Vestimentaire à Yaoundé : des pantalons made in Mokolo Elobi

Plusieurs ateliers de coutures spécialisés réhabilitent ces vêtements usagés, au profit des maisons de vente de renom.

 

Dans une usine de démontage et de montage à terre noire dans Tsinga-Élobi

Situées à Mokolo-Elobi (Yaoundé II), les usines de réfection des pantalons de deuxième main tournent à plein régime tous les jours, à l’exception du samedi. Sans avoir été dans une école de couture, ces artisans self made man ont le don de transformer des pantalons vendus au prix de rien à la friperie.

Il est 11 heures au lieu-dit terre noire, encore appelé carrefour Obala à Mokolo-Élobi. Dans un atelier de réfection des pantalons «super 100», situé à environ 100 mètres de la pharmacie Élobi, on trouve Senghor. Âgé d’une vingtaine d’années seulement, il compte parmi la grande expertise du coin. Son pseudonyme, «Juninho» fait référence à son expertise dans la retouche des pantalons. Comme pour dire qu’il est dans la réfection des pantalons ce que le joueur brésilien dont il tient le pseudonyme était dans les années 2000 (excellent tireur de coups franc). «Il démonte et relooke un pantalon en 10 minutes ; et depuis le matin, il est à son 30e pantalon. Juninho est trop fort», se réjouit un démarcheur de cette marchandise. Dans son atelier, quinze (15) pantalons recousus attendent impatiemment d’être amenés dans un prêt –à – porter du côté du marché central de Yaoundé. Une fois mis en vitrine, ils auront une deuxième vie.

Confection
Pour en arriver là, il faut parcourir certaines étapes. Dès 4 heures du matin, Jonathan se rend au déballage au marché Mokolo, au lieu-dit bateau. C’est l’endroit où s’effectue le déballage des vêtements de seconde main dans cette partie de la capitale camerounaise. À force de s’y rendre, le jeune ressortissant du Mayo-Tsanaga (Extrême nord Cameroun) a fini par en maitriser les rouages. Il connaît le bon et le moins bon du tissu à des prix acceptables. Pour en tirer le meilleur parti, il achète des pantalons de qualités différentes (choix). «J’achète les pantalons de différents choix, cela me permet d’avoir tout type de client. Je pars du cinquième au premier choix», révèle le médecin des pantalons usés.

Après l’achat, l’on passe à la confection. Dans son atelier, il commence le travail de fond: les retouches. Il ne faut pas commettre une erreur, surtout pour les premiers choix. Ses collaborateurs, généralement venus du même village que lui, sont payés par pièce. Soit 100 FCFA par pantalon. Mais le même travail vaut 500 FCFA pour celui qui n’est pas du métier.

Clients
Tous ces pantalons reconstruits ont pour premiers clients, les tenanciers des boutiques et autres prêt-à-porter. Les tailleurs révèlent qu’en dehors des pantalons venus de Dubaï et de la Turquie, le reste est du «made in Mokolo-Élobi». «Tous les pantalons fripe que vous voyez ou que vous achetez proviennent d’ici, à terre noire», explique Henri, un «rafistoleur». Les grandes boutiques situées à l’avenue Kennedy s’approvisionnement chez ces derniers. Ils font d’ailleurs partie de la clientèle privilégiée, «par exemple moi Senghor, quand je finis ma couture, je les appelle afin qu’ils fassent le premier tri», explique le couturier. Senghor indique que les vendeurs de vestes s’approvisionnent chez lui pour trouver des pantalons correspondants aux vestes achetées préalablement. Parce que, ajoute-t-il, les pantalons et les vestes ne sont pas mélangés. Terre noire et le carrefour Bafana, situé l’un à quelques encablures de l’autre, constituent des coins pionniers de la reconstitution des vestes et pantalons. Mais, il faut avoir l’œil et l’expérience d’un habitué pour, non seulement trouver un pantalon de même qualité que la veste, mais aussi se l’approprier à un prix juste. «Les vendeurs en boutique viennent en priorité pour trouver le tissu qui correspond à leurs vestes. Celles-ci ne se déballent pas à Mokolo, mais plutôt au marché 8e. Donc, il peut acheter un pantalon à 7000 FCFA maximum et le revendre avec la veste à 40000 FCFA. Il est le grand gagnant», explique Senghor.
Les deuxièmes clients sont les vendeurs qui exposent les pantalons sur les rambardes de sécurité à la Poste centrale. Ces commerçants «prennent le deuxième choix en grande quantité. Tenez par exemple, Moussa prend 30 pantalons de 1500 FCFA. Il va les revendre à 2000, 2500 ou 3000 FCFA», martèle Senghor. Bref, ces acheteurs sont aussi prioritaires parce qu’ils achètent «en gros» apprend-on.

Les fonctionnaires sont la troisième catégorie de notre clientèle. Dans ce cas, ce sont les tailleurs et leurs alliés qui vont vers les clients, indique notre interlocuteur. «C’est souvent du 25 au 30 que nous allons là-bas, pour proposer des pantalons de deuxième ou de troisième choix. Ils ne paient pas toujours au prix indiqué. Ils discutent pour un rabais des prix. C’est une perte de temps de s’y rendre», conclue Henri.

Les vendeurs ambulants viennent au bas de la chaine. Ils achètent le «vrac». Même-ci le tissu est de qualité, il y a toujours un problème dessus. Il peut être lié au bouton ou à la couleur. «Nos frères qui vendent en marchant prennent ces déchets à 500 FCFA et gagnent parfois 1500 dessus» confie le couturier.

André Gromyko Balla

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