Les trois piliers de la reprise en Afrique après la pandémie de Covid-19 : Parlons un peu de la reprise.

Nous ne sommes pas, il est vrai, encore au bout du tunnel. La pandémie de Covid-19 continue de faire des ravages dans les économies du monde entier. Les taux de pauvreté et de chômage grimpent en flèche. Des centaines de milliers de personnes sont contaminées chaque jour, mettant à mal les systèmes de santé et plongeant de nombreuses familles et communautés dans le désarroi.

Si l’Afrique semble avoir réussi, jusqu’à présent, à éviter le pire, les taux d’infection augmentent dans de nombreux pays et l’impact économique de la pandémie est malheureusement déjà lourd. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, le continent est sur le point de connaître sa première récession en 25 ans et l’activité économique devrait se contracter de plus de 3% en 2020.

Le retour à une situation dite « normale » pourrait prendre des années. Pour autant, l’Afrique a les moyens d’accélérer sa reprise économique et de construire un environnement post-COVID plus robuste et plus compétitif, davantage favorable à la croissance et à la création d’emplois.

Les discussions qui ont eu lieu lors de divers événements consacrés en partie à la pandémie et à la relance — notamment le Women Working for Change Summit, organisé par IFC et Jeune Afrique Media Group — me donnent à penser que la reprise en Afrique reposera sur trois grands piliers. Il s’agit de la transformation numérique, de l’urbanisation et de l’intégration régionale.

En ce qui concerne la transformation numérique, l’adoption des technologies nouvelles s’est accélérée pendant la crise sanitaire pour permettre aux entreprises de maintenir le lien avec leurs clients et leurs fournisseurs, aux étudiants de rester connectés avec leurs enseignants, et de continuer, malgré tout, à se « rassembler » en famille ou entre amis.

Si cette nouvelle manière de créer du lien social et économique se développait déjà avant la pandémie, le potentiel numérique de l’Afrique est encore largement inexploité. Selon un récent rapport d’IFC et de Google, l’économie numérique pourrait représenter 5,2 % du PIB du continent à l’horizon 2025, soit près de 180 milliards de dollars.

Toutefois, l’Afrique est aujourd’hui le continent le moins connecté de la planète. Seuls 10 des 45 pays africains suivis par l’Alliance pour un internet abordable satisfont ainsi à la norme d’accessibilité financière, telle que recommandée par la Commission sur le haut débit des Nations Unies.

Il est donc crucial que les gouvernements, le secteur privé et d’autres partenaires coopèrent pour créer des infrastructures numériques, pour améliorer les compétences et aider à développer les talents dans le secteur technologique afin de permettre à des millions de personnes supplémentaires à travers l’Afrique de profiter des avantages du numérique.

L’urbanisation est, elle aussi, en train de transformer l’Afrique.

Les grandes villes se développent rapidement à travers le continent. Des millions de personnes, à la recherche d’opportunités, tentent leur chance à Johannesburg, Abidjan, Kinshasa, Lagos ou Nairobi, mais aussi dans des centres urbains plus petits mais en pleine croissance comme Lilongwe et Niamey. Cette urbanisation entraîne une nouvelle demande de biens et de services, elle favorise l’émergence d’idées et d’initiatives et attire des investisseurs, contribuant à créer des marchés plus compétitifs, plus innovants et plus efficients.

Toutefois, les bienfaits de l’urbanisation ne seront palpables que si les citadins peuvent bénéficier de services essentiels comme l’électricité, l’eau, l’assainissement, le logement et les transports. Les villes qui offrent ces services – que ce soit par l’intermédiaire de prestataires publics, privés ou mixtes – seront plus susceptibles d’être des moteurs de croissance, de réduction de la pauvreté et de développement humain.

Enfin, le troisième pilier de la reprise sera l’intégration régionale. Celle-ci peut véritablement aider l’Afrique à accélérer les progrès et les retombées économiques, tant à l’échelle continentale qu’au sein de chacun des principaux blocs économiques de la région comme la Communauté d’Afrique de l’Est, la CEDEAO, la CEEAC, le COMESA, l’IGAD et la SADC, pour n’en citer que quelques-uns.

 

Selon un rapport de la Banque mondiale, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine pourrait accroître les revenus de la région de 450 milliards de dollars d’ici à 2035 (soit une progression de 7%). Mais si l’Afrique nourrit de grandes ambitions pour faciliter et libéraliser le commerce, les échanges transfrontaliers continuent d’être un véritable défi dans de nombreuses régions du continent.

Pour réaliser des progrès durables dans ces trois domaines, il faudra que les gouvernements, le secteur privé et les partenaires du développement unissent leurs efforts.

Le rôle d’IFC, dans le soutien à la reprise économique, est de promouvoir un climat favorable aux affaires et d’aider les acteurs africains du secteur privé — grands et petits — à croître et prospérer. Notre grande force se trouve dans notre capacité à faire se rencontrer les investisseurs, les pouvoirs publics et les innovateurs, et c’est dans ce domaine que nous pouvons avoir, avec l’aide de nos partenaires, l’impact le plus important à long terme.

Si la pandémie a pu freiner le développement du continent, elle n’a pas coupé l’appétit des Africains et des Africaines pour l’innovation et pour la croissance. Je suis convaincu que la reprise post-COVID sera l’occasion de bâtir une Afrique plus forte, plus résiliente et plus connectée.

Sérgio Pimenta, Vice-Président pour le Moyen-Orient et l’Afrique, IFC

Sérgio Pimenta est le Vice-président d’IFC pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Il est responsable des investissements et des services conseils dans ces régions. A ce titre, il dirige une équipe de 600 personnes couvrant un portefeuille de vingt milliards de dollars, mobilisations incluses.

Auparavant, M. Pimenta était le Directeur d’IFC pour l’Industrie, l’Agro-Industrie et les Services. Dans cette fonction, il a dirigé une équipe de 350 personnes travaillant dans plus de cent pays afin d’accroître la contribution du secteur privé aux objectifs de développement dans des secteurs tels que l’agriculture, la santé, l’éducation, l’industrie légère et les services commerciaux.

Mr. Pimenta a également été pendant trois ans Directeur régional d’IFC pour l’Asie de l’est et le Pacifique, basé à Hong Kong. Plus tôt dans sa carrière à IFC, Sergio Pimenta a occupé plusieurs postes de responsabilité au département Industrie, Agroalimentaire et Services, en Asie et dans le Pacifique, au Moyen-Orient, en Afrique du nord et au siège d’IFC à Washington, DC.

Avant de rejoindre le Groupe de la Banque mondiale en 1996 à travers le programme Young Professional de l’institution, Mr. Pimenta a travaillé à la Direction générale du Trésor, au ministère de l’économie et des finances français ainsi que pour la Banque Nationale de Paris (BNP).

  1. Pimenta est citoyen franco-portugais. Il est titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’École Polytechnique de Paris. Il est également diplômé de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris.

 

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