Sommet extraordinaire des chefs d’État d’Afrique centrale sur la situation économique et monétaire dans la zone Cemac

Communique final

Yaoundé, 22 novembre 2019

À l’invitation de Son Excellence Paul BIYA, Président en Exercice de la CEMAC, Président de la République du Cameroun, un Sommet Extraordinaire des Chefs d’État d’Afrique Centrale s’est tenu à Yaoundé le 22 novembre 2019 au Palais de l’Unité.

Ce Sommet avait pour objectif d’examiner la situation économique, financière et monétaire dans la zone CEMAC et d’analyser les perspectives des économies de la sous-région.

Ont pris part à cette rencontre:

• Son Excellence Paul BIYA, Président de la République du Cameroun;
• Son Excellence Faustin Archange TOUADERA, Président de la République Centrafricaine;
• Son Excellence Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo;
• Son Excellence OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la République de Guinée Équatoriale;
• Son Excellence IDRISS DEBY ITNO, Président de la République du Tchad.
• Monsieur Julien NKOGHE BEKALE, Premier Ministre de la République Gabonaise; Représentant Son Excellence ALI BONGO ONDIMBA, Président de la République Gabonaise ;

Ont également assisté aux travaux :
• Dr ADESINA AKINWUMI, Président de la Banque Africaine de Développement ;
• Pr Daniel ONA ONDO, Président de la Commission de la CEMAC;
• Monsieur ABBAS MAHAMAT TOLLI, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC).

Abordant les points inscrits à l’ordre du jour, les Chefs d’État et de Gouvernement ont suivi le compte rendu de leur pair, le Président dédié au PREF-CEMAC, S.E.M. Denis SASSOU NGUESSO, la Communication spéciale du Président de la Banque Africaine de Développement et le Rapport du Gouverneur de la BEAC sur la situation monétaire et financière et les perspectives de la sous­ région.

À la suite de ces exposés, les Chefs d’État et de Gouvernement ont procédé à un large échange de vues sur l’état des économies des pays de la CEMAC. Ils ont examiné les résultats obtenus à la suite de la mise en œuvre de la stratégie commune de sortie de crise adoptée en 2016. Ils ont ensuite analysé les perspectives économiques, financières et monétaires de la communauté dans un contexte mondial fortement marqué par des tensions géopolitiques, des incertitudes et une conjoncture économique encore difficile.

Au terme des échanges riches, les Chefs d’État et de Gouvernement ont :
1. Salué le redressemen global de la situation macro­ économique de la zone CEMAC marquée par le retour à une croissance économique positive, la maîtrise de l’inflation, une forte réduction des déficits budgétaires et courants.

2. Relevé avec satisfaction la reconstitution des réserves de change communautaires permettant ainsi de préserver le régime de change à parité fixe de la monnaie commune et d’éviter un ajustement monétaire.

3. Salué les contributions financières et techniques du FM1, de laBanque Mondiale, de la Banque Africaine de Développement, de l’Union Européenne, de la France ayant participé significativement à la réussite du programme de redressement économique de la CEMAC.

4. Réitéré leur soutien total à la poursuite résolue de la mise en œuvre des mesures pertinentes arrêtées en faveur d’une politique budgétaire soutenable, une politique monétaire appropriéeet une coopération internationale renforcée, propices à une relance économique rapide.

5. Renouvelé leur engagement solidaire visant à faire de la CEMAC un espace économique émergent à travers l’accélération de la réalisation des infrastructures d’intégration nécessaires à la promotion d’un développement économique et social inclusif.

6. Décidé de poursuivre les réformes institutionnelles et la mise en œuvre des mesures appropriées au sein de la BEAC. Elle devrait concourir durablement à des politiques monétaires efficaces, une application judicieuse, concertée, rigoureuse et améliorée de la règlementation de change communautaire, à la préservation de la stabilité financière et à la consolidation du système bancaire de la zone CEMAC.

7. Examinant spécifiquement la question monétaire, les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont réaffirmé leur volonté de disposer d’une monnaie commune stable et forte. Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France, portant sur le franc CFA, Ils ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération. À cet effet, Ils ont chargé la Commission de la CEMAC et la BEAC de proposer, dans des délais raisonnables, un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune.

8. Renouvelé leur engagement à poursuivre de manière ordonnée la consolidation budgétaire dans chaque État pour un retour maîtrisé à une gestion saine des finances publiques.

9. Souligné la nécessité d’assurer, avec l’appui technique et financier des partenaires au développement, un traitement approprié des arriérés de paiement et d’accorder une attention particulièreà l’impact des dépenses sécuritaires sur les finances publiques des États.

1O. Relevé la nécessité de préserver la soutenabilité et la viabilité de l’endettement public en privilégiant les financements concessionnels et en favorisant les partenariats public-privé pour la réalisation des projets d’infrastructures.

11. Renouvelé leur engagement pour une approche solidaire, cohérente et concertée dans l’élaboration, en accord avec les partenaires techniques et financiers, de nouveaux cadres de coopération à la fin des programmes économiques et financiers de première génération soutenus par une facilité Élargie de Crédit du FMI.

12. Sollicité auprès de tous les partenaires au développement, une mobilisation accrue des ressources financières en vue de parvenir à l’objectif de transformation structurelle des économies vers une industrialisation plus large.

13. Renouvelé leur engagement, ainsi que leur détermination à améliorer le climat des affaires en zone CEMAC par des réformes structurelles d’envergure, afin de promouvoir l’investissement privé, diversifier leurs économies pour les rendre plus fortes, résilientes et davantage compétitives.

14. Convenu d’accélérer l’approfondissement de l’intégration pour développer les échanges commerciaux intra-communautaires et préparer la CEMAC à tirer le meilleur profit de la Zone de Libre Échange Continentale africaine.

15. Décidé de renforcer les concertations et les actions communes face aux nombreux défis sécuritaires liés aussi bien au terrorisme international qu’aux diverses velléités déstabilisatrices de l’ordre établi au sein de la communauté.

16. Félicité la Banque Africaine de développement pour la réussite remarquable de la 7ème augmentation de son capital à 125% et exprimé leur soutien au plan d’actions stratégique de cette institution financière multilatérale au profit du développement des pays africains.
Au terme des travaux ayant sanctionné le Sommet Extraordinaire, les Chefs d’État et de Gouvernement ont salué la participation à ce Sommet des invités spéciaux venant de la Banque Africaine de Développement, du FMI, de la Banque Mondiale et de la France.

Ils ont enfin exprimé leur profonde et fraternelle gratitude à l’endroit de Son Excellence Paul BIYA, Président en Exercice de la CEMAC, Président de la République du Cameroun, pour l’heureuse initiative de convoquer le Sommet et de son organisation réussie.

Les travaux du Sommet Extraordinaire des Chefs d’État et de Gouvernement d’Afrique Centrale sur la situation économique, financière et monétaire dans la zone CEMAC, se sont déroulés dans une atmosphère de sérénité, de compréhension réciproque et d’entente cordiale.

Mes actions sont conformes à certains principes et règles indispensables

La Cemac progresse à grands pas vers la construction d’un marché commun, matérialisé par la mise en place d’une union douanière avec l’institution d’un tarif extérieur commun; la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, et le droit d’établissement des professions libérales effectives

Le Gabonais, président de la Commission de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac) dresse le bilan de santé de l’institution dont il a la charge.

Pr Daniel Ona Ondo

Monsieur le président, la Commission vient d’adopter son budget 2020; le troisième de votre mandat. Quelles en sont les priorités?
Le budget 2020 reste un budget des moyens. Il a été élaboré pour permettre la réalisation des missions essentielles de la Communauté, en mettant un accent particulier sur la formation du capital humain. À cet effet, la part de budget réservée aux institutions de formation représente environ 20%.

En dépit des ressources limitées et grâce à l’appui extérieur, nous avons veillé à assurer la continuité de fonctionnement des institutions spécialisées et agences d’exécution porteuses de programmes sectoriels, dont les effets sont bénéfiques pour les populations; je pense notamment au volet santé avec l’Oceac.

Nous avons également veillé à doter de ressources les nouvelles entités mises en place par les structures décisionnelles. Sans augmentation substantielle des revenus, il est évident que cela a eu pour effet, soit de stabiliser, soit de procéder à des ajustements à la baisse des budgets d’autres Institutions.

Depuis votre arrivée, les enveloppes budgétaires ont continuellement diminué. On sait également que les États peinent à s’acquitter de leurs dettes et des contributions statutaires. Quel est finalement le problème?
Vous venez là de pointer du doigt la grosse faiblesse de notre Communauté, qui reste confrontée à la permanence des dysfonctionnements du mécanisme de collecte et de reversement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI).

Le recouvrement du produit de la TCI, pourtant un mécanisme autonome de financement de la Communauté, est une véritable gageure. Du fait des contre-performances de la TCI, dont le taux de recouvrement n’a guère dépassé 40% au cours de ces dernières années, l’incertitude du financement des activités mine nos ambitions.

Il est difficile de le comprendre, alors que les importations de la zone ne se sont pas effondrées, et sont même dirigées à la hausse, que la TCI soit si compliquée à recouvrer.

Sur la situation économique des pays de la Communauté, vous revenez de 3 conclaves: la session extraordinaire du Pref-Cemac, la réunion de la Zone franc et les assemblées annuelles de la Banque mondiale/FMI. Une constante: le rythme des réformes dans la Cemac est un moyen, et les indicateurs demeurent faibles au regard des changements structurels que doivent mettre en œuvre les pays. Que faut-il faire de plus?
Les trois rencontres évoquées ont en effet mis en exergue une amélioration de l’ensemble des principaux indicateurs macro-économiques dans notre espace communautaire.

À l’instar des déséquilibres extérieurs, les déséquilibres budgétaires ont été tenus, voire en partie résorbés, en dépit de la pression sur les finances publiques exercée par les impératifs de lutte contre l’insécurité dont la persistance pourrait compromettre les efforts de réformes entreprises.

La politique monétaire dont le resserrement a été, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation des changes, un facteur déterminant de redressement des réserves de changes.

La 1re phase du processus de fusion des deux marchés financiers vient d’être finalisée. À ce sujet, nous sommes heureux des engagements de la Banque mondiale pour accompagner l’implémentation de la 2e phase du processus, dont le but est de contribuer au développement d’un marché financier propice au développement de la Cemac.

Les évolutions positives rappelées plus haut portent cependant en elles des facteurs de vulnérabilité qui devraient nous interpeller.

Il ne fait d’ailleurs aucun doute que nos gouvernants, les États et les institutions communautaires ont décidé de s’y attaquer résolument.

Au rang de ces vulnérabilités, on relève l’évolution positive, mais faible de la croissance économique portée par le secteur pétrolier. Nos économies, en dépit des signes perceptibles de résilience, restent exposées aux chocs exogènes.

En 2018, la croissance du secteur hors pétrole a enregistré un ralentissement de 1,7%, après 2,3% en 2017, dans un contexte marqué par une faible mobilisation des ressources internes.

L’environnement des affaires reste à parfaire au regard de la position des pays de la zone au classement de Doing Businness.

Plusieurs observateurs estiment que l’absence d’un leadership économique prononcé dans la sous-région peut expliquer le tiédissement du rythme des réformes. Vous avez rencontré le président Paul Biya, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la Cemac. Quel est le cap?
Avant de vous livrer mes réflexions sur votre question, permettez-moi tout d’exprimer mes remerciements à S.E. Paul Biya, président de la République du Cameroun, chef de l’État, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la Cemac, pour ses efforts constants consentis en faveur de l’intégration régionale et du bon fonctionnement des institutions communautaires.

Ensemble, nous avons échangé sur les défis et autres insuffisances qui constituent des freins à l’accélération du processus d’intégration régionale dans la Cemac. Je citerai principalement:

– Le défi sécuritaire, qui coûte sur les plans humain et financier, et qui constitue un véritable obstacle aux efforts de développement économique et social et d’intégration régionale;

– La faible diversification des économies, pénalisant les efforts de dynamisation du commerce intracommunautaire (3,5 % du total des échanges en 2018);

– La survivance de pratiques administratives «négatives», tendant à ralentir l’effectivité de la libre circulation des personnes et des biens;

– Les nombreux contrôles sur les corridors, des prélèvements illicites et autres faux frais, les longs délais pour le transport des marchandises;

– Les distorsions en matière de concurrence et, en particulier, des difficultés pour certaines entreprises à avoir accès aux marchés publics de certains pays de la Communauté.

 

Monsieur le président de la Commission, pour les ressortissants de la Communauté qui liront cette interview, que peut-on retenir des deux années écoulées de votre mandat?
Permettez-moi de souligner que j’ai le respect, non des choses établies, mais de la forme sous laquelle ces choses devraient se réaliser. Ainsi, mes actions à la tête de la Commission de la Cemac ont été menées depuis deux ans maintenant aujourd’hui, conformément à certains principes et règles indispensables pour construire un destin commun entre des nations et pays souverains. Le respect de la volonté politique, la recherche de l’adhésion et de l’implication des populations dans le processus à toutes les étapes, la planification stratégique des actions, sont les principes qui gouvernent mes actions à la tête de la Commission de la Cemac.

Alors, comment se porte la Cemac en matière d’intégration régionale?
Je précise avant toute chose que le développement de la coopération régionale vise à créer un espace porteur de projets communs, à valoriser des chaînes de valeurs régionales et à assurer la facilitation de la convergence des politiques économiques. La Cemac progresse à grands pas vers la construction d’un marché commun matérialisé par la mise en place d’une union douanière avec l’institution d’un tarif extérieur commun; la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, et le droit d’établissement des professions libérales effectives, décidées par la Conférence des chefs d’État du 31 octobre 2017 à N’Djamena au Tchad. Nous avons renforcé le mécanisme de surveillance multilatéral et mis en place des politiques économiques communes dans les secteurs prioritaires (agriculture, élevage, infrastructures, énergie, télécommunication, éducation santé).

La Cemac continue d’œuvrer à la consolidation de ses infrastructures économiques et sociales régionales, afin de réduire le gap infrastructurel et créer les conditions régionales de compétitivité. C’est l’objectif que nous nous sommes fixé à travers le Programme économique régional (Per-Cemac) dont la deuxième phase (plan opérationnel 2017-2021) s’appuie sur un portefeuille limité de 13 projets communautaires intégrateurs à forte visibilité pour les populations. Ces projets s’articulent autour de deux missions. La première mission tient au renforcement de l’intégration physique à travers: le développement des corridors régionaux de transport; le développement de la production et de l’interconnexion électrique et le développement des infrastructures numériques.

La seconde mission consiste à l’accélération de l’intégration commerciale au moyen de la facilitation de la libre circulation des personnes et des biens; le développement du capital humain et; l’appui à la diversification des économies.

 

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