Idriss Deby Itno : La gloire en ses trésors augustes

Un hommage appuyé. Au sein de certaines communautés africaines basées à Yaoundé, le défunt président tchadien a droit, post mortem, à ce traitement privilégié.

 

Abdou Kolly (deuxième à partir de la droite) et ses amis: pour une célébration du maréchal.

Et le temps s’est arrêté. Quand Kouri Angsar a compris que le président Idriss Deby Itno ne pourrait plus jamais officier à la tête de son pays le 20 avril dernier, il dit avoir été pétrifié par ce qu’il venait d’entendre à la radio. «Dans toute notre communauté ici au quartier Omnisports, la mort de notre président a sonné comme un véritable drame ; on ne s’attendait pas à ce coup de tonnerre», avance paresseusement le Tchadien. Dans son domicile, ce 24 avril 2021, la télévision reste allumée. Si l’on semble ne rien regarder, reste qu’à chaque évocation d’Idriss Deby, les bouches se taisent. C’est que, parmi les téléspectateurs, le nom du défunt chef de l’État tchadien, après s’être déplacé d’un horizon terrestre vers un horizon situé dans l’au-delà, il a bien du mal être absorbé par l’anonymat. «Cela pour une raison simple : la fascination provoquée par notre maréchal ne tient pas qu’à ses remarquables qualités de soldat, mais également à sa grande agressivité. Une agressivité dans le bon sens du terme qui faisait de lui un combattant redoutable, ne reculant pas face au danger car, il était concentré sur sa carrière militaire à un degré presque mystique», détaille Kouri Angsar.

Panafricaniste
Portée par Abdou Kolly, une autre belle image d’Idriss Deby Itno retient l’attention. Selon le nigérien, fonctionnaire international, basé à Yaoundé, «l’implacable militaire risque-tout, maître de la zone dite des trois frontières que partagent le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et en apparence insensible au danger se doublait paradoxalement d’un homme d’État très concerné par les problèmes de sécurité au Sahel, et d’une grande sensibilité pour les malheurs auxquels font face les voisins du Tchad».

À en croire Léon Sarandji, ce dernier paramètre a pesé dans la construction de la légende de l’ex-homme fort qui, depuis Ndjamena, officiait comme président en exercice de la Conférence des chefs d’État du G5 Sahel (le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad) depuis le 15 février 2021. Dans le propos du Centrafricain, l’on découvre alors un Idriss Deby Itno panafricaniste et en première ligne de l’identité continentale. «Il travaillait beaucoup pour une Afrique stable et sûre. Homme d’action et panafricain convaincu de l’unité profonde et de la solidarité nécessaire de notre continent, le Président Deby incarnait pour moi un engagement puissant dans la lutte contre le terrorisme pour la stabilisation de la région du Sahel dans son ensemble. À ce titre, sa disparition constitue pour le Tchad et pour l’Afrique une immense perte», appuie Léon Sarandji, chercheur en géostratégie.

Sur la même veine, Djeneba Mamadou (autre fonctionnaire exerçant au Cameroun) célèbre un visionnaire. Il retient qu’en 2011, Idriss Deby Itno s’était vigoureusement opposé à l’intervention militaire contre Kadhafi durant la guerre civile libyenne. «Si à cette époque, cette décision était vue comme un soutien au guide libyen, Idriss Déby, lui le savait, faire tomber Khadafi, c’était ouvrir la boîte de Pandore du terrorisme», justifie Djeneba Mamadou.

 

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