Stratégie de redressement Cemac : Rigueur Vol. 1,5

Avec 81 % de résolutions identiques à celle de 2016, il est évident que les résultats des trois dernières années ne font pas rêver. Pour en sortir, il y a la reconduction, la consolidation et la flexibilité.

Photo de famille des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cemac avec leurs invités spéciaux

Entre 2016 et 2019, l’analyse parallèle des mesures des sommets extraordinaires de Yaoundé montre que seules quatre mesures ne sont pas reconduites dans les communiqués finaux. C’est dire que les résultats à l’échelle régionale ne sont pas de nature à passer à une vitesse supérieure. Le logiciel reste globalement le même. Le chantier de la viabilisation économique reste le même pour les États de la Cemac.

La «nouvelle phase» sera donc plus d’énergie et de synergie dans l’ajustement budgétaire et la transformation des économies. Avec pour élément nouveau «la flexibilité» qui est illustrée par l’appui des institutions de développement et l’ouverture du débat sur le franc CFA.

Consolidation
Le maitre mot à retenir de la session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État de la Cemac tenue à Yaoundé le 22 novembre dernier est bien «consolidation». Il est caractérisé par le point 4 du communiqué final. Les chefs d’État et de gouvernement ont «réitéré leur soutien total à la poursuite résolue de la mise en œuvre des mesures pertinentes arrêtées en faveur d’une politique budgétaire soutenable, une politique monétaire appropriée et une coopération internationale renforcée, propices à une relance économique rapide». Ces engagements identiques à ceux de 2016 sont désormais des piliers du Programme de réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac).

Depuis, l’application de ces piliers n’a pas véritablement été de rigueur. 5 États sur 6 ont conclu un programme avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue de l’ajustement budgétaire et la maitrise des finances publiques. Cette donnée aurait pu être intéressante si le rythme de conclusion de ces programmes était de nature à garantir une entrée et une sortie coordonnées. Il n’en est malheureusement pas le cas. C’est la raison pour laquelle, il est martelé, dans le communiqué final de Yaoundé, que les chefs d’État ont «renouvelé leur engagement pour une approche solidaire, cohérente et concertée dans l’élaboration, en accord avec les partenaires techniques et financiers, de nouveaux cadres de coopération à la fin des programmes économiques et financiers de première génération soutenus par une facilité élargie de crédit du FMI».

Dans ce logiciel de consolidation qui va marquer les «programmes économiques et financiers de deuxième génération», les États ont convié auprès d’eux les partenaires pouvant soutenir la poursuite des efforts d’ajustement. Ainsi, la Banque africaine de développement (Bad), hautement représentée par son président Dr Akinwumi Adesina, va marquer les travaux à huis clos avec une communication spéciale qui présente «ce qui doit changer». L’institution panafricaine de financement du développement vient de mettre sur pied une stratégie d’intégration régionale en Afrique centrale 2019-2025 avec un fonds dédié de plus de 2600 milliards de FCFA. L’Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale et la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) sont d’autres institutions de développement présentes au sommet qui seront appelées à jouer un rôle important dans les prochains mois pour la mise en réseau du marché communautaire, à travers les projets d’infrastructures (routières, ferroviaires, électriques, etc.).

Flexibilité
Révolution de palais ou véritable évolution, ni l’un ni l’autre pour qualifier la décision des chefs d’État de la Cemac de faire tomber le tabou sur le franc CFA d’Afrique centrale. Une réflexion va s’engager sous l’égide de la commission Cemac et la supervision de l’union monétaire de l’Afrique centrale. Une levée de boucliers qui va satisfaire le Président de la Guinée Équatoriale Théodore Obiang Nguema Mbatsogo pour qui «le cordon ombilical avec les puissances coloniales doit être rompu». Son adjuvant, Pr Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac pour qui «un débat dépassionné sur le FCFA devrait être engagé en Afrique centrale». De bonnes et pertinentes propositions sont attendues.

Zacharie Roger Mbarga

Infrastructures

La nouvelle ère 

Axe primordial de la seconde phase des réformes, les projets d’infrastructures constituent le principal chantier après les ajustements de la stabilité macroéconomique.

Plus de liaisons entre les pays de la Cemac visant à réduire les couts des déplacements des personnes et des biens afin d’améliorer le brassage des populations, baisser les prix des produits et augmenter la consommation de ces produits dans la communauté. Plus d’électricité pour les ménages et les industries. Des infrastructures aussi pour offrir de meilleures perspectives aux ressortissants de la Communauté en termes d’emplois et de renforcement du capital humain à travers l’amélioration de la qualité de la formation et de compatibilité au marché de l’emploi. Voilà le rêve de la nouvelle aire tel qu’exprimé par le Dr Akiwumi Adesina, président de la Bad dans sa communication spéciale au cours des travaux à huis clos des chefs d’État.

Pour les chefs d’État, la situation devient une autre priorité. Ils ont au cours des travaux exprimé leur «engagement solidaire visant à faire de la Cemac un espace économique émergent à travers l’accélération de la réalisation des infrastructures d’intégration nécessaires à la promotion d’un développement économique et social inclusif».

Bilan
Il est alarmant le bilan. Dans un contexte nouveau marqué par la densité des interactions, la Cemac apparait un véhicule roulant à 50 à l’heure dans un circuit international de rallye. La note de conjoncture commerciale de la Cemac peint un marché commun immobile. 4,6% d’échanges en 2017 et 2% en 2018. Un chapelet d’obstacles: une productivité faible, un réseau routier très peu interconnecté, une difficile connexion des foyers de production aux réseaux nationaux et régionaux, absence de marché agricole, prolifération des barrières sur les corridors, domination des importations extracontinentales sur les exportations communautaires…

La pauvreté et même l’extrême pauvreté en Afrique centrale sont aussi dues à l’enclavement des populations et de leurs biens. En les connectant au réseau électrique et en facilitant leur accès au marché, centre urbain afin de valoriser leurs richesses, une partie de la population sortirait du cercle vicieux de la pauvreté. C’est une approche nourrie et défendue par la commission économique des Nations unies pour l’Afrique, la banque mondiale, la banque africaine de développement, etc.

Optimisation
Avec la stratégie de la banque africaine de développement en Afrique centrale, le financement des projets intégrateurs prioritaires du programme économique régional de la Cemac; c’est près de 5500 milliards de FCFA qui s’offrent aux pays de la Cemac dans les 5 prochaines années. Avec l’ambition de tirer le meilleur profit de la Zone de libre-échange continental africaine (Zlecaf), il faudra donc intensifier l’offensive pour la diversification des économies, l’industrialisation plus large, l’amélioration du climat des affaires, la promotion des investissements privés et le renforcement des partenariats publics-privés. Bref consolider!

Zacharie Roger Mbarga

 

Franc CFA XAF

Le recadrage des chefs d’État

Ils ont finalement convenu de l’organisation d’une réflexion après avoir annulé le débat académique de la commission de la Cemac.

 

La réflexion engagée permettra de trancher les divergences d’opinions entre les chefs d’État et les économistes de la sous-région. En huis clos, «les chefs d’États et de gouvernement ont réaffirmé leur volonté de disposer d’une monnaie commune stable et forte. Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France, portant sur le FCFA, ils ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération. À cet effet, ils ont chargé la commission de la Cemac et la Beac de proposer dans des délais raisonnables, un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune». C’est dire qu’il y aura indubitablement une évolution dans les prochaines années.
Le Cameroun et le président Paul Biya piloteront cette dynamique vu que le président en exercice de la Cemac a indiqué que l’Union monétaire de l’Afrique centrale supervisera l’ensemble du processus. Cette institution de la Cemac est présidée par le ministre camerounais des Finances.

Attention aux populismes
La réflexion engagée devra définir la réforme de la coopération monétaire (abolition du compte d’opération et retrait des réserves de change de Paris), l’évolution de l’instrument monétaire (changement de nom) ou encore la dénonciation des accords (sortie du FCFA). Il faudra éviter de céder aux extrêmes en s’appuyant les indicateurs économiques concrets matériels aujourd’hui. Entre renouvellement des accords, évolution voulue par les peuples ou mutation souhaitée par les chefs d’État, un début de solution est trouvé.

Zacharie Roger Mbarga

Évaluation des réformes

Le satisfecit qui inquiète!

Le communiqué final élude l’ensemble des insuffisances maintenant les pays dans une situation fragile.

La première résolution des chefs d’État salue le redressement global de la situation macroéconomique, le retour de la croissance positive, la maitrise de l’inflation et la réduction de déficits. Le second point se satisfait de la reconstitution des réserves de change toute chose ayant empêché l’ajustement (dévaluation) monétaire. C’est l’arbre qui cache la forêt ou encore la face immergée de l’iceberg. En entretenant l’omerta sur la pléiade d’indicateurs négatifs, tout porte à croire qu’il y a une volonté de se faire bonne conscience.

Le dernier rapport de surveillance multilatérale de la Cemac douche ces espérances. Au premier plan, le maintien du secteur extractif ou pétrolier comme principale ressource économique et financière. Les pays n’ont pas réduit leur forte dépendance au pétrole. Dans les hypothèses budgétaires de la plupart des États, on continue à miser sur la hausse du baril de pétrole.

Critères de convergence
En vue de la stabilité financière et monétaire, les critères de convergence permettent d’assurer une cohérence et une vitalité macroéconomique et monétaire. En ce qui concerne l’état de conformité en 2018 aux nouveaux critères de convergence de la Cemac, il s’est légèrement dégradé dans son ensemble comparé à 2017. La Communauté a observé en 2018 deux critères de convergence sur quatre, à savoir ceux relatifs à l’inflation et à l’endettement. Par pays, la Centrafrique a respecté trois critères de convergence sur quatre à l’exception de celui portant sur l’absence d’arriérés de paiement. Le Cameroun, la Guinée Équatoriale et le Tchad ont observé deux critères, ceux relatifs à l’endettement et à l’inflation pour le Cameroun et la Guinée Équatoriale, ainsi que ceux afférents au solde budgétaire de référence et à l’endettement pour le Tchad. Le Congo et le Gabon ont observé un seul critère, celui afférent à l’inflation pour le Congo et le critère portant sur l’endettement en ce qui concerne le Gabon.

Pour ce qui est l’état d’observation des normes requises pour les divers indicateurs de la surveillance multilatérale, aucun État membre n’a observé en 2018 comme en 2017 et 2016 celles se rapportant au ratio masse salariale rapportée aux recettes fiscales et au taux de pression fiscale. S’agissant du ratio masse salariale rapportée aux recettes fiscales totales, il s’est situé en 2018 comme en 2016 et 2017 au-dessus du seuil communautaire de 35,0% dans l’ensemble des États membres de la Cemac. Toutefois, il est reparti à la baisse en 2018 dans tous les États membres à l’exception du Congo et de la Guinée Équatoriale, à la faveur des mesures de consolidation budgétaire ayant favorisé une augmentation des recettes fiscales et des actions mises en place en vue de contenir la masse salariale. Il a continué en 2018 comme c’est le cas depuis 2014 d’enregistrer ses plus grandes valeurs au Gabon, au Tchad et en Centrafrique.

Zacharie Roger Mbarga

Rationalisation des CER

Le grand absent des résolutions

Levier essentiel de la revitalisation de l’intégration régionale en Afrique centrale, le sommet extraordinaire n’a donné aucune orientation à ce sujet.

 

Ce n’est donc pas une urgence! La fusion des communautés économiques régionales (Cer) d’Afrique centrale, malgré l’échéance fixée qui approche à grands pas à savoir 2023, ne constitue pas un intérêt primordial. Il faut ainsi se référer à la déclaration de la session ordinaire de la conférence des chefs d’État de mars 2019 à Ndjamena. Le président de la République du Cameroun, en sa qualité de président dédié à la rationalisation, indiquait vouloir organiser un sommet extraordinaire Cemac/CEEAC sur la rationalisation. Ceci était une suggestion du rapport sur la rationalisation qu’il soumettait à ses pairs par le truchement du Premier ministre, chef du gouvernement Joseph Dion Ngute.

Contraintes
Plusieurs situations rendent difficile le processus de rationalisation. L’insuffisance des contributions financières des États membres et des Cer, l’indisponibilité des moyens pour poursuivre les études essentielles à l’harmonisation institutionnelle des deux communautés, la difficile tenue des sessions du comité de pilotage et du comité des experts en vue de valider les rares études effectuées. Bref, un stand-by qui dévoie l’ambition. Car la rationalisation et le schéma proposé devraient permettre aux opérateurs économiques de disposer d’un plus grand marché, il devrait octroyer aux populations un rôle plus important à travers l’association de la société civile. La rationalisation est un programme d’intégration impulsé au niveau continental par l’Union africaine visant à rompre les duplicités, les chevauchements, l’inefficacité liée au double voire triple engagement.

Avancées
Plusieurs travaux ont été réalisés: les zones de libre-échange de la Cemac et de la CEEAC ont été techniquement unifiées avec l’adoption d’un tarif préférentiel unique offrant un plus large marché et les agréments au commerce des biens et services sont désormais cosignés par le président de la commission Cemac et le secrétaire général de la CEEAC; les unions douanières des deux communautés sont en train d’être unifiées, les études pour l’établissement d’un tarif extérieur commun unique sont en cours de finition; d’autres études pour harmoniser le régime de libre circulation des personnes vont s’ouvrir; au niveau institutionnel, le secrétariat technique du comité de pilotage suit les études menées. Il a notamment déjà présenté de premières propositions en vue de la création d’une commission à 11 commissaires dans la nouvelle communauté.

Zacharie Roger Mbarga

Sécurité

Le spectre de la déstabilisation

Les chefs d’État ont souligné l’existence de velléités déstabilisatrices dans l’espace communautaire.

 

Il est revenu au menu des échanges. Surtout avec l’insistance de la Guinée équatoriale. Les pays de la Cemac seraient dans l’œil du cyclone de forces démoniaques dont le but est le chaos. Le président Paul Biya du Cameroun l’a également reconnu dans son intervention au forum de la paix de Paris évoquant les ressorts de la crise sociopolitique dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest Cameroun. Bien avant, il l’affirmait déjà au plus fort des menées de la secte terroriste Boko Haram. Obiang Nguema Mbatsogo, président de la République de Guinée Équatoriale, l’a appris à ses dépens avec le dernier coup d’État manqué.
Elles sont donc là les deux menaces à la quiétude dans les pays de la Cemac: le terrorisme et les forces de déstabilisation. Le Cameroun, partageant des frontières avec l’ensemble des États membres, subit l’ensemble des menaces à la paix qui sévissent dans la région.

Pour en sortir, les chefs d’État ont décidé de «renforcer les concertations et les actions communes face aux nombreux défis sécuritaires».

Inconnue opérationnelle
Aucune action concrète n’est envisagée après l’échec du fonds sur la paix. Certains États étant, au regard de la conjoncture économique difficile, incapables de garantir le moindre engagement sur le moyen terme. La sécurité est ainsi un double frein, car en amont il détruit plusieurs ambitions de développement avant d’être un obstacle à la bonne tenue des finances publiques. Sur ce dernier point, les chefs d’État décident «d’accorder une attention particulière à l’impact des dépenses des dépenses sécuritaires sur les finances publiques des États». Ceci à l’effet d’assurer un traitement approprié des arriérés de paiement: un des 4 critères de convergence.

Zacharie Roger Mbarga

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