Société civile, institutionnels, religieux… : Tous dans la construction des paravents contre l’extrémisme violent

L’ampleur de la menace est importante. A l’heure actuelle, la situation devrait  inciter chaque acteur social à s’interroger sur sa propre capacité à prévenir, à empêcher et à gérer ce type de menace. C’est le viatique de l’atelier de sensibilisation organisé du 26 au 28 mars 2019 à Yaoundé par le Centre africain d’études internationales diplomatiques, économiques, stratégiques  (CEIDES) en partenariat avec le Département  fédéral des Affaires étrangères de Suisse.

Une attitude des participants à la rencontre du Ceides.

Si l’on en croit le nombre et la teneur des débats qui polarisent la zone du Lac Tchad depuis le commencement de la vague d’attentats de la secte Boko Haram, il semble que beaucoup aient quelques difficultés à cerner, qualifier voire nommer le phénomène terroriste actuel. « Du fait des polémiques dont nous sommes quotidiennement abreuvés, bon nombre de citoyens ne savent plus si le terrorisme est d’origine religieuse ou ethnique, s’il est typiquement local ou importé, si les auteurs des violences sont des malades mentaux ou des combattants voués à une cause, si ce sont des extrémistes parfaitement intégrés ou s’il ne s’agit que de marginaux sans formation ni travail », pose d’emblée Christian Pout. Suffisant pour le président du think tank CEIDES pour justifier la tenue à Yaoundé d’un atelier de 3 jours (26-28 mars 2019) pour sensibiliser et renforcer les capacités des acteurs civils et institutionnels de 3 pays (Cameroun, Tchad et Centrafrique).

Pistes

Sans le dire, la rencontre s’affiche comme une fenêtre d’opportunités pour réfléchir en profondeur à la signification de l’extrémisme et aux multiples réponses sociales qui doivent nécessairement accompagner la riposte sécuritaire. De cela, il ressort que « la mise en œuvre de la lutte contre l’extrémisme révèle également l’enchevêtrement des compétences des différents acteurs internationaux, régionaux et nationaux », selon Paul Ndiaye, le directeur du Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS) du Sénégal. Dès lors, renchérit Carol Mottet, « il est impératif de poursuivre l’amélioration des outils de prévention ». De l’avis de la conseillère principale à la Division sécurité humaine au Département fédéral des Affaires étrangères suisse, « il faut aller à rebours d’une culture de la centralisation, qui a consisté depuis à confier la majeure partie des responsabilités à l’État en matière de lutte contre le terrorisme. Il faut au contraire donner aux communes, et avec elles à de nombreux acteurs locaux: associatifs, sociaux ».

Dans le fond, l’idée est d’établir un maillage territorial fort de nombreux relais locaux, qui serait plus efficace pour détecter une menace extraordinairement dispersée, prête à frapper en n’importe quel endroit. Avec les experts les plus structurés autour de la question, on peut alors considérer que « la ligne de la prévention mettant l’armée aux avant-postes est franchie », tel que le fait savoir Richard Fonteh Akum, directeur adjoint du bureau de Dakar de l’Institute for security studies. Dans l’approche qu’il propose, le Camerounais soutient qu’ « à l’heure actuelle, la lutte contre l’extrémisme violent en Afrique centrale comme partout ailleurs, doit reposer sur un large consensus et appeler des rassemblements sociaux inédits. Maires, syndicalistes, éducateurs, prélats, journalistes et citoyens anonymes sont des pions à lancer dans l’arène ».

Sur cette veine, Anne Bennett (Chef de la Division Afrique subsaharienne au Geneva Centre for democratic control of armed forces) pense qu’il  conviendrait, par exemple, de revenir à une diversification des services, gage de qualité et de pluralité du renseignement ainsi que de préservation des libertés publiques. «  Il faudrait désenclaver la communauté du renseignement afin de fluidifier l’information opérationnelle », suggère-t-elle.

Jean-René Meva’a Amougou

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