DOSSIERPANORAMA

Téléphonie mobile : les visages de l’esbroufe

Dans un secteur où l’adaptabilité et les capacités de redéploiement sont jugées importantes, des opérateurs profitant de la tolérance administrative pour offrir certains services au rabais. Ceux qui louvoient dans le dos des pouvoirs publics ont été mis à découvert le 23 janvier dernier par le ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel).

Des installations de la téléphonie mobile

«Pour un secteur des Postes et Télécommunications plus performant et résolument au service des citoyens: les rôles et les responsabilités des pouvoirs publics et du secteur privé». En portant leur attention au thème de la conférence annuelle du secteur des postes et télécommunications, quelques participants imaginent à l’entrée de la salle de conférence du Minpostel. Certains accusent le libellé de ne pas ouvrir la voie à une réflexion transversale; d’autres lui accordent le don de mettre côte à côte tous les acteurs majeurs des postes et télécommunications au Cameroun. À bien des égards, le corpus des discussions suggère des formes « d’ordre » et « de désordre » en ce qui concerne les relations entre différents acteurs, leurs périmètres de compétence et leurs contraintes. Ce 23 janvier 2024, derrière les mots qu’emploient les uns et les autres, peu avant le début de la conférence annuelle, se profile une tension entre ce qui est voulu et planifié d’une partie et ce qui advient, mais qui n’ était ni voulu ni planifié d’autre part.

Halte
Selon Mme Minette Libom Li Likeng, force est d’admettre que «la conférence annuelle du secteur des postes et télécommunications qui s’ouvre ce jour, se tient après une année marquée par quelques faits majeurs ayant impacté le secteur et qui imposent aujourd’hui» aujourd’hui une halte. La crise née de cette opération est lieu de remettre au goût du jour un discours connu et des revendications anciennes, donnant à la contestation une tournure dramatique». Parmi ceux qui écoutent le discours de la Minpostel, les opérateurs de téléphonie mobile s’ennuient sans doute bien moins parce que ce fâcheux épisode est évoqué que parce qu’ils sont mis au banc des accusés. Dans l’entrelacs du ton de Mme Minette Libom Li Likeng et des silences de MTN Cameroun et d’Orange Cameroun, une phrase vient desceller un secret. «Les opérateurs dépassant le périmètre de leurs concessions», lâche la ministre.

Manœuvres de blocus
Non seulement, c’est la phrase de toutes les curiosités, mais surtout, et plus encore, c’est celle qui, en 2024, va permettre de saisir l’enjeu en termes de fermeté face aux dérives constatées. Tout en présentant le phénomène dans sa spécificité, Mme Minette Libom Li Likeng insiste sur « l’agencement » de pratiques illicites des opérateurs de téléphonie mobile. L’attitude quotidienne de ceux-ci, fait savoir la ministre, consiste en un refus, par des voies souvent détournées, d’interconnecter les autres acteurs. «C’est un moyen de bloquer le développement du secteur. Ce sont des pratiques qui sont condamnables et qui doivent s’arrêter !», martèle Mme Minette Libom Li Likeng. Car, dit-elle, «la loi au Cameroun a prévu des conditions d’interconnexion pour que les autres acteurs, qu’ils soient titulaires d’une licence ou d’une autorisation puissent y».

Recadrage
Pour aller du simple constat à la tournure superlative marquant l’intensité des pratiques illicites, la Minpostel évoque l’activité de transport de la fibre optique sans agrément. Dans un secteur où l’adaptabilité et les capacités de redéploiement sont jugées importantes, certaines bénéficiant de la tolérance administrative pour offrir certains services. D’après Mme Minette Libom Li Likeng, MTN Cameroun (filiale du groupe sud-africain MTN) a reconnu avoir posé l’infrastructure de fibre optique. En 2024, le gouvernement entend se départir de ces tournures délictueuses qui tendent à faire de certaines prestations des manifestations indifférenciées d’une régulation défaillante. Adossée à un dispositif réglementaire dont la profondeur est perdue de vue par certains opérateurs de téléphonie mobile, la Minpostel rappelle que ceux-ci « ont uniquement des concessions pour l’exploitation d’un service de téléphonie mobile et non celles de transport, bien que l’organisation économique du Cameroun soit régie par le libre jeu, des forces du marché». « L’État jouant ainsi sa partition, ne saurait se compléter ou continuer à tolérer les violations constantes des obligations contractuelles, ainsi que des principes et règles établis en matière de développement des postes et télécommunications au Cameroun.

Aussi sont-ils appelés notamment, en vue de la création des richesses et des emplois durables, au respect des institutions, du cadre d’exercice de leurs activités, ainsi que des règles de jeu et de la réglementation en vigueur, en offrant des biens. et services selon les normes existantes dans le domaine. C’est ainsi que dans le cadre spécifique de l’établissement et de l’exploitation des réseaux, les opérateurs sont astreints au respect d’un ensemble d’obligations traduites dans un cahier des charges, annexé à leurs conventions de concession, ainsi qu’ ‘à celui des obligations, en termes notamment de normes de qualité de services et de couverture du territoire national par leurs réseaux», persiste Mme Minette Libom Li Likeng.

Jean-René Meva’a Amougou

 

L’aubade frileuse des opérateurs aux abois

Arguments des acteurs qui, par-delà les aléas et les chagrins, estiment qu’ils répondent à leur objectif premier : satisfaire les consommateurs.

Ils semblent avoir conscience de la hauteur de la montagne à laquelle ils s’attaquent avant de se lancer dans son ascension. Ils semblent également connaître tous ses secrets et tous ses pièges. Lors de la conférence annuelle du secteur des postes et télécommunications, la prise de parole des opérateurs de téléphonie mobile n’a pas convoqué un nouveau cadre de référence. Sans être localisés en thèmes au service de la contestation, l’instabilité de la fourniture de l’énergie électrique et les multiples coupures de la fibre optique dues aux travaux sur les axes routiers sont brandis comme principaux facteurs impactant sur la disponibilité des réseaux. «Ces deux problèmes émergents d’un contexte plus global fort et visible de tous», pointe un cadre d’Orange Cameroun. D’après ce dernier, chaque jour, son employeur « adopte, une démarche globale et progressive, qui transforme un service initialement orienté vers une réponse réactive à une demande client, en un service proactif, qui propose des solutions clients économiques pour le satisfaire, voire l’enchanteur». À bien écouter, «Orange Cameroun se positionne dans une démarche de recherche de solutions et non de culpabilisation, d’accusation, ou de demande de justification».

«La qualité optimale de notre réseau reste dépendante de facteurs importants qui échappent au contrôle de notre entreprise. C’est le cas notamment des nombreuses coupures de fibre optique qui dégradent considérablement et régulièrement la qualité du service rendu aux usagers. L’instabilité et l’absence d’énergie électrique dans certaines zones, la situation sécuritaire dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest déclarées économiquement sinistrées, contribuent davantage à cette dégradation», déplore MTN. Cameroun. Les réseaux de télécommunications (ou réseaux de communications électroniques selon la nouvelle terminologie) reposent sur les antennes relais qui doivent être alimentées en électricité en permanence. Le locataire compte d’une forte probabilité d’apparition de coupures d’électricité, MTN Cameroun dit utiliser des groupes électrogènes ou d’autres sources d’énergie, ce qui génère des coûts liés à l’approvisionnement et à la maintenance.

JRMA

Actions

Le Minpostel dévoile son coffret de 2024

Idées anciennes et nouveaux diagnostics pertinents sont combinés sur la feuille de route de cette année.

Une attitude de Mme Minette Libom Li likeng pendant la conférence annuelle

«2024 doit être une année de rupture et de performances». Au-delà des jeux du vocabulaire, Mme Minette Libom Li Likeng inspire à tous la capacité de s’en sortir et, éventuellement, de réussir ou, à tout le moins, de continuer ce qui a déjà été amorcé. C’est le cas de l’opération d’assainissement du secteur postal. Lancée il y a quelques années, ladite opération a déjà permis la régularisation d’un certain nombre d’opérateurs privés, à en croire la ministre. Parallèlement, dans le processus de digitalisation de ses services, la Cameroun Postal Services (Campost) a consolidé sa collaboration avec des acteurs du secteur privé, en vue d’une plus grande inclusion numérique sociale et économique.

Dans le même temps, le Minpostel a accéléré le processus d’assainissement lancé depuis quelques temps, et qui vise à terme, à encourager les opérateurs privés à normaliser leur situation, en se conformant aux lois de la République. Ce programme d’assainissement est appelé à se poursuivre au courant de l’année 2024, au vu de l’intérêt et de l’ampleur de la tâche.

Régulation
Dans le secteur des Télécommunications, la régulation a encore des marges de progression pour une déploiement optimal. Elle doit être outillée pour relever les défis qui ne cessent de se complexifier à mesure que les technologies gagnent en sophistication. « Elle doit être au-dessus de tout soupçon au moment même où une partie des opinions s’interroge sur sa capacité à assumer ses responsabilités sans faiblesse, et où elle doit se montrer imperméable aux pressions de toutes sortes. Ceci est un chantier d’importance», indique Mme Minette Libom Li Likeng.
En 2024, signale-t-on, le Minpostel continuera, avec plus de vigueur et de rigueur, à faciliter le développement du secteur privé, bien conscient de ses responsabilités dans le développement de l’économie numérique. Le PATNUC représente à cet égard un chantier emblématique des efforts consentis par le Gouvernement et dont l’objectif principal est d’augmenter l’inclusion numérique et l’utilisation des solutions agricoles numériques par des petits exploitants agricoles, acteurs des chaînes de valeur agricole cibles . De manière spécifique, le PATNUC vise : la mise en place de nouveaux cadres institutionnels, juridiques et réglementaires propices à la croissance du secteur numérique et au renforcement de la confiance numérique ; le déploiement numérique des infrastructures d’accès dans les localités moins desservies au Cameroun; la création des plateformes numériques et l’acquisition des équipements pertinents pour un développement sécurisé et résilient des services numériques au Cameroun ; l’amélioration des compétences numériques des citoyens; la promotion du développement d’applications et des 9 services numériques en vue d’augmenter la portée et l’utilisation des services numériques pour stimuler l’emploi et l’entrepreneuriat au Cameroun.

JRMA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *