Tragédie de Ngarbu-Ntumbaw : En quête d’enquêtes et de contre-enquêtes

La communauté internationale exige une investigation pointue sur le drame. Les autorités locales, elles, s’échinent à démontrer leur bonne foi.

 

 

L’effroi et la condamnation sont unanimes à la suite de la tragédie survenue le 14 février 2020 à Ngarbu-Ntumbaw (département du Donga-Mantung, région du Nord-ouest du Cameroun). À travers le monde, les réactions sont nombreuses et se succèdent autant qu’elles dévoilent deux thématiques : le nombre de morts et leurs tueurs.

Dans un communiqué publié le 17 février 2020, l’Onu (Organisation des Nations unies)  parle de 23 personnes tuées (dont 9 enfants de moins de 5 ans) par l’armée camerounaise. L’institution planétaire disait alors tenir ses informations  de ses employés déployés sur le terrain. Un précédent bilan fourni la veille par un représentant de l’Onu au Cameroun faisait état de vingt-deux civils tués, dont quatorze enfants, une femme enceinte et deux femmes portant des bébés.

Aux autorités camerounaises, l’Onu a réclamé une enquête. « Nous pressons les autorités de s’assurer que l’enquête sera indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes », a déclaré le Haut-Commissariat de l’Onu pour les droits de l’homme (HCDH) dans un communiqué.

Sur twitter le 19 févier 2020, Tibor Nagy Secrétaire d’Etat Adjoint pour les Affaires Africaines au  Département d’Etat est monté au créneau. « Nous condamnons les meurtres de civils à Ngarbu, dans la région du Nord-Ouest, et présentons nos condoléances aux familles des victimes. Nous demandons au gouvernement d’autoriser une enquête indépendante, de garantir la protection  des témoins et de traduire les coupables en justice. La violence doit cesser», a-t-il écrit.

Même tonalité du côté du Quai d’Orsay. Lors d’un point de presse à Paris, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères et de l’Europe a décliné la position de l’Hexagone sur le sujet. « Nous condamnons les violences qui ont entraîné la mort d’un grand nombre d’habitants d’un village de la province du Nord-Ouest du Cameroun, dont des enfants. Nous présentons nos condoléances aux familles des victimes ainsi qu’au peuple camerounais.
Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur cet événement tragique et que les responsables répondent de leurs actes », a-t-il commenté

En guise de version officielle, le ministre délégué de la Présidence, chargé de la défense (Mindef), Joseph Beti Assomo, dans un communiqué rendu public le 17 février, rapporte que « les forces de défense en opération de reconnaissance dans ladite localité, ont été prises à partie par les terroristes sécessionnistes ayant transformé une habitation de la localité en place forte, véritable base logistique de marchandises illicites, d’armement et de munitions de divers calibres, de stupéfiants et amulettes ».

La riposte s’est soldée par la neutralisation de 7 terroristes et bandits, selon le ministre de la défense. Au cours des accrochages, poursuit-il, « un incendie s’est déclaré dans la fortification des terroristes installée dans la même habitation, provocant des explosions, avant de se propager aux habitations voisines ».

« L’incendie aurait fait 5 victimes, dont une femme et 4 enfants, bien loin du prétendu massacre relayé dans les réseaux sociaux», s’indigne le Mindef.

Depuis 2017, le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise a déjà fait plus de 3 000 morts et 700 000 déplacés. L’armée camerounaise comme les séparatistes armés sont accusés par des ONG internationales de défense des droits humains d’exactions contre des civils dans ces deux régions.

Bobo Ousmanou

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