Marché du plantain : «Marie-Claire» gouverne la scène

Dans les espaces de commercialisation de vivres frais de la capitale, l’étéphon est désormais le raccourci pour faire murir les doigts de plantain en un temps record.

À Yaoundé, au marché, le prénom circule: «Marie-Claire». Seuls les commerçants comprennent Sa Majesté; et c’est top secret. Pourtant, c’est une référence trouvée pour faire écho à un produit chimique: l’étéphon. C’est lui qui est appliqué sur les régimes de banane-plantain afin de forcer leur murissement. Mariette Mvogo, commerçante au marché de Nkoleton à Yaoundé, explique qu’une fois récoltés, les régimes sont disposés ensemble à même le sol. Dans une bouteille en plastique d’un litre et demi d’eau, on introduit quelques centilitres d’étéphon. Le mélange remué, le bouchon de la bouteille est parsemé de petits trous. Ce qui permet d’asperger les régimes que l’on recouvre par la suite d’un tissu. En moins de 2 jours, tout murit. Les affaires peuvent alors aller bon train pour les commerçants.

«Plantain mûr»

Il ne faut pas y croire! On n’a fait que l’apprivoiser sur la pointe des pieds. C’est affaire de détails en embuscade: «Marie-Claire» est passée nuitamment sur les régimes d’«Essong, Gouag Mbouroukou, Big Ebanga, Batard, French clair ou Elat» (principales variétés disponibles sur le marché). Pour faire grimper les enchères, les revendeuses adulent cet exhausteur de couleur jaune sur les doigts. Face à la forte demande, elles usent de cette stratégie pour galvauder la qualité du plantain.

Pour garantir un produit semblable avec à peu près le même gout que «l’original», elles développent donc volontairement cette pratique en évitant l’overdose. Au marché de Nkoabang, les commerçants parlent de «formes d’adaptations» de leur part», mieux de «résilience». Tous évitent de reconnaitre qu’il s’agit d’un petit artisanat chimique mis en œuvre sur ce féculent. Ils évitent aussi de prêter l’oreille aux expériences prouvant que «cette substance chimique est fortement corrosive pour la peau, les muqueuses, les yeux, le pharynx et peut provoquer des lésions pouvant aller jusqu’à la perforation du tube digestif».

Mélanie Bilo’o (Stagiaire)

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