Théodore Nsangou : ” EDC se situe au cœur des grandes opportunités énergétiques et industrielles du Cameroun “

À Promote 2019, Electricity Development Corporation (EDC) organise, en partenariat avec la fondation internationale Inter-Progress et sous le patronage du ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, la 4e édition du Forum Énergie-Eau-Environnement (Forum EEE). En prélude à cet évènement, son directeur général livre un descriptif des principales activités de cette entreprise publique.

 

Monsieur le directeur général de EDC, comment votre entreprise amorce le nouveau septennat dit des « Grandes opportunités » 2018-2025 ?

Avant d’amorcer la question des grandes opportunités, permettez-moi de commencer par les grandes réalisations qui ont permis ces grandes opportunités. L’entreprise dont j’ai la charge a réussi le pari de livrer le barrage de Lom Pangar dans le respect des délais et, surtout, procédé à sa mise en eau définitive en 2016. Ce qui permet actuellement de stocker près de 6 milliards de m3 nécessaires pour régulariser le plus long fleuve du Cameroun, la Sanaga, qui détient plus 70 % du potentiel hydroélectrique du Cameroun. Nous pouvons dire que dans le cadre du secteur de l’énergie, EDC a déjà préparé le nouveau septennat des grandes opportunités, en levant le verrou de la valorisation du bassin versant de la Sanaga.

Avec le débit de la Sanaga régularisé par Lom Pangar et les autres barrages-réservoirs à savoir, Mbakaou, Mapé et Bamendjin, EDC joue pleinement son rôle de gestionnaire de patrimoine des eaux du bassin de la Sanaga, dont la première retombée immédiate est le projet Nachtigal qui prend progressivement forme. Ce projet va utiliser 50 % des eaux stockées par le barrage de Lom Pangar, et surtout apporter près de 420 MW à l’offre énergétique actuelle. C’est environ 1500 emplois qui seront créés.

Stratégiquement, EDC va permettre, à long terme, la valorisation du potentiel de la Sanaga, estimé à 6 000 MW. D’autres grandes opportunités de projet énergétique sont en cours, à savoir Grand Eweng (1800 MW), Kikot (600 MW) et Song Mbengue (1060 MW).

Avec la mise en œuvre des Autoroutes de l’Électricité qui projettent de faire du bassin de la Sanaga un grand pôle énergétique pour la réalisation du Plan de développement industriel, EDC se situe au cœur des grandes opportunités énergétiques et industrielles du Cameroun.

Votre entreprise semble être le bras séculier du gouvernement camerounais dans le domaine des infrastructures énergétiques. Ce qui impose des défis. Qu’est-ce qui est aujourd’hui sur votre table ?

Le ministre en charge de l’Énergie a procédé en septembre dernier au lancement des travaux de l’usine de pied de Lom Pangar dont la capacité sera de 30 MW. Nous sommes à pied d’œuvre pour la construction de cet ouvrage qui va sortir définitivement la région de l’Est des délestages et du déficit d’énergie. Nous allons également construire de nouvelles lignes de transport pour l’électrification de 150 localités dans la région de l’Est.

Dans le cadre du Projet de renforcement et d’extension des réseaux de transport et de distribution (Preretd), notre priorité est l’évacuation de l’énergie électrique de la centrale de Memve’elé dans le réseau de transport existant (Ris). Nous sommes également en train d’électrifier 495 localités, réparties dans 28 départements situés dans les régions du Centre, de l’Extrême-nord, du Littoral, du Nord, du Nord-ouest, de l’Ouest, du Sud-ouest et du Sud. D’autres études sont en cours, afin de réaliser de nouveaux projets énergétiques.

Vous nous avez fait part des opportunités énergétiques de projet Lom Pangar. Qu’en est-il des aspects sociaux et économiques ?

Le Projet Lom Pangar est un projet intégrateur, car il prend en compte les aspects environnementaux et sociaux. À cet effet, dans le cadre du Plan de gestion environnemental et social, l’Agence française de développement (AFD) et la Banque mondiale ont financé la réalisation d’importants ouvrages à caractère socio-communautaire. Il s’agit de la construction de 164 infrastructures de développement réparties dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’accès à l’eau potable et certains ouvrages sociaux collectifs de base.

Actuellement nous sommes en train de construire et équiper les hôpitaux de district de Belabo, BétaréOya, et réhabiliter l’hôpital régional de Bertoua. Tout ceci a pour but d’améliorer les conditions de vie des populations de la région de l’Est. De plus, l’usine de pied en construction soulagera ces populations. En effet, elle viendra, en plus de l’apport en électricité, générer des opportunités de développement des activités économiques avec une énergie à moindre coût.

Mais la plus grande opportunité créée à ce jour par ce projet est sans doute le développement de la pêche dans la retenue du barrage. Le village Ouami a vu sa population passer de 300 à près de 12 000 habitants. Une forte activité de pêche s’y est développée avec des revenus estimés à plus de 10 milliards de francs CFA par an.

Le Cameroun a pris l’engagement à Paris au terme de la Cop21, de réduire, à hauteur de 32 %, son niveau d’émission de gaz à effet de serre à l’horizon 2035. Peut-on espérer la production d’une énergie uniquement propre à long terme?

Dans sa politique des grandes réalisations, le chef de l’État avait déjà amorcé ladite question, avec la construction des barrages de Lom Pangar, Mekin et Memve’elé. Le choix de l’hydroélectricité, énergie propre et renouvelable comme source de production de l’énergie est en droite ligne avec les objectifs de la Cop21. Nous comptons aller plus loin avec la prise en compte de nouvelles sources d’énergies propres. Nous étudions actuellement la valorisation d’autres sources telles que le solaire pour permettre un mix énergétique hydro et solaire.

Produire l’électricité à partir des sources hydrauliques, c’est aussi envisager la gestion pacifique de l’eau de la Sanaga, fleuve sur lequel reposeront plusieurs barrages. Qu’est-ce qui est fait pour éviter tout conflit autour de l’eau que vous retenez avec Lom Pangar ?

La Sanaga sera fortement sollicitée par plusieurs acteurs qui se recrutent dans les secteurs de la production énergétique, à l’instar du barrage de Nachtigal, de la production d’eau potable avec le projet Paeypys, sans oublier l’agriculture et la pèche. Cet usage multiple du bassin versant de la Sanaga nécessite la prise en compte de tous ces acteurs et de leurs intérêts. La gestion intégrée des ressources en eau dudit bassin fait partie des missions de notre entreprise. C’est la raison pour laquelle le gouvernement et ses partenaires ont mis en place un cadre pour sa gestion harmonieuse, afin d’éviter les conflits entre les différents acteurs.

Vous nous avez parlé des réalisations de la EDC et de son rôle en tant qu’entreprise de patrimoine. Qu’en est-il des investissements dans le secteur ?

D’après les statuts de l’entreprise, EDC a pour mission de participer à la promotion et au développement des investissements publics et privés dans le secteur de l’électricité. À cet effet, nous organisons, en marge de chaque édition de Promote, le Forum EEE, pour adresser des problématiques liées aux financements du secteur de l’énergie et la valorisation du potentiel énergétique du Cameroun. La 4e édition aura pour thème « Développement du bassin de la Sanaga, moteur de développement de l’hydroélectricité et facteur de coopération ». Elle se tiendra du 19 au 20 février 2019. Nous mettons un grand accent sur les grandes opportunités qu’offre le bassin de la Sanaga en termes d’investissement et de développement des ouvrages de production d’énergie au Cameroun.

 

Interview réalisée par Rémy Binou

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