi le BIR a le vent en poupe

En marge du désir de trouver un emploi stable, la singularité de ce corps d’élite fait des émules.

Recrutement du Bir: l’engouement ne faiblit pas.

Pourquoi es-tu si obstiné à intégrer le BIR (Bataillon d’intervention rapide) ? La réponse de Kévin K. tombe, franche, immédiate, mais sans précision: «une affectation dans un régiment dépendant des forces spéciales, l’aptitude et le goût du commandement et des missions secrètes et périlleuses». Prestigieux diplôme en poche, Kévin K. fait partie des 3 986 jeunes qui ont frappé aux portes du BIR à Yaoundé, le 4 février dernier. Au vu des chiffres, Marc Édouard Tete parle d’un «réel engouement pour les métiers de la Défense en général et pour le BIR en particulier». Selon le commandant de bataillon (très impliqué dans le recrutement spécial de 2 200 commandos d’élite, session 2021), les valeurs de cette unité d’élite et une communication savamment orchestrée depuis le lancement de l’opération y sont pour beaucoup.

Prestige
«Le BIR est un corps qui impose des contraintes assez précises», appuie Marc Édouard Tete. Malgré tout, cette description ne fait pas reculer les jeunes (garçons âgés d’au moins 18 ans et de 23 ans au plus). De nombreux aspirants ont établi leur propre corpus de références. «Le BIR dépend directement de la présidence. Je voudrais être au service de la présidence; c’est assez agréable pour l’ego», argumente Kévin K. Derrière cette position qui a valeur de programme, s’esquisse le registre du prestige et du passé sacralisé que quelques candidats attribuent au BIR. «On a tous vu ce que nos aînés ont abattu comme travail dans la lutte contre Boko Haram et les coupeurs de route. Tout ça est intéressant», assure Yvan D., 20 ans.

Être et paraître
À côté, Donald E., 22 ans, est flatté par autre chose : les attributs vestimentaires du BIR. «Quand je vois un Birois (nom communément donné aux soldats du corps, NDLR), j’admire l’élégance de la tenue», dit-il fièrement. En clair, l’uniforme revêtu par le soldat du BIR «brille» comme une seconde peau qui le distingue du reste de ses concitoyens et, surtout, le signale au milieu des autres jeunes du «quartier». «Aucune étude ne le prouve. Néanmoins, partout dans le pays, cette image a grandi», constate Didier Badjeck, colonel à la retraite. Selon un autre ayant requis l’anonymat, «la singularité du BIR perdure, non seulement par rapport à l’habillement civil, mais aussi au sein même de l’institution militaire». En rapport avec ces arguties esthétiques, la question de l’équipement et de l’habillement de ce corps d’élite concourt à l’engouement constaté. «Quand on les voit à la télé, on sent bien qu’il sont forts», glisse bruyamment un jeune qui se fait appeler «Lion noir». «Quand on a un tel nom, il faut seulement intégrer le BIR», avise-t-il, en référence à l’insigne du corps.

Au-delà, une tendance générale se dégage. «Dans un pays au chômage de masse, il faut bien se caser, même si c’est dans une caserne», confie Bernard P. un candidat qui a passé les épreuves de recrutement à Yaoundé. À 23 ans, via le BIR, il croit à la «transformation» de sa vie, après son parcours universitaire sans succès et de nombreux emplois précaires. «Beaucoup y vont pour tenter leur chance», confesse-t-il. Visiblement, le discours sur la probité morale et la vocation ne rentre pas dans les priorités de certains candidats. «En ce moment, on n’a plus de choix; n’importe quelle brèche qui s’ouvre à la jeunesse est bonne», soutient Bernard P.

Bobo Ousmanou

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