La problématique de l’action collective des pays de la Cemac face au Covid-19

La Cemac face aux contraintes de l’action collective relative à l’épreuve du Covid-19. Succès d’une politique étrangère bien menée

 

Depuis l’apparition des premiers cas de covid-19 en Afrique et particulièrement en Afrique centrale, dès le mois de Mars dernier, les Etats membre de la Cemac que sont, le Cameroun, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Tchad, la RCA et le Congo élaborent des politiques publiques hostiles et susceptibles de neutraliser le processus d’intégration. Ces initiatives nationales et généralement solitaires ont été, généralement, battues en brèche par des mesures communautaires élaborées par la Cemac.

Ces politiques publiques étatiques qui, dans l’ensemble, se résument au simple principe du confinement, avec des mesures gouvernementales propres à chaque pays exposent surtout les difficultés des Etas membre de la Cemac à mettre en place une politique commune et surtout de faire face aux contraintes de l’action collective qu’impose la lutte contre le covid-19.

Ce constat fait, une question centrale nous vient directement à l’esprit. Qu’est ce qui explique la multiplicité des mesures anti-covid-19 en Afrique centrale ?  Autrement dit et de manière multiple : les plans d’action nationaux anti-coronavirus peuvent-ils compromettre le processus d’intégration régionale en cours dans la zone Cemac ?  La Cemac est-elle à la hauteur des défis sanitaires relatifs au Covid-19 ?

Etat du Covid-19 en Zone Cemac

Pays Première apparition

(Mars 2020)

Nombre de cas Décès Guérison
Cameroun 06 1163 43 329
Gabon 12 166 1 24
Congo 14 186 6 16
Guinée Eq 14 84 1 8
RCA         14       17 0 10
Tchad 19 40 0 8

  Source. Tableau monté par l’auteur sur la base des données du Centre Africain de Contrôle et de Prévention des Maladies (Africa CDC), Reporting du 23/04/2019.

 

Au regard de ce tableau l’on pourrait dire que le Covid-19 qui a fait son nid en Afrique centrale Cemac depuis le 06 Mars dernier a déjà fait 51 victimes sur les 1656 cas diagnostiqués positifs selon le reporting du 23 mars. Le Cameroun dans cette crise sanitaire détient le record aussi bien du nombre des cas diagnostiqués positifs que celui des décès.

Plans nationaux de ripostes au Covid-19 des pays de la Cemac : des politiques étrangères nuisibles au processus de construction communautaire

Le concept de politique étrangère peut être appréhendé comme l’instrument par lequel l’Etat tente de façonner son environnement politique international. Cette politique étrangère repose généralement sur un ensemble de déterminants ; parmi lesquels, ceux relevant de la structure et surtout ceux relevant de la conjoncture. Dans le cadre de ce travail, les déterminants nous intéressent au premier chef voire exclusivement. Il convient de remarquer que la politique étrangère des Etats membre de la Cemac en matière de lutte contre le covid-19 entrave le processus d’intégration régional au moins au niveau stratégique et surtout dans le comportement externe desdits Etats.

En effet, face à la menace relative au Covid-19, les Etats membre de la Cemac ont arrêté chacun, une politique, donc, pour le moins que l’on puisse dire, ralentit le processus d’intégration régionale en cours en zone Cemac ; la fermeture des frontières terrestre, maritime et aérienne.

Le Cameroun, premier pays à être touché par cette pandémie a procédé le 17 Mars dernier à la fermeture desdites frontières mettant du coup le Tchad et la RCA,  deux Etats dépendants du Cameroun, car n’ayant pas une façade maritime, sous embargo selon l’heureuse expression consacrée par le Magazine Jeune Afrique du 20 Mars 2020. « Tous les vols passagers en provenance de l’étrangers sont suspendus ». La délivrance de visas d’entrée dans les    différents aéroports a aussi été suspendue. Les autres pays de la zone Cemac que sont le Gabon et la Guinée équatoriale ont pris les mêmes mesures.

Dans la chronologie, il faut toutefois rappeler que le Gabon est le premier pays de la sous-région à avoir procéder à la fermeture de ces frontières (notamment du Nord avec le Cameroun). La formule utilisée par le ministre gabonais de l’intérieur, le 6 mars 2020, était « la restriction du mouvement des personnes aux frontières Nord ». Ces mesures de restriction portent entrave au moins à l’efficacité et l’effectivité du principe de libre circulation des biens et des personnes telle que prévue par l’Acte Additionnel N° 01/13-CEMAC-070-U-CCE-SE du 25 Juin 2013 portant suppression du visa pour tous les ressortissants de la Cemac circulant dans l’espace communautaire, et surtout les différentes circulaires adoptées par les Etats membre de cet espace dès 2017.

La conjoncture actuelle, relative à la menace du Corona 19 n’a pas seulement modifié les « habitus » africains au sens de Pierre Bourdieu, mais aussi l’architecture relationnelle des Etats africains en général et ceux de l’Afrique centrale particulièrement telle que pensée et mise en œuvre dans leurs politiques étrangères respectives.

La Cemac au cœur de la pandémie corona 19

Pour confiner la menace sanitaire qui se présentait à l’horizon, et pour laquelle l’OMS prédisait déjà le pire, la Cemac, dès l’apparition des premiers cas de contamination en Afrique centrale, avait mis en place un ensemble des plans de contournement. Ces différents programmes mis en place par la Cemac visent la résilience de la sous-région face aux différents impacts du covid-19. Aux nombres de ces mesures, l’on pourrait citer la riposte sanitaire, et la résilience économique.

La riposte sanitaire communautaire

Le plan de riposte communautaire contre la pandémie du coronavirus du 12 Mars 2020 est un ensemble de mesures arrêtées par les ministres de la santé publique des Etats membre de la Cemac réunis autour de la commission de ladite organisation sous-régionale et les experts de l’Oceac. Bien évidemment, l’ordre du jour portait sur l’examen et l’adoption du plan sous régional de prévention, de préparation et de riposte face à l’épidémie du Coronavirus.

Au cour de cette rencontre, un plan d’urgence d’un montant supérieur à deux milliards de francs CFA a été adopté. C’est pendant cette rencontre qui s’est tenue à Douala que la Commission de la Cemac a posé les bases d’une politique commune de lutte contre le Corona 19.

Le plan de résilience économique communautaire de la Cemac

Le plan de résilience économique communautaire de la Cemac est la stratégie économique de la sous-région visant le containment des effets pervers de la crise sanitaire mondiale engendrée par la pandémie. Adoptée le 28 Mars 2020 à Brazzaville capitale du Congo, le plan de résilience économique communautaire examine tous les piliers économiques que sont, celui budgétaire, celui financier, celui relatif à l’intégration régionale et surtout, celui relatif à la coopération internationale. Il s’appuie préalablement sur le rapport du secrétariat permanent du Programme des Réformes économiques et financières (Pref-Cemac) de la sous-région qui analyse les incidences de la pandémie sur les économies des pays de la Cemac.

En somme, la lutte contre le Covid-19 présente des enjeux qui diffèrent en fonction des Etats. La menace n’étant pas la même dans tous les Etats membre de la Cemac, les mesures prises sont fonction des enjeux, d’où la faible croyance à l’existence d’une multiplicité des mesures qui peuvent faire ombrage au processus d’intégration régionale en cours dans la zone Cemac. Toutefois, la Cemac a pris de manière efficace et efficiente des mesures salutaires pour une lutte communautaire contre le Coronavirus répondant aux contraintes de l’action collective. De toute évidence, lorsque cette pandémie sera finie, la Cemac pourrait dire qu’à la menace globale que présentait le covid-19, elle a donné une riposte globale.

François Aurélien NGUENDIA

Diplômé de l’IRIC/IRMIC

Chercheur indépendant 

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