Le temps du leadership collectif!

Sur une période allant de mars 2014 à mars 2020, les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont été confrontés à deux chocs sécuritaires (terrorisme, piraterie maritime dans le golfe de Guinée, sécession, crise militaro-politique), deux chocs économiques (baisse des cours de matières premières), un choc humanitaire et un choc sanitaire.

 

D’abord, le triple choc sécuritaire, humanitaire et économique qui donne lieu au sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC en décembre 2016 et novembre 2019. Puis le «deuxième trimestre de la mort 2020» qui a vu la dictature de la crise sanitaire liée à la pandémie mondiale du coronavirus et ses implications. 72 mois de riposte et de résilience, 72 mois de recherche et de mobilisation de l’aide internationale. 72 mois aussi à se convaincre et se faire convaincre, chose curieuse, à s’unir face à ces chocs exogènes.

Transformer les contraintes en opportunités

Dans le théâtre d’opérations dressé, il s’est dégagé une constante qui devrait être retenue comme le message clé. Chaque fois que l’approche collective s’est voulue ambitieuse, les États membres ont trouvé de meilleures ressources pour se tirer d’affaire. En 2016, ils ont souverainement et collectivement choisi l’ajustement budgétaire au lieu de l’ajustement monétaire.

L’application progressive, mais parfois laborieuse, des réformes adoptées a permis la maitrise des déséquilibres macroéconomiques. La révision du dispositif de surveillance multilatérale et les efforts de respect des critères de convergence ont rendu possible la disponibilisation des ressources pour la résilience aux incidences de la crise sanitaire actuelle. La primauté du dispositif de surveillance multilatérale dans l’examen des cadres économiques, la présence de la CEMAC dans les revues économiques du FMI et de la Banque mondiale, la négociation collective des programmes avec le FMI, la recherche et la mobilisation des financements des projets intégrateurs par les plus hauts responsables communautaires (avec la caution des chefs d’État) constituent de petites révolutions en soi.

Il y a quelques jours encore, le président de la Commission de la CEMAC a invité les managers du FMI à prendre en compte les réalités socioéconomiques des pays afin de mieux positionner leurs appuis. Le cas de la République du Gabon et de la République de Guinée Équatoriale qui ne bénéficient pas de l’initiative de suspension de la dette du G20 a été relevé. Une critique de la rigidité des critères des institutions de Bretton Woods, qui n’est pas sans rappeler le plaidoyer de certains chefs d’État de la sous-région sur la réforme de ces institutions afin de les rendre plus flexibles.

Une seule voix ne saurait y arriver. Une antienne exécutée en chœur, oui! Les pays de la Cemac doivent ainsi profiter des espaces d’incertitudes et des périodes de crise pour se réinventer: réfléchir en bloc, diversifier les structures économiques, diversifier les biens et services à produire, diversifier les destinations d’exportation afin de dépendre de l’interconnexion des entités nationales (interdépendance).

Il s’agit aussi de migrer collectivement vers la nouvelle économie en misant sur les nouvelles technologies, les nouvelles formes de diplomatie et les compétences les plus pointues pour construire et mettre en œuvre tout cela. Le Premier ministre britannique Winston Churchill disait: «never let a good crisis go to waste» (ne jamais laisser une bonne crise se perdre/À quelque chose, malheur est bon). L’esprit de cette parole de Winston Churchill amène à intégrer le fait qu’une période de déséquilibre offre toujours l’opportunité de mieux de se projeter.

Face à un monde dont la principale caractéristique est l’imprévisibilité, l’heure est à la mutualisation des puissances, à l’approfondissement des synergies. La CEMAC gagnerait ainsi à évoluer vers le panier de souveraineté et en finir avec la bunkerisation qui est l’unique issue des souverainismes. Dans le mainstream international, que pèse réellement un espace de moins de 200 millions d’habitants et un PIB inférieur à 500 milliards de dollars? La CEMAC, c’est 54 millions d’habitants et 218 milliards dollars en parité de pouvoir d’achat. C’est moins que l’Éthiopie.

Le présent numéro spécial du journal Intégration se veut l’écho du message qui a toujours été le sien: intensifier l’intégration communautaire CEMAC à travers des États développementalistes et des institutions sous-régionales responsabilisées pour un meilleur avenir. En choisissant de rendre compte de l’action du gouvernement communautaire sur ce premier semestre 2020 et particulièrement sur le trimestre noir du coronavirus (qui pourrait être un semestre), le journal Intégration offre à ses lecteurs traditionnels, aux États, institutions sous-régionales et régionales et aux chercheurs des clés d’appréciation sur les contraintes et mutations de l’intégration sous-régionale portée par un exécutif communautaire mobilisé, qui pourrait être étiqueté: «gouvernement de crises». Bonne lecture!

La Rédaction 

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