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Vente itinérante des marmites chauffantes à Yaoundé : le business à pression des Égyptiens

Ils sont devenus maîtres dans cet art. Mais les stratégies commerciales de ces commerçants prêtent à confusion, quant à leurs réelles motivations.

Des marmites chauffantes et cocottes minutes

Pour décrire la tactique de vente des Égyptiens vivant à Yaoundé, il faut se référer au jargon du football. On parle alors de pression sur l’adversaire. Celui-ci est le client à convaincre ou à séduire. Au lieu d’attendre les clients dans leurs magasins, les ressortissants du pays des pharaons vont à leur conquête.

Pour cela, ils arpentent les rues de la cité capitale, y compris les zones les plus éloignées où les véhicules arrivent rarement. Parfois, ces commerçants parcourent jusqu’à 100 km de route, loin de la capitale camerounaise. Pour y aller, ils n’utilisent ni cortège, ni véhicules personnels ou véhicule de service. Comme tout le monde, ils empruntent des véhicules de transport en commun: les «clandos» ou les taxis pris en course pour une journée.

Avantages
Cette stratégie s’avère payante. En effet, de plus en plus de ménagères achètent les marmites vendues par les Égyptiens. «Je ne savais pas que les cocottes minutes sont déjà moins chères. En plus, on peut payer les marmites égyptiennes en plusieurs mensualités, 3 pour être plus précise», confie une cliente. «Nous avons opté pour cette stratégie afin de permettre aux femmes qui n’ont pas souvent beaucoup de moyens de ne pas se sentir lésées. Une cocottes minutes de 45000 FCFA peut être achetée en janvier via une avance puis peut être finalisée en mars ou avril. 15000 FCFA par mois et on solde», se gargarise Hammed, un vendeur égyptien retrouvé du côté de Nkolzock, village voisin de la ville de Mfou. «J’ai acheté 6 marmites à 90000 FCFA que j’ai payées en 3 mensualités. Aujourd’hui, je peux organiser une réception. Alors qu’à la brocante, on me demandait 200.000 FCFA», se satisfait madame Ze, femme au foyer du côté d’Etoa dans le 3e arrondissement de Yaoundé. Il suffit simplement de leur donner tes coordonnées. Et il faut ajouter à cela qu’avec le reçu, ils peuvent te trouver à n’importe quel moment.

Détracteurs
Cette recette a cependant ses détracteurs. Selon eux, les marmites chauffantes et cocottes minutes vendues par les Égyptiens sont plus coûteuses. Nathalie Mengue demande à sa voisine Marie d’aller sur Facebook pour comparer les prix. «Une marmites de 5 litres qu’ils vendent à 45000 FCFA coûte 25000 FCFA lorsque tu l’achètes en ligne et on te livre à domicile. Tu peux aussi l’avoir à moindre coût au marché central», explique la dame. «C’est comme un pacte passé avec le diable. Parce que ces Égyptiens savent harceler celui qui leur doit. Et il n’y a pas de garantie avec eux», ajoute dame Olounou qui a dû passer un petit séjour de deux jours dans un commissariat de la place. Elle n’avait pas respecté l’échéance de payement.

Espions
Ce déploiement marketing suscite des inquiétudes auprès des populations. «Même les évangélistes ne marchent pas comme ça. Je me demande même si ces gens ne sont pas des espions», s’interroge un chef de village du côté de Mbega, (entre l’arrondissement de Mfou et Mbalmayo).

André Gromyko Balla

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