Sud-Ouest du Cameroun : Confusion autour de l’assassinat d’un prêtre kényan

 

L’Église catholique accuse l’armée camerounaise d’avoir tué mercredi de la semaine dernière le missionnaire. Le ministère de la Défense pointe les séparatistes armés actifs dans la région.

« Je trouve totalement inacceptable ce traitement que l’on inflige à notre Armée qui se bat avec engagement et courage, pour que, dès que les terroristes fabriquent leurs histoires, les Forces de Défense soient prises à partie sans un minimum de recul. Les terroristes nous ont habitués à user de perfidie, arborant nos tenues. Quels objectifs les forces régulières poursuivraient-elles à tuer un prêtre ?» La colère du colonel Didier Badjeck, chef de la Division de la Communication du ministère de la Défense, est à la mesure de l’accusation. Il s’insurge ainsi au sujet des accusations portées contre des soldats engagés dans la région du Sud-Ouest, accusations portées par le diocèse de Mamfe. En effet, dans un communiqué daté du jeudi 22 novembre, cette province ecclésiastique accuse des éléments de la gendarmerie nationale d’avoir tué le prêtre.

Selon des témoignages rapportés par le diocèse, le père Cosmas Omboto Ondari a été tué dans l’après-midi de mercredi 21 novembre autour de 15 heures. Il se trouvait devant la paroisse de Kembong (à une vingtaine de kilomètres de Mamfe, département de la Manyu), où il servait comme vicaire lorsque, soudain, ont débarqué dans une voiture des hommes armés, habillés en treillis militaires. Ils se sont mis à tirer en direction de l’église, faisant fuir les personnes qui se trouvaient là, et qui ont couru se réfugier à l’intérieur du bâtiment. Le père Cosmas, de nationalité kényane et âgé de 33 ans, n’a pas eu la même chance : il est atteint de plusieurs balles, dont certaines mortelles, en plein thorax.

Une version que rejette l’armée. «Les seuls éléments des Forces de Défense présents dans cette zone ont été accrochés ce même jour, probablement par le groupe qui a perpétré cet assassinat. Un sous-officier a d’ailleurs perdu son œil et est entre la vie et la mort en ce moment, évacué à Douala. Pas de déclarations péremptoires. Nous aurons les premiers éléments d’enquête et communiquerons dès que possible par la voie la plus officielle. Alors, toute accusation injuste sur nos Forces devient de moins en moins supportable, surtout venant des institutions censées prendre du recul», a clamé le colonel Badjeck. Le ministre de la Communication lui fera écho dans une sortie à la radio BBC Afrique.

Missionnaires enlevés
L’Église va revenir à la charge à travers l’évêque de Mamfe, Mgr Nkea. Sur les antennes de la BBC, le prélat, demande au ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary de «cesser de parler de ce qu’il ne sait pas». Mais l’armée maintient qu’il s’agit «d’hommes armés, vêtus de treillis militaires» qui ont mené cette opération. Pour le ministère de la Défense, qui appelle la population à collaborer avec les autorités, les meurtriers du père Cosmas ont usurpé les treillis militaires aux apparences des gendarmes, pour ainsi jeter le doute sur l’Armée. Le Mindef affirme que cet incident n’a été signalé que dans la matinée du 22 novembre 2018, hypothéquant ainsi toute prompte opération de poursuite et de recherche. Il a néanmoins annoncé une enquête.

C’est le quatrième homme d’Église à périr dans le cadre de la Crise anglophone. Fin octobre, c’est un pasteur américain, Charles Wesco, qui tombait sous les balles. Les miliciens et l’Armée se rejettent la responsabilité de ces attaques, alors que l’ambassade américaine dit attendre les conclusions de l’enquête.
Toujours dans la région du Sud-Ouest, des témoins ont annoncé le kidnapping de quatre personnes samedi dernier : trois missionnaires Clarétains (Père Jude Langeh, Diacre Placid Muntong et un étudiant) et leur chauffeur. L’équipe des trois missionnaires a été enlevée sur le chemin retour vers leur paroisse de Munyenge. Ils revenaient d’une mission humanitaire dans un village.

Zéphirin Fotso Kamga

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