Séoul: Pyongyang gagne les jeux politiques

Depuis le 9 février dernier, les Jeux olympiques (JO) d’hiver suivent leur cours en Corée du Sud. 93 nations, 2 925 athlètes pour 102 titres en 15 disciplines.

Outre l’enjeu des performances sportives, les pistes de sky et de patinage artistique sont le théâtre d’un autre jeu. 8 nations africaines (Afrique du Sud, Erythrée, Ghana, Kenya, Madagascar, Maroc, Nigéria, Togo) connues pour leur climat tropical, déploient des compétiteurs dans la capitale sud-coréenne. Semblable, la Corée du Nord, jusqu’ici paria de la scène internationale, décide de sortir de son repli offensif après près de décennies de provocations de l’ordre international.

Les Jeux olympiques d’hiver comme d’été figurent au rang des évènements les plus populaires au monde. Ce sont des vitrines culturelle, économique et politique pour les nations qui y prennent part comme actrices ou comme animatrices.

Pour le géopolitologue français Pascal Boniface, l’hypermédiatisation des Jeux Olympiques offre une tribune planétaire. Qui peut oublier les poings levés de Tommie Smith et John Carlos en 1968? Ces deux sprinteurs noirs américains qui, en protestation à la ségrégation raciale aux Etats-Unis d’Amérique, avaient levé leur point droit vers le ciel. Sur le podium car arrivés respectivement 1er et 3ème, ils seront suspendus, bannis du village olympique, interdits des compétitions à vie avant d’être rétablis à la fin des années 1980. La géopolitique par le sport revêt désormais le statut de thermomètre de puissance et les JO offrent une scène de déploiement géopolitique et géostratégique. Les capacités organisationnelles ou les performances en compétition octroient une visibilité, mieux une stature à l’échelle de participation (régionale, mondiale). Le sport en général, et l’olympisme en particulier, vulgarise en même temps espoir et affirmation des identités nationales. Tout comme la mondialisation, c’est le prolongement des rivalités géopolitiques. Entre offensive diplomatique et positionnement culturel, le déploiement africain et nord-Coréen actuels n’est pas innocent à toute velléité d’affirmation.

 

Pyongyang

Les jeux de Pyongyang rentreront dans l’histoire comme ceux de l’ouverture diplomatique de la Corée du Nord. Pour preuve, Kim Yo Jong, sœur du leader nord-coréen, accompagne la délégation de ce pays aux Jeux. Depuis la fin de la guerre de Corée, c’est le premier membre de la dynastie régnante du nord à se rendre chez les voisins et frères ennemis. Plus symbolique encore, la délégation de Pyongyang est conduite par celui qui officie comme chef de l’Etat à savoir Kim Yong Nam. Kim Jong Un, actuel dirigeant suprême de la Corée du Nord, a remercié les autorités de Séoul pour l’hospitalité réservé à la délégation de son pays et en réponse, il a formulé une invitation à Pyongyang pour le président sud-coréen Moon Jae-In.

La délégation de haut niveau, les civilités diplomatiques et les manières prévenantes du régime Nord-coréen ont réussi à faire ombrage à l’activisme américain. Mike Pence, le vice-président des Etats-Unis d’Amérique, était accompagné du géniteur d’un étudiant américain décédé en «captivité» en Corée du Nord. Ce qui n’a pas empêché les deux délégations de défiler ensemble lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Jusqu’ici, aucune réaction du Conseil de paix et de sécurité de l’Organisation des Nations unies sur ce rapprochement spectaculaire.

 

Tam-tam tropical

Considérée comme l’un des continents les plus chauds au monde, l’Afrique participera une fois de plus à la grand-messe des sports d’hiver. 12 athlètes engagés pour cette édition et jusqu’ici aucune médaille engrangée. Ces Jeux sont davantage pour les pays du continent, l’occasion de contacts multiples entre diplomates des délégations officielles. Les participations africaines remontent à 1960 aux Jeux Olympiques de Squaw Valley aux Etats-Unis. Ce sera la première participation de l’Afrique du Sud pro-Apartheid. L’Afrique noire subsaharienne fera son entrée dans la compétition en 1992 aux Jeux Olympiques d’Albertville en France avec le Sénégal et le Swaziland.

 

Zacharie Roger Mbarga

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