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Université panafricaine : Le projet prend de plus en plus de chair au Cameroun

À Yaoundé, le 21 décembre 2018, les autorités locales ont affiché leur détermination à poursuivre l’implémentation de l’institution universitaire de l’Union africaine.

Photo de famille à la fin de la cérémonie de diplomation

Deux ministres ont présidé, le 21 décembre 2018, la cérémonie de remise des parchemins à la 4e promotion de l’Institut gouvernance, humanité et sciences sociales de l’Université panafricaine. Il s’agit des ministres de l’Enseignement supérieur et des Relations extérieures. La présence de Jacques Fame Ndongo et Lejeune Mbella Mbella n’était pas fortuite. Pour le gouvernement camerounais, il était en effet question « d’offrir aux étudiants de cette 4e promotion, une cérémonie inoubliable et prouver aux autorités diplomatiques et académiques des pays membres de l’UA (Union africaine) que le Cameroun mérite toute la confiance placée en lui pour abriter cet institut ».

Le Cameroun a un rôle important à jouer dans le développement de l’Université panafricaine. Le pays abrite à la fois les sièges de l’Université panafricaine et l’Institut gouvernance, humanité et sciences sociales, l’un des cinq établissements de cette université. Ce sont là des victoires diplomatiques acquises face respectivement à la Tunisie et au Gabon.
Preuves

Lors de cette cérémonie, les autorités camerounaises se sont aussi employées à faire le bilan de l’implémentation de l’institution universitaire de l’UA dans le pays. On apprend que depuis la première promotion, le Cameroun, en tant que pays hôte et responsable des infrastructures, consent beaucoup d’efforts pour que l’université panafricaine soit mise sur pied. Il l’a dotée d’un siège provisoire au quartier Bastos à Yaoundé, en attendant la livraison du siège définitif, dont les travaux sont en cours à Mimetala, une localité située dans la banlieue de la capitale politique. Le gouvernement a débloqué un fonds de 500 millions de F CFA à cet effet.

Dans la même veine, le Pr Minkoa Shé, recteur de l’Université de Yaoundé 2, a rappelé que l’Institut gouvernance, humanité, sciences sociales a des locaux fonctionnels. Dans le campus de Soa, elle bénéficie de 2 amphithéâtres de 250 places chacun, 2 salles de cours de 30 places chacune, une autre de 60 places et un bloc administratif de 10 bureaux. Le recteur de l’Université de Yaoundé 2 saisit cette occasion pour saluer la réussite de la mise en place de cet institut. Le corps enseignant, constitué en majeure partie de Camerounais, donne une image positive du Cameroun. « Au début de cette aventure, beaucoup étaient sceptiques. Mais aujourd’hui, c’est une fierté pour l’Université panafricaine et principalement l’Université de Yaoundé 2 de promouvoir l’intégration africaine » a-t-il ajouté lors de son allocution. Pour le Minesup, « c’est une victoire sur tous les manquements, une victoire que nous avons comblée, une victoire sur tous les défis que nous avons relevés, en vue de la mise en œuvre de l’Université panafricaine ».

Avec cet investissement, Yaoundé se positionne comme un hub d’intégration continentale. Plus encore, il promeut le savoir camerounais.

André Balla, stagiaire

Réactions des lauréats

Bouraima Sawadogo, Burkinabé

« Je suis désormais un ambassadeur de l’intégration régionale »

C’est un sentiment de fierté, un sentiment de reconnaissance envers l’Union africaine pour avoir mis ce programme en place et pour la confiance placée en nous. Au sortir de ce programme, nous sommes outillés en matière d’intégration régionale, en matière de gouvernance et pour servir l’Afrique. Nous remercions notre pays d’accueil qui nous a offert un terrain d’hospitalité, un environnement paisible pour que nous puissions arriver à cette cérémonie aujourd’hui. Je suis désormais un ambassadeur de l’intégration régionale partout en Afrique.

Anastasie Luria Belingou Yako Doloresse, Centrafricaine

«Les Camerounais nous ont bien accueillis»

Je suis vraiment satisfaite par ce diplôme obtenu à l’Université panafricaine. C’est pour moi un grand honneur, une joie. Les deux ans passés au Cameroun n’étaient pas faciles, mais on s’est battu. On a appris beaucoup de choses au Cameroun, on a appris à préparer le Ndolè (un mets local), on a même appris à parler l’Ewondo (une langue locale). Ce qui prouve que l’intégration est déjà effective. Les Camerounais nous ont vraiment accueillis. Bien que la gouvernance soit mon domaine de compétence, partout où j’irai en Afrique, je serai l’ambassadeur de l’intégration.

Franklin Etarh, Camerounais

« Nous constituons la crème de la crème »

C’est une impression de fierté d’être parmi les lauréats du jour. Après avoir passé tout ce temps à l’Université panafricaine, nous constituons la crème de la crème. Et je ne peux être que content d’avoir été choisi par l’Union africaine. La prochaine étape est de servir mon pays, mon continent et d’être un formateur partout où je serai.

 

 

Jacob Mensah, Ghanéen

«Je pars en étant un autre homme»
J’ai passé deux années au Cameroun. Nous avons vécu l’intégration dans ce magnifique pays. Je ressens de la joie et de la fierté, parce que ça n’a pas été facile. Je pars du Cameroun, mon deuxième pays, en étant un autre homme. Je ne saurais finir sans remercier les autorités de l’Union africaine qui ont mis en place cette Université panafricaine.

 

 

 

‘’Tous les étudiants sont boursiers’’

Pr. Vincent Ntuda Ebodé

Le troisième cycle a été lancé il y a trois ans. Pour ce qui concerne la gouvernance, les premiers étudiants vont soutenir leurs thèses au premier trimestre 

Le directeur de l’Institut gouvernance, humanités et sciences sociales revient sur les objectifs et les avancées de l’Université panafricaine. 

Comment se déroulent les formations à l’Université panafricaine ?
L’Université panafricaine, qui est l’université de l’Union africaine, est constituée de cinq établissements. Chaque sous-région africaine a un établissement qu’on pourrait appeler, en langage simple, une faculté, mais qu’on a décidé d’appeler institut. L’Afrique centrale a pour base le Cameroun. Le pays abrite l’institut en charge de la gouvernance des sciences sociales et humaines. Il a pour tutelle académique l’Université de Yaoundé II. Basé à Soa, cet institut dispense à ce jour des enseignements dans un programme dénommé gouvernance et intégration régionale, ainsi que des enseignements en traduction et en interprétation. Nous avons délocalisé cette dernière à l’Université de Buea, en raison de l’avantage comparatif que présente cette université, en ce qui concerne ce domaine.

Que peut-on dire de manière pratique de ces programmes ?
À l’Université de Yaoundé 2, la formation commence par des mois de renforcement de capacités linguistiques, pour que les étudiants soient bilingues. Les deux langues enseignées sont l’anglais et le français. Cela suppose donc qu’un étudiant doit être au moins au niveau moyen dans la langue qu’il ne connaît pas. Lorsqu’on a reçu la première promotion, on s’est retrouvé avec des étudiants monolingues. Nous avons donc décidé de faire deux parcours. Les anglophones font leurs études en anglais, et les francophones font les leurs en français. Mais ils ont l’obligation de faire des cours de langue qui, au niveau du master, sont obligatoires et notés.

Après des mois et des années de renforcement des capacités linguistiques, on commence le programme lui-même qui, comme tout programme de Master, dure vingt-quatre mois (c’est-à-dire quatre semestres). Les deux premiers semestres (c’est-à-dire la première année) sont essentiellement intenses en matière d’enseignement. La deuxième année est dédiée à l’étude sur le terrain. Le premier semestre est consacré au stage dans une entreprise ou une institution. Le second semestre est dédié au mémoire. On achève donc la formation par la soutenance du rapport de stage et un mémoire de fin d’études en gouvernance et intégration régionale. L’autre chose à ajouter est que lorsqu’on est au second semestre, les étudiants choisissent les options. Certains font intégration régionale et d’autres font gouvernance. Ceux qui font Intégration régionale ont en option tous les cours obligatoires de ceux qui font Gouvernance, et viceversa.

À l’Université de Buea, on forme les traducteurs et les interprètes aussi bien dans les langues occidentales que dans les langues africaines transfrontalières. Le troisième cycle a été lancé il y a trois ans. Pour ce qui concerne la gouvernance, les premiers étudiants vont soutenir leurs thèses au premier trimestre.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette 4e promotion ?
La première spécificité est que cette promotion est la première à faire les nouveaux programmes. Si vous la comparez aux premières promotions, vous verrez que pour les trois premières les moyennes étaient trop élevées (autour de 17, 18). Avec celle-ci, le nombre de cours, comparé à la première et à la deuxième promotion a pratiquement triplé. Du coup, la moyenne commence elle aussi à se tasser même si on reste au-dessus de 15. Lorsqu’on prend aussi les premières promotions, les premiers des promotions étaient toujours des femmes. C’est la première fois qu’au moins à l’Université de Yaoundé un garçon est en tête. Une autre spécificité, c’est le nombre de pays représentés. Pour cette promotion, on a 35 alors que lors des dernières, on en avait environ 30.

L’effectif est trop bas, compte tenu du milliard d’habitants que compte le continent. Est-ce qu’il est appelé à augmenter au fil des années ?
Chaque institut recrute chaque année 100 étudiants. Il y a 5 instituts (soit un institut par sous-région), ce qui fait chaque année 500 étudiants au total. Le nombre ne va pas aller croissant, parce que c’est une question d’adéquation entre formation et emploi, mais aussi enseignant et étudiant. C’est pour des mesures d’assurance qualité. Tous les étudiants sont boursiers et on ne va pas mettre de l’argent pour faire aussi la formation de masse.

Au sortir de cette formation, de quoi sont capables les produits de l’Université panafricaine ?
Comme vous le savez, la gouvernance a plusieurs faces. Celui qui a fait comptabilité, la notion de gouvernance n’a pas la même acception qu’avec celui qui a fait droit civil. L’un fait la gouvernance de la monnaie et l’autre fait la gouvernance des ménages. Si vous allez en justice, ça devient aussi différent. Quand vous êtes administrateur civil, c’est aussi une autre forme de gouvernance. Donc, chacun a un profil et on attend qu’il implémente la théorie et la pratique apprises en rapport à son profil.
Il y a la gouvernance dans les institutions régionales. Il y a la gouvernance dans les pays au niveau étatique, aux niveaux périphériques. Il y a même la gouvernance sociale dans les familles. Donc chacun apprend en fonction de son background. En science sociale, on prend vraiment les sciences sociales, c’est-à-dire que vous avez les gens qui ont fait gestion, économie, droit, science politique, relation internationale, géographie, histoire ; l’objectif étant que chacun améliore son sillon.

Propos recueillis par

André Balla, stagiaire

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