Rues de Yaoundé : Ci-gît le Coronavirus

Potentiellement contaminés, des gadgets anti-Covid-19 usagés sont jetés sur la voie publique… En attendant un plan formel de leur gestion.

Un masque usagé… et jeté dans la rue.

Des masques, mouchoirs, articles hygiéniques et serviettes en papier… ces accessoires fortement utilisés depuis le début de la pandémie se retrouvent abandonnés dans les rues de la capitale. Le phénomène est particulièrement sensible dans les rues commerçantes, et plus encore à proximité des grandes surfaces commerciales, notamment les zones de parking des véhicules. «L’image de ces gadgets usagés “ornant” ces endroits-là est devenue une habitude.

On est en train de créer une autre forme de pollution qui n’existait pas avant, alors même qu’on n’a pas diminué ni interdit les plastiques à usage unique qu’on retrouve le plus dans l’environnement», dénonce Madeleine Zoa Engoulou, collaboratrice scientifique à la division déchets de l’ONG Planète pour tous, sise au quartier Kondengui (Yaoundé IV). Elle calcule qu’une personne qui doit se rendre au travail utilise en moyenne trois masques jetables par jour. D’où la sonnette d’alarme: «À court ou moyen terme, ces “déchets Covid’ pourraient entrainer des dégâts irréparables».

Assis sur divers avis d’experts, le raisonnement d’Alain Kuaté (point focal de l’ONG Sauvons la nature au Cameroun) s’intéresse à l’impact éventuel d’un masque jeté dans la rue. «Si les animaux comme les moutons, poulets et canards avalent ces substances, cela peut leur causer des problèmes de santé. Et par ricochet, ces produits peuvent aussi finir dans le corps humain si l’on consomme un coq qui a avalé ces déchets», dit-il. Sur un autre tableau, c’est la colère des éboueurs. «C’est de l’incivisme. C’est un danger potentiel pour les éboueurs et le citoyen lambda.

Imaginez un gosse qui passe et qui jouerait avec ces déchets», questionne Herman Borkono Samar, directeur technique et logistique de Hysacam (Hygiène et salubrité du Cameroun), joint au téléphone. Il souligne ainsi que ces matériels, destinés avant tout à prévenir l’épidémie de Covid-19, doivent être placés, après usage, dans un sac en plastique suffisamment résistant et réservé à ce seul type de déchets; sac qu’il faut ensuite soigneusement refermer puis conserver pendant au moins 24 heures, avant de le jeter dans celui contenant les ordures ménagères.

Pour l’instant, tout aussi inquiète qu’«un masque chirurgical mette 450 ans à se dégrader», la cellule de communication du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable annonce «un plan formel de gestion des déchets Covid-19, en collaboration avec des organisations de la société civile».

Jean-René Meva’a Amougou

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