Idriss Deby Itno : Le bouclier de la sous-région s’est brisé

Ndjamena Centre d’impulsion de l’intégration africaine

En 2016, alors qu’il est président de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Africaine, il officialise le passeport africain. Un levier de la libre circulation des personnes en Afrique. La libre circulation des personnes sous la Zlecaf est un facteur de compétitivité économique. Le continent africain, dans le futur, lui rendra hommage pour ce projet intégrateur avant-gardiste. Deby est surtout le premier chef d’État de la Cemac à avoir institué l’exemption de visa pour les ressortissants de cette Communauté voulant séjourner dans son pays. C’était en août 2017. La libre circulation prenait ainsi un coup d’accélérateur.

Le Tchad permet d’ailleurs à certains citoyens de la Communauté d’entrer avec la seule présentation de la carte nationale d’identité. Le tandem stratégique avec le Cameroun a permis de voir la réalisation ou la mise sur pied de certains projets intégrateurs ambitieux. On peut évoquer le premier corridor ferroviaire de l’Afrique centrale voir d’Afrique subsaharienne. Le Cameroun et le Tchad seront liés par une ligne de chemin de fer. Les études sont actuellement conduites par la Banque africaine de développement. De même, les deux pays ont mis sur pied le premier corridor électrique de la Cemac. À partir du barrage de Nachtigal au Cameroun, le Tchad sera relié par une ligne d’électricité de haute tension. On peut terminer en évoquant le pipeline Tchad-Cameroun, le pont de Bongor et le pont sur le Logone.

 

De toute évidence, la fibre africaine de Idriss Deby Itno notamment en termes d’intégration économique s’est toujours manifesté.

Le guerrier Zaghawa laisse orphelin une Afrique centrale sur qui plane désormais une peur de déstabilisation du fait d’une brèche dans la ceinture sahélienne et la pénétration des hordes de djihadistes venues de Libye.

Le maréchal sur le théâtre des opérations.

Les drapeaux de l’Organisation des Nations unies ont été mis en berne sur l’ensemble des cinq continents. Un hommage fort qui illustre l’image et la représentativité de Idriss Deby Itno dans le monde.

L’Afrique centrale vient peut-être de connaitre l’une des pertes les plus importantes du 21ème siècle. Idriss Deby, la valve sécuritaire qui protégeait la région charnière du continent du péril sécuritaire venu de Lybie, est mort! Le Maréchal du Tchad, un leader dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme, le banditisme et le narcotrafic dans le sahel et en Afrique centrale est tombé sur le théâtre des opérations en soldat. Il gît désormais dans le cimetière d’Amdjarass, chef-lieu du département du Wadi Hawar dans la région de l’Ennedi Est.

Données géostratégiques

Le Tchad est la pointe haute de l’Afrique centrale, c’est la porte d’entrée nord de la région et même Est d’une certaine manière. Le Tchad est une valve sécuritaire pour l’Afrique centrale. En cette période où le désordre de Libye rend encore plus difficile le contrôle du sahel. Idriss Deby Itno en était conscient. Il s’est engagé à combattre les forces obscures menaçant de pénétrer l’Afrique centrale. Il s’y est évertué avec parfois très peu de soutien.
Le 16 février 2015, durant le Sommet de la CEEAC contre Boko Haram, Idriss Deby Itno laisse échapper son sens de responsabilité «c’est pour faire face à cette menace (Boko Haram), en solidarité avec la République sœur du Cameroun, que mon pays a pris ses responsabilités en envoyant un important contingent militaire dans l’Extrême-Nord de ce pays».

Le président de la Conférence des chefs d’État de la Cemac, président du Cameroun, Paul Biya, dans sa correspondance de condoléance au président du comité militaire de transition du Tchad, qualifie la disparition du Maréchal du Tchad d’«immense perte pour l’Afrique centrale, qu’il aura servi sans relâche, et durant de longues années». Le communiqué de la Conférence des chefs d’État de la Cemac salue «l’engagement au service de l’intégration et de la sécurité de la sous-région».

Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo et président de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine conclue ainsi son hommage à la cérémonie des obsèques à Ndjamena: «il va sans dire que la déstabilisation du Tchad aura des répercussions désastreuses pour la région».

L’Afrique centrale est une zone stratégique qui ne devrait pas entrer en ébullition sécuritaire. Elle pourrait alors se transformer en base de diffusion du terrorisme sur l’ensemble du continent. C’est la seule région qui est connectée à toutes les autres. Si elle tombait aux mains des groupes terroristes et djihadistes, l’Afrique centrale deviendrait la rampe de lancement de la déstabilisation du continent. Il en était conscient le général.

Le sens de responsabilité du président tchadien l’a conduit à se montrer solidaire dans la lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée. Au Sommet conjoint y relatif à Yaoundé (Cameroun), le 24 juin 2013, en sa qualité de président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), il scelle son engagement en ces termes: «la sécurité dans le Golfe de Guinée ne concerne pas seulement les pays riverains du Golfe. Elle concerne aussi les pays enclavés comme le Tchad dont les importations et des exportations dépendent fortement de la sécurité de l’espace maritime et des ports des pays du Golfe. Il en est de même du ravitaillement en produits pétroliers des pays développés; c’est dire que nous faisons face à une menace régionale, continentale et mondiale».

 

Idriss Deby

Une sentinelle préposée

Le pire à craindre désormais c’est une déstabilisation du continent. Tant le défunt général s’était dévoué à repousser la menace sécuritaire du Sahel. C’est ainsi qu’il s’est engagé au Mali pour aller combattre à l’extérieur le péril sécuritaire qui l’aurait sans doute retrouvé à Ndjamena quelques mois plus tard. Le 18 janvier 2013, 1 400 soldats tchadiens entraient au Mali par l’Est, après avoir traversé le Niger au nord du Lac Tchad. Il s’agit d’un premier bloc d’un contingent promis de 2 000 hommes. Ils rejoignaient aussitôt l’armée française qui, après la prise rapide des villes méridionales du Septentrion malien (Tombouctou, Gao, Kidal), se dirigeait vers l’Adrar des Ifoghas, où subsistaient les principales bases et concentrations des forces ennemies.

L’armée malienne est adaptée pour les combats en zone sahélienne. Idriss Deby endosse une fois pour toutes le costume de leader de la lutte contre le terrorisme, le banditisme en zone sahélienne, le narcotrafic. À sa mort, il est président en exercice du G5 Sahel. Il a, à maintes reprises, dénoncé le discours creux des occidentaux. Le soutien à la lutte contre l’insécurité dans le Sahel est concret à doses homéopathiques. Toute chose qui empêche le déploiement d’une riposte cohérente, énergique et sans discontinuité. L’action dans le Sahel qui y apporte une relative quiétude ne saurait en réalité tenir si le poumon pourvoyeur de désordre qu’est la Libye n’est pas libéré du chaos. Il l’a reconnu. Mais Deby n’a pas lâché, il a combattu jusqu’à la dernière énergie. Lorsqu’en Avril 2014 le Tchad se retire de la Centrafrique du fait des accusations qualifiées par Ndjamena de «campagne gratuite et malveillante», IDI s’interroge auprès de François hollande en ces mots : «si le Tchad n’est pas présent dans le Sahel et au Soudan, la Centrafrique pourrait-t-elle résister 24 heures ?».

Tchad-Israël
Et si le rapprochement et le renouveau diplomatique entre le Tchad et Israël avait été fatal à Idriss Deby Itno ? Le lien n’est pas très concret car aucune revendication ou aucune alliance claire n’existe. Par contre, il est établi que plusieurs musulmans et arabes au Tchad, en Afrique de l’Ouest et même en Afrique reprochent au président Idriss Deby d’avoir tourné le dos et trahit la cause de la Palestine qu’il a soutenue. En 1972, le Tchad rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Arrivé au pourvoir en 1991, Idriss Deby ne va renouer les relations qu’en 2018 avec une visite en Israël. Des représailles vont s’en suivre, dans la base militaire tchadienne au Mali par Aqmi et un attentat de l’État islamique dans la zone du Lac Tchad. Plusieurs études indiquent d’ailleurs que la rébellion matée avec l’aide de la France qui est née au sein de la tribu Zaghawa du président IDI est en partie dû au mécontentement du tapis rouge dressé à Benjamin Netanyahou, premier ministre israélien, lors de sa visite à Ndjamena, en janvier 2019.

BO

 

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