Sérail : Le ghetto intérieur

D’après des analystes, l’affaire Ernest Obama ouvre un pan de voile sur les batailles de positionnement qui ont cours en haut lieu.

 

De gauche à droite, Dieudonné Ernest Obama Nana et Jean-Pierre Amougou Belinga

Dieudonné Ernest Obama Nana et Jean-Pierre Amougou Belinga, le rapport entre l’un et l’autre s’écrit en pointillé depuis le 18 juin dernier. Sous la diligence du second, le premier a été cueilli par des gendarmes puis conduit au Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé. Depuis ce jour, l’affaire suscite une énorme littérature. Faite de lynchages gratuits, de voyeurisme revanchard, de dégagisme et de compassion, la fosse aux commentaires est pleine.

L’on retient surtout l’hystérisation médiatique mise en forme et codifiée de manière extrêmement précise par la chaine de télévision émettant à partir du quartier Nsam (Yaoundé). En effet, en ouverture de son journal de 20 heures du 18 juin 2020, un reporter chauffé à blanc a semblé rire grassement à l’idée de voir l’ancien homme de main du PDG du Groupe l’Anecdote mis à nu.

Ainsi, comme pour le voir recroquevillé dans une légende étroite et morbide, Salamatou Badiang déballe: «Ernest Obama est soupçonné d’avoir fomenté des coups bas en complicité avec les hautes personnalités de son pays pour mettre en mal son employeur Jean Pierre Amougou Belinga, au moment où ce dernier gagne de plus en plus en notoriété dans le monde des affaires en Afrique centrale. Il se dit d’ailleurs que les journaux financés par ces personnalités tapies dans l’ombre ont été créés dans cette optique avec en prime le sabotage des actions instruites par le chef de l’État et implémentés par certains membres du gouvernement».

Chaudron de sorciers
À partir des mots qui sont employés, l’impression de n’avoir fait qu’effleurer le sujet se dissipe. «L’affaire Obama montre bien que le sérail est labouré par des obus», soutient Aloys Mpessa, sociologue. Selon nos informations, deux lignes s’affrontent au sein du gouvernement. Depuis qu’il a engoncé la soutane de timonier médiatique et économique, Jean-Pierre Amougou Belinga a rallié experts et opportunistes de tous bords, séduits par son aventure.

«Derrière le dignitaire Etenga se sont engouffrés une légion de Judas aimables et tout sourire, de renégats courtois, de transfuges et de traitres tranquilles. Avec toutes ces causes et leur enchainement, un puzzle chapeauté par d’influents membres du gouvernement s’est composé», assure un homme qui se définit comme «un progressiste au sein du RDPC». Notre interlocuteur valide que c’est la peur d’être pris de vitesse par les premiers qui a enclenché l’engrenage des mobilisations dans le camp des seconds. Habitués du sérail, ceux-là sont, apprend-on, «des fantassins férus de la guerre politico-stratégique».

Émanant des proches du patron du Groupe l’Anecdote, d’autres informations situent le début de la bataille peu avant l’élection présidentielle d’octobre 2018. Nos sources témoignent que, depuis ce temps-là, les différentes lignes de front ont développé des systèmes opérationnels relativement différents, mais avec pour même finalité que des informations stratégiques voyagent soit directement vers la presse locale et quelques activistes, soit directement vers la présidence de la République.

Au surplus, confient d’autres sources, des correspondances sur les avoirs de Jean-Pierre Amougou Belinga ont atterri sur la table de Paul Biya. «Au sujet du rachat de Télé Sud par exemple, l’on a fait parvenir une requête hallucinante au président de la République», souffle-t-on à Nsam, non sans évoquer les rumeurs qui ont couru (juste après l’opération scellée à Paris en début février 2020) pour expliquer la «mise en touche» de Dieudonné Ernest Obama Nana. Aux dernières nouvelles, l’ancien directeur général de Vision 4 bénéficie du conseil de Maître Elame Bonny pour sa défense. Celui-ci est également le conseil du footballeur Samuel Eto’o Fils.

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