UA, juste un machin ?

Réunis ce vendredi 11 novembre à Addis-Abeba, les membres du Conseil Paix et Sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) ne se sont pas accordés sur une sanction contre le Tchad qui a entamé sa deuxième phase de transition. Sur les 15 membres du CPS de l’UA, quatre (4) sont pour les sanctions et cinq (5) sont contre. Les six autres membres ont seulement pris acte du rapport présenté par le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.

 

 

À l’aune de cette actualité, l’on ne peut pas être insensible à une question qu’il est en général embarrassant ou gênant d’aborder de front, à savoir: L’UA peut-elle être une puissance diplomatique avec une capacité d’influence sur ses États membres? Incontestablement, la réponse est négative. Et pourquoi? Premièrement, répondent des experts, l’organisation panafricaine fait face à des défis structurels et politiques qui handicapent littéralement sa capacité et l’efficacité de ses mécanismes institutionnels dans les négociations internationales. Deuxièmement, disent encore des experts, l’UA souffre d’une compétence supranationale très restreinte. Et de là, il faut bien observer, à l’aide d’un exemple…

 

Dès 2004, les dirigeants du continent ont adopté un acte traduit par la Déclaration solennelle pour une politique africaine commune de défense et de sécurité. La mise en place de cet instrument a accouché d’une architecture qui privilégie l’aspect des opérations de paix, insuffisante pour prendre en compte le volet défense. Afin de faire oublier l’inertie de l’OUA face à la pandémie de l’insécurité, dès 2002, l’UA a-t-elle lancé l’ambitieux chantier de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS). Or, la gestion africaine des différentes crises qui ont conduit à la seconde guerre civile centrafricaine débutée en mars 2013, a offert l’occasion d’évaluer, la capacité opérationnelle fortement limitée de l’AAPS. Lorsqu’intervient le coup de force de François Bozizé en mars 2003, depuis octobre 2002 déjà, en application des Accords de Libreville, 310 soldats de la Force Multinationale en Centrafrique (FOMUC) de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (CEMAC) sont en charge de la sécurité de Bangui.

 

L’AAPS n’a pas su faire respecter les accords de Libreville. La CEMAC, dont la force, la FOMUC, était en charge de la sécurité du pouvoir n’a pas été à la hauteur de la mission. Le Panel des Sages qui aurait pu amener le président Ange-Félix Patassé et son adversaire Bozizé à la table de la négociation afin d’éviter le coup d’État n’a pas fonctionné. Le Système Continental d’Alerte qui, en principe, devait permettre aux dirigeants africains, tant au niveau sous régional que continental, d’anticiper sur l’aggravation tragique de la situation s’est fait discret. Il a fallu attendre l’appel du secrétaire général de l’ONU suite à une situation devenue explosive pour que, lors de sa 385ème réunion du 19 juillet 2013, le CPS se saisisse du cas centrafricain.

 

Au Tchad, le scénario est-il en voie d’être répété? Là encore, on revient toujours aux questions. Au moins, celle que nous posons ici rappelle toujours que le débat fait rage depuis un moment au laboratoire sur la force diplomatique de l’UA. La même question pourrait aboutir à un constat pénible qui va jusqu’à mettre en doute la volonté de l’UA de comprendre ce qui se passe réellement au Tchad.

 

Jean-René Meva’a Amougou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *