Le Sahel redeviendra-t-il vert ?

La bande sahélienne retrouvera-t-elle son essor économique ? Le Sahel pourrait-il de nouveau être synonyme de route transsaharienne ? Difficile de ne pas être taxé de doux rêveur ou de dépendant au stupéfiant utopiste.

L’insécurité et l’instabilité sont désormais consubstantielles à cette région. Comme une seconde nature. Difficile de concevoir le Sahel sans le corollaire insécurité qui le caractérise dorénavant. Pire, dans le langage géostratégique international, la zone soudano-sahélienne et la zone sahélo-sahélienne ne sont rien d’autres que des grands corridors de trafics humains (immigrations), du narcotrafic et du commerce illicite d’armement. Quatre années successives de rencontres toutes aussi internationales les unes que les autres, mais l’initiative française du G5 Sahel (Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad) peine toujours à faire valoir des gains d’efficience concrets sur le terrain.

Dotée d’une force conjointe mais sous financée, le G5 Sahel connait une timide implication du Conseil de paix et sécurité de l’Onu ou de ses membres permanents. Le dernier sommet  de ce cadre institutionnel, tenu à Niamey au Niger, ne nous a pas plus appris que les actualités successives ayant suivi la 72ème Assemblée générale de l’Onu. La riposte, essentiellement, tarde à se structurer ! La Lybie demeure une poudrière et la corne de l’Afrique (Soudan et Somalie) reste très instable et crisogène. Pis encore, le sahel semble plus appartenir à Paris qu’aux Etats riverains. La perméabilité migratoire du Sahel inquiète l’Occident d’où l’investissement de quelques-uns de ces pays. L’Union européenne serait déjà prête à mettre en place un Fonds fiduciaire d’urgence pour le financement d’une deuxième force militaire dans le Sahel.

Préoccupation fondamentale

Le territoire physique du Sahara et donc du Sahel demeure sous peuplé. Huit millions de km2 pour un peuplement de 8 millions d’âmes. Les raisons de cet espace vide de pouvoir devraient interpeller. La pauvreté issue de l’avancée du désert et de la raréfaction des sources de substances entraine un dépeuplement. Elle est là, l’une des principales raisons du règne de l’industrie de l’insécurité. Le projet de Sahel vert (mur du Sahel) du guide libyen n’a pas prospéré. Un projet vendu tout cousu à la Communauté des Etats Sahélo-Sahéliens (Cen-Sad). Il ambitionnait créer les conditions d’un repeuplement du Sahel pour y faire renaitre les activités économiques. En clair, il fallait rompre avec le cercle vicieux du lendemain de la guerre civile d’Algérie qui a vu la naissance d’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb Islamique).

Aujourd’hui, il est important que la gestion du problème sahélien poursuive une approche intégrée. Laquelle se composerait du volet militaire de pacification (de la Lybie à la corne de l’Afrique en passant par la dorsale occidentale de l’Afrique) et le volet investissement et développement favorisant une quiétude socioéconomique. A côté du reboisement, il serait intéressant de se reposer sur les activités pastorales. Ce secteur est source de diversification économique car l’élevage pastoral occupe une part marginale du cheptel de la région et fournit l’essentiel des produits d’élevage et laitier. L’activité pastorale regorge également un grand potentiel en termes d’employabilité, car ce secteur d’activité est patrimoniale (ancré dans les us et coutumes).

Plus globalement, il serait structurant pour les Etats de la région de résorber le problème du chômage grâce à la réorientation de l’exploitation des matières premières, à l’amélioration de la productivité agricole et à la structuration de son pendant industriel : l’agro-industrie. Le changement climatique est un enjeu nouveau qu’il faudra maitriser. Cette situation bouleverse les équilibres et habitudes notamment par la perturbation des régimes des pluies et la fragilisation des exploitations familiales qui font vivre l’essentiel des populations.

 

Zacharie Roger Mbarga

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