Violences faites aux femmes en zone Cemac : l’horreur des chiffres

La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes nous force à passer en revue quelques données.

 

1-Cameroun
Il ressort que, depuis l’âge de 15 ans, plus de la moitié des femmes au Cameroun (53%) ont subi des violences physiques et dans 45% des cas, les femmes ont subi ces actes de violence au cours des douze derniers mois. En fonction de l’âge, on constate que la proportion de femmes victimes d’actes de violence récents varie d’un minimum de 30% chez les femmes de 15-19 ans à un maximum de 53% pour les 40-49 ans. L’analyse suivant l’état matrimonial montre que c’est parmi les femmes en union que ces actes de violence récents ont été les plus fréquents (55% contre 19% pour les célibataires). De plus, en fonction du milieu de résidence, on constate également des écarts: il semble que les femmes de Yaoundé/Douala soient plus fréquemment la cible d’actes de violence puisque depuis l’âge de 15 ans, 64% ont déclaré avoir été victimes de violence et qu’au cours des 12 derniers mois, cette proportion est de 51%. Dans les régions, on constate que c’est le Sud (59%), le Centre (58%) et le Sud-Ouest (54%) qui enregistrent les plus forts pourcentages de femmes victimes de violences au cours d’un passé récent.

On constate que les femmes instruites ont été récemment, plus fréquemment victimes d’actes de violence que les femmes sans niveau d’instruction (51% parmi celles de niveau primaire et 45% parmi celles de niveau secondaire ou plus contre un minimum de 36% parmi celles sans niveau d’instruction). Les résultats selon le type de rémunération montrent que ce sont les femmes qui travaillent et qui sont payées en argent qui ont déclaré avoir subi le plus fréquemment des violences physiques, que ce soit depuis l’âge de 15 ans qu’au cours des 12 derniers mois.

2-Tchad
De janvier à octobre 2022, c’est au total 2 865 cas de violences basées sur le genre qui ont été rapportés, dont 11,41% de violence sexuelle. Sur un total de 860 femmes reparties entre les cinq (5) principales villes du pays enquêtées en 1999, 37,2% ont déclaré être mariées avant 15 ans et 30% n’ont pas choisi elles-mêmes leurs conjoints. Il ressort des résultats d’une étude menée en 1998 dans les cinq arrondissements de Ndjamena qu’en une année les cas de viol déclarés sont à 98. Ce chiffre n’est pas exhaustif vue le fait que les victimes elles-mêmes refusent de porter une telle affaire en publique pour ne pas se faire humilier davantage. En 1997, sur 518 cas de violence déclarés à Ndjamena, 447 ont été traités par les autorités coutumières. Pour le tchadien, la polygamie ne peut être considérée comme une violence. D’aucuns par mauvaise interprétation des Livres Saints affirment qu’elle est recommandée par Dieu.

3-République Centrafricaine
Pendant les quatre premiers mois de l’année 2023, 5 928 cas ont été enregistrés. 23 644 cas de VBG avaient été enregistrés en 2022, soit une augmentation de 104% par rapport au nombre de cas enregistrés en 2021. Sur les 602 points de services de soutien psychosocial et de gestion des cas de VBG requis pour répondre aux besoins des survivants dans le pays, seulement 18% sont disponibles et uniquement 26% des cas de viol signalés ont reçu les soins médicaux requis dans le délai de 72 heures. Pourtant, entre 2020 et 2023, le nombre de personnes en besoin d’assistance et de protection face aux VBG aura augmenté de 27%.

4-Gabon
Les femmes du Woleu-Ntem sont celles qui subissent plus les violences physiques (51,6%). Elles sont suivies par leurs homologues de l’Ogooué-Maritime (50,6%) et de la Ngounié (42,9%). En revanche, ce sont celles du Moyen-Ogooué (26,3%) qui en subissent moins. Il se dégage que les violences physiques surviennent plus en milieu urbain qu’en milieu rural quel que soit le sexe de la victime. Ainsi, en milieu urbain, on enregistre près de 9 cas de violences physiques sur 10 (87,2%, soit 57,6% chez les femmes contre 29,6% pour les hommes). Plus de la moitié des violences physiques (53,4%) au Gabon survient dans le milieu conjugal (43,5% des femmes contre 19,9% d’hommes). Puis, viennent celles enregistrées au niveau familial (12,2% de femmes contre 9,1% d’hommes), au niveau professionnel (1,4% des femmes contre 2,2% d’hommes) et dans les écoles (1,8% de femmes contre 1,5% d’hommes). Par ailleurs, les violences physiques enregistrées dans les autres lieux non identifiés sont tout de même considérables (4,7% de femmes contre 3,4% d’hommes).

5-Congo-Brazzaville
Dans ce pays, en 2022, 54% de filles interrogées disent avoir été victimes de violence en ligne, contre environ 40,25% des femmes. Cet écart s’explique par le fait d’abord qu’il y a plus des filles connectées à internet et aussi parce que les filles prennent moins de précautions sur l’internet; ce qui les rend plus vulnérables aux criminels sur Internet.
L’unité de prise en charge des victimes de violences sexuelles de l’hôpital de base de Talangai fonctionnelle depuis janvier 2007 a enregistré 917 cas jusqu’en fin 2022. En 2011, cette unité a enregistré 211cas de viol dont 195 femmes, soit 92% et 06 hommes soit 8%. Chez les femmes, la plus jeune victime est âgée de 15 mois et la plus âgée de 70ans; les deux ont présenté des lésions traumatiques d’agression sexuelle.

Les résultats de l’étude sur les violences faites auprès des étudiants des établissements d’enseignement supérieur de Brazzaville en 2010 révèlent que le harcèlement sexuel est la principale forme des violences (61%), suivie des rapports sexuels forcés (37%) et du viol (3%). Ces pourcentages sont à prendre avec réserve par rapport à la réalité, car la crainte de représailles et la honte d’avouer limitent le nombre des réponses positives lors des entretiens sur des sujets considérés par certaines comme tabou. Parmi les incidences sur les études des victimes, 29% abandonnent leurs études dont 61% en DEUG 1 et 2; vient le redoublement occasionné par l’attribution des mauvaises notes par l’enseignant et enfin l’absentéisme au cours dispensés par leurs agresseurs.

6-Guinée Équatoriale
En février 2022, le rapport que la Guinée équatoriale a présenté au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes faisait état du fait que, traditionnellement, l’homme a un droit de « »correction »» sur sa famille, ce qui signifie que «battre sa femme n’est pas considéré comme anormal, comme une faute ou un délit».
Concernant l’accès aux terres, seules 12% des femmes possèdent des terres, contre 88% des hommes.

Concert organisé par la Team Europe en faveur de la femme le 25 novembre 2023 à Yaoundé

En 2022, les victimes de violence familiale hésitaient à signaler les mauvais traitements qu’elles subissaient. Il n’existe pas de loi en Guinée Equatoriale traitant de la violence contre les femmes et comportant des dispositions spécifiques pour l’enquête, la poursuite et la punition de l’auteur de la violence et des services de protection et de soutien aux victimes. Il n’y a pas de plan d’action ou de politique nationale de lutte contre la violence faite aux femmes.

Sources:
• Rapport d’enquête sur les violences à l’égard des femmes et des filles en ligne au Congo
• Gender-Based Violence Information Management System (GBVIMS-Cameroon)
• Demographic and Health Surveys
• Tableau de la situation de l’égalité femme/homme en Guinée Equatoriale
• Réseau Francophone pour l’égalité femme/homme (RF-EFH)
• Enquête nationale sur les violences basées sur le genre au Gabon

Jean-René Meva’a Amougou

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