Une page est en train de se tourner

Jadis, les présidents français en visite dans un pays africain arrivaient dans la journée. Ils étaient accueillis en grande pompe. Chefs traditionnels, ministres, députés, élèves et étudiants étaient mobilisés pour souhaiter la bienvenue au représentant de la “grande” France.

 

C’est en pleine nuit que l’avion transportant Emmanuel Macron atterrit à Libreville, le 1er mars 2023. Le président français était arrivé en catimini comme un voleur qui sort de chez lui pour braquer un poulailler. La population gabonaise n’était pas présente pour le saluer et l’applaudir. Pourquoi ? Parce qu’elle a compris que ça ne vaut plus la peine de se déranger pour un pays dont les beaux discours sur la liberté, la justice, l’égalité et la démocratie ne sont jamais suivis d’actes, parce qu’elle ne veut plus se saigner pour des ingrats et des roublards, parce qu’elle se dit que le temps est venu d‘agir fermement et courageusement comme les Centrafricains, Maliens et Burkinabè.

À qui la faute si la France est traitée de la sorte aujourd’hui? À elle-même car elle n’a jamais voulu changer de logiciel, à ses dirigeants et intellectuels qui continuent de voir le Noir comme un sous-homme et croyaient que les Africains accepteraient indéfiniment leur arrogance et leur duplicité.

La manière, dont Laurent Gbagbo et son épouse furent traités en avril 2011 pour une affaire ne concernant pas la France, choqua et révolta nombre d’Africains. C’était le summum de la barbarie et du mépris. C’était surtout le summum de la bêtise. Un tel crime ne pouvait pas rester impuni. C’est tout le sens de l’accueil glacial réservé à Macron à Libreville.

Un notable juif appelé Nicodème vint, de nuit, rencontrer Jésus (Jn 3, 1-21). Au cours de cette rencontre nocturne, Nicodème commença par rendre hommage à Jésus: «Tu es un maître qui vient de la part de Dieu…» Il posa ensuite des questions afin d’être éclairé, de comprendre et d’apprendre. Nicodème, quoique maître en Israël, n’était pas venu, cette nuit-là, pour enseigner et dire ce qu’il faut faire mais pour écouter, pour se laisser instruire, pour s’enrichir. Quand les présidents français se rendent en Afrique, ils parlent, donnent des leçons, parfois disent des contre-vérités comme à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007 («L’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire»). Jamais ils n’écoutent les Africains, ne les laissent parler de ce qu’ils sont réellement, de ce qui leur tient à cœur, de ce qu’ils aiment ou non.

Le tout n’est pas de vouloir un nouveau partenariat avec l’Afrique. Encore faut-il que la France naisse de nouveau. Et renaître signifie apprécier les valeurs africaines, écouter les Africains, apprendre d’eux.

Jean-Claude DJEREKE

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