Soutien aux pays africains : La Covid-19 démasque les corsaires

D’après des observateurs, la crise sanitaire actuelle n’a fait que mettre en exergue des guerres diplomatiques observées de longue date.

 

                                          Tibor Nagy                                                                                                                                    Wang Yi

Question de journaliste: «Quelle est la réponse des États-Unis concernant les pays africains qui accueillent des médecins et du matériel médical chinois pour les aider à faire face à la pandémie de Covid-19 sur le continent?»

Réponse de Tibor P. Nagy: «Eh bien, encore une fois, les pays sont souverains. Les pays peuvent décider avec qui ils doivent traiter et de quelle manière. Notre demande et notre insistance portent sur la transparence, la transparence totale de tous les donateurs, qu’il s’agisse de l’aide liée au Covid ou de l’allègement de la dette ou encore des programmes d’aide en général… Donc, encore une fois, la seule chose que je dirais est que vous devez choisir vos partenaires comme bon vous semble.

Nous encourageons totalement la souveraineté et la liberté de choix. Assurez-vous simplement que vous prenez une décision judicieuse. Terminé». Repéré sur le site de l’ambassade des États-Unis au Cameroun, le verbatim du point de presse («spécial par téléphone») donné par le sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires africaines le 6 mai 2020 place les enjeux géopolitiques au premier plan de l’ère postcoronavirus dans le monde. «Sur fond d’appui aux États du continent, la guerre de positionnement postpandémie a déjà commencé. Dans leurs scénarios d’avenir, plusieurs grandes puissances s’affrontent en Afrique», relève l’internationaliste Daniel Nkomba.

Décryptage
À la lumière de la situation actuelle en effet, d’anciens arcs de crise se reforment. «À l’aide de ceux-ci, argumente Belinga Zambo, les puissants vont faire vibrer leur corde humanitaire. Et pourtant, l’enjeu est au positionnement». Sur ce phénomène stratégique total, le politologue jette un regard panoramique, en examinant bien des aspects: la nature des dons, les acteurs et leurs représentations de l’après-coronavirus. Suffisant pour lire la réaction de Rowan James Laxton à Yaoundé le 6 mai dernier. «Nous sommes déjà en train de recalibrer un peu les mesures; maintenant, c’est le moment de l’opportunité; c’est aussi le moment du plus grand risque», a déclaré le haut-commissaire de Grande-Bretagne au Cameroun.

Côté chinois, on fourbit aussi des armes. «Lorsque la neige et la glace fondront, ce sera le printemps. Après la victoire contre l’épidémie, la communauté de destin Chine-Afrique sera encore plus solide», a prophétisé Wang Yi, le conseiller d’État et chef de la diplomatie chinoise au cours d’une visioconférence qu’il avait organisée, le 10 mars 2020, avec les ministres des Affaires étrangères d’une cinquantaine de pays d’Afrique.

Bobo Ousmanou

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