Revalorisation présidentielle des pensions au Cameroun

Nécessité d’un accompagnement communicationnel scientifique et stimulateur des effets sociopolitiques régulateurs et limiteurs

Introduction
On a pu constater que les acteurs de la scène politique camerounaise suivent avec un intérêt particulier l’actualité nationale, qui par conséquent provoque entre eux les discordes idéologiques qui souvent se manifestent dans les débats politiques. Ces débats prennent généralement différentes formes: débats politiques, disputes, discussions contributives ou discordes. Tous les espaces et supports communicationnels sont permis: plateaux de télévision, internet, Whatsapp, YouTube, journaux et magazines. Le débat touche tous les domaines de la vie publique, de l’économie à la politique en passant par la religion et le sport. Aucun secteur ne lui échappe.

La sécurité sociale semble pourtant faire exception. Alors même qu’elle figure parmi les institutions les plus inclusives, touchant les citoyens à tous les moments de leur vie, la manière dont elle est gouvernée est méconnue. La manière dont les différentes branches de la sécurité sociale sont organisées et administrées et la façon dont les politiques publiques de sécurité sociale sont définies demeurent dans l’ombre.

L’opacité où semble plongée la sécurité sociale et son mode de gouvernement repose, en partie, sur une série d’ambigüités quant aux objectifs qui lui sont fixés et surtout aux acteurs qui doivent les mettre en œuvre (le patronat, l’État et les syndicats). Pour renforcer encore les difficultés de compréhension, le rôle et l’influence de certains acteurs vont tenter, au cours de ces cinq dernières années, au nom des réformes, de faire évoluer un système de protection sociale de façade, embryonnaire, importé et non adapté aux réalités de la société camerounaise, malgré son âge avancé d’au moins 60 ans.

L’histoire retiendra par contre que, par décret n°2020/376 du 8 juillet 2020, certaines pensions de vieillesse, d’invalidité et de décès ont été revalorisées. L’histoire retiendra également que c’est par la volonté d’un homme, Monsieur Paul BIYA, que la branche vieillesse a connue deux revalorisations en l’écart de cinq ans.

L’objet de notre recherche est tout d’abord d’expliciter l’intérêt que nous portons à l’intervention du président de la République dans le système de sécurité sociale camerounais, et en suite de mettre en exergue le positionnement que nous avons adopté pour cette recherche.

Certains responsables et analystes ont trouvé nécessaire d’analyser l’objet sous le seul flanc des implications financières, mais le regard peut aussi se poser sur un plan «socio-sécuritaire». Il faut alors s’intéresser aux enjeux actuels des interventions du chef de l’État et à la portée idéologique de ses décrets présidentiels en sécurité sociale.

Notre problématique consiste ici à nous interroger sur les critères explicites et implicites qui interviennent dans la construction de la volonté du président de la République à intervenir dans la sécurité sociale. Reposent-ils simplement sur la seule logique financière d’augmentation de 20% du coefficient? Ou se fondent-ils aussi et en même temps sur la conformité à sa vision des politiques sociales? Ou alors l’acteur de cette intervention est-il entièrement déterminé par ses actes, son statut et son rôle à déplacer le débat politique et les recherches scientifiques vers un pôle plus important, le pôle social — «le social sacré»?

En conséquence, l’hypothèse centrale que nous faisons est que la question de l’intervention du chef de l’État dans le système de sécurité sociale relève, au-delà des aspects techniques, hiérarchiques et rationnels ci-dessus évoqués, d’une problématique plus large de nature psychosociologique ou sociocognitive.

Il est ainsi légitime de se poser la question suivante: quels sont les enjeux actuels de l’intervention directe du chef de l’État et la portée idéologique des décrets présidentiels en matière de sécurité sociale dans la construction du processus itératif entre justice sociale, paix sociale, cohésion sociale et équité sociale?

Aussi, avant d’analyser au font l’acte du chef de l’État, il est intéressant de s’appesantir d’abord sur la situation de la vieillesse au Cameroun et apporter une orientation nouvelle à la situation sociopolitique du pays.

I. Les vieux, les retraités au Cameroun: paradoxe d’une situation naturelle.

1. Vivre vieux et en bonne santé, tel est l’espoir de tous.

À Ndengue au pays Bulu, au Sud du Cameroun, nous nous rappelons, alors que nous étions enfant, des paroles des patriarches invoquant les ancêtres en ces termes pendant les séances d’initiation:

«Qu’il vive longtemps, ait de l’intelligence, ait plus de jours que les plus âgés du village. Qu’il soit vieux au point que sa tête soit toute fleurie, au point qu’il ne puisse plus marcher».

On suppliait les dieux ou les ancêtres de voir les enfants de ses enfants mettre au monde d’autres enfants. On ne saurait espérer de plus belles bénédictions.

Vivre vieux s’apprécie donc comme un don des dieux. On dit aussi qu’un vieillard doit sa longévité au fait qu’il a vécu conformément à la loi des ancêtres.

Sur le plan économique, le vieillard, tout d’abord, reste productif; il n’est pas exclu du circuit de la production. Sans doute lui évite-t-on les travaux pénibles de la culture, de la pêche ou de la chasse. Mais en revanche, il sait se rendre utile et on lui confie volontiers des tâches comme la vannerie, le tissage, le cordage, la poterie, la teinture, la surveillance de la cuisson, la garde d’enfants, la pratique de la pharmacopée.

Le vieillard rempli aussi les fonctions éducatives parce qu’il dispose de temps: temps d’éduquer, mais surtout temps d’apprendre. Au cours de son existence, le vieillard capitalise savoir et expérience.

De fait, dans le Cameroun traditionnel, le vieux demeure le garant de la tradition et donc de la stabilité sociale. L’image valorisante du vieillard ne lui vient pas seulement de son savoir (notamment le savoir social) ou de son dire (éloquence), mais aussi de l’exemple qu’il donne. Sur ce point encore, tous les anciens ne se valent pas.

2. Vieillir au Cameroun est-il devenu une malédiction qui vient du ciel?
C’est la grande question! Deux approches philosophiques de la vieillesse se sont toujours affrontées: celle de Cicéron, qui la décrit comme une période de sagesse, de chaleur et d’humanité, et celle de Simone de Beauvoir, qui la considère comme une déchéance, synonyme de marginalisation. Au fil des époques, la société camerounaise, un peu perdue sur le sujet (nous y reviendrons dans nos prochains articles) a balancé entre ces deux lectures. Mais il semble que ces dernières décennies, la vision négative s’est imposée.

Cela suscite plus d’un paradoxe. Au Cameroun, la plupart des gens ont peur de vieillir. Les raisons évoquées sont les suivantes: les systèmes traditionnels de prise en charge des veuves et vieillards sont tombés en désuétude et ils sont obligés de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Les femmes âgées sont aussi plus vulnérables que les hommes, car en général moins instruites. Cette vulnérabilité est accrue lorsque les femmes sont sans enfant. Au Cameroun, tout vieillard est reconnu sorcier, tueur d’enfants et des élites, ce qui augmente leur solitude.

Faire face aux conséquences sociales du vieillissement nécessite une meilleure connaissance des conditions de vie des personnes âgées, des solidarités mobilisées en situation de dépendance, des relations intergénérationnelles complexes qui accompagnent la vieillesse.

3. La prise en charge des séniors n’est pas considérée comme prioritaire. Plusieurs raisons sont avancées:

Premièrement, la faiblesse du système de protection sociale, qui couvre les seuls travailleurs et les fonctionnaires. Parmi les travailleurs, la couverture varie entre 10 et 20% avec des prestations relativement faibles, ne pouvant pas permettre aux assurés de satisfaire leurs besoins élémentaires. Il est démontré une inexistence totale des institutions d’accueil de ces personnes en état de besoin.

Deuxièmement: la diabolisation de ces vieillards.
Troisièmement: les décideurs se sentent plus à l’aise d’intervenir dans les domaines qui leur procurent des intérêts personnels; la gestion de la vieillesse, appartenant au domaine de solidarité nationale, est reléguée au dernier plan.

4. Les retraites: une histoire récente, une situation très fragile.
Ce n’est que neuf ans après les indépendances par la loi fédérale n° 69/LF/18 du 10 novembre 1969 que le «jeune législateur» camerounais instituera un régime d’assurance pension au Cameroun. Le décret d’application n° 74/759 sera signé le 26 aout 1974, cinq années plus tard. Il ressort de cet exposé que le législateur et les dirigeants camerounais, pour prendre des mesures urgentes menant à réguler le système en difficulté, ne se pressent pas dans la démarche de construction du système.

Le désintéressement de la situation de nos vieillards n’est pas une chose nouvelle. il est lié à la culture. Ce qui est nouveau, c’est l’indifférence de toute la société. Ce qui est encore nouveau, c’est le cynisme qui entoure le dossier de nos séniors. Dire qu’ils vont bien quand tout va mal. Ce qui est nouveau enfin, c’est le silence de ceux qui doivent parler, l’inaction de ceux qui doivent agir, la désinformation de ceux qui doivent informer, le refus de chercher les solutions de ceux qui doivent chercher (les chercheurs, les intellectuels et les experts) pour éclairer la société.

II. La revalorisation présidentielle des pensions au Cameroun: pourquoi peu d’écho?

1. Mauvaise foi ou ignorance?
À la suite du décret présidentiel revalorisant les pensions, il était attendu, comme de coutume, des débats houleux sur le sujet. Ce qui était plus attendu était non pas le débat lui-même, mais les différentes positions des acteurs au débat. On s’attendait selon (Gauthier et Gosselin, 1996) que les justifications des contradicteurs mobilisent des arguments de mérite (mise au crédit de Paul Biya d’un état de choses qualifié positivement) ou d’innocence (refus d’endosser une négativité attribuée au contexte défavorable), ou alors faire des accusations, des arguments de responsabilité (imputation à l’auteur du décret d’un état de choses qualifié négativement) ou de chance (refus de créditer l’auteur d’une positivité attribuée au contexte favorable).

Malheureusement, nous avons assisté à un écho moins amplifié. Cette situation vient donc déconstruire la logique de Pierre Louis de Lacretelle (les pensées et réflexions [1817]) selon laquelle «la mauvaise foi ne peut s’accommoder de la saine logique».

2. Comprendre le décret présidentiel du 8 juillet 2020
La protection sociale a à la fois des objectifs matériels (permettre aux individus de survivre quand ils sont malades, ou âgés, ou chargés de famille nombreuse, par exemple) et des objectifs sociaux (réduire l’inégalité face aux risques de la vie) et assurer aux individus un minimum de revenus leur permettant de subvenir à leur besoin.

Le travail a généralement pour effet l’usure du corps du travailleur. Il convient de préciser le contenu de ce terme qui est souvent mis en relation avec les notions de pénibilité et de parcours professionnel. Le terme d’usure est utilisé en sciences humaines pour désigner tantôt un processus d’érosion psychologique (Dejours, 1980) et tantôt celle des capacités physiques (Cottereau, 1983). On ne cherchera pas à séparer les aspects physiques et psychologiques qui sont interdépendants, tout en considérant et en insistant que sur le fait, c’est tout le corps qui est engagé dans le travail (Guibert, 1992). Du point de vue physique, l’usure est envisagée comme un processus de vieillissement. On distingue le vieillissement «naturel» sous l’action de facteurs internes, biologiques, et le vieillissement «produit», c’est-à-dire influencé par des facteurs externes de l’environnement dans lequel on vit, et surtout dans lequel on travaille» (Teiger, 1989, p.21).

Les travailleurs concernés par la valorisation des pensions ont tous passé chacun au moins 15 années au travail produisant de la richesse appartenant à la nation. Ces travailleurs, vieillards aujourd’hui, ont construit le Cameroun. Mis à la retraite, ces ex-travailleurs perçoivent plus ou moins la valeur du tiers de leur salaire appelé cette fois pension. À l’état actuel des choses, ce revenu ne peut pas couvrir les besoins du retraité, au moment où, dans le vieillissement, il en a le plus besoin pour assurer la santé, la sécurité de sa personne et de sa famille. Il y a lieu de s’étonner du paradoxe et de l’injustice.

Le décret présidentiel de revalorisation des pensions vient donc rétablir la justice sociale, redonner aux retraités la dignité perdue, l’objectif étant l’inclusion sociale qui est un vecteur d’une cohésion sociale, qui elle-même garanti ou rétabli la paix sociale.

3. Sécurité sociale: les actes du chef de l’État sont revêtus de la valeur universelle incarnée automatique.
La valeur est certes le résultat d’un jugement. Mais on ne peut penser que ce jugement est arbitraire sans détruire d’emblée l’idée même de valeur. Les valeurs renvoient aux «valeurs morales» qui, en tant que telles, ne peuvent, sans être altérées, souffrir le relativisme.

Les valeurs ne préexistent pas au jugement, qui les reconnait comme telles. Mais elles renferment une exigence d’universalité au moins virtuelle, qui en fait l’objet d’une recherche indéfiniment recommencée.

À ce point de la réflexion, on peut penser que l’idée de valeur traduit la recherche «d’universalisables» (ABOU, 1992). La valeur est donc «ce qui peut être universalisé». Elle s’apparente alors à l’impératif catégorique kantien. La «valeur» correspondrait à ce que la volonté de tout être raisonnable pourrait légitimement postuler comme universel en sorte de ne jamais traiter autrui uniquement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin. Or, ce qu’on nomme ordinairement «valeurs» correspond à autre chose que cette pure forme, et appelle d’emblée des contenus plus précis, tels que «dignité humaine», «respect de la liberté», «égalité en droit», «honnêteté», «savoir» et «vérité».

Peut-être faut-il en effet, dans la notion de «valeur», distinguer plusieurs degrés dans la proximité à l’universel. Si le décret présidentiel de Paul BIYA intervenant dans la sécurité sociale n’est pas en lui-même une valeur, il est par essence l’incarnation de quelques principes (liberté de conscience, respect de l’autre, dignité, justice sociale…) assimilés à des valeurs en ce qu’ils sont, sans nuire à l’humanité de chaque homme, universalisables.

Bien que l’idée de valeur recèle une présence implicite de l’impératif catégorique, elle s’accompagne aussi d’un effort d’«incarnation». Mais une valeur est aussi ce qui doit être respecté par tous, et surtout préservé à tout prix par tous.

4. Savoir déceler les décisions «Universalisables», «Discutables» et «Négociables» du chef de l’État.
Analyser les actes du chef de l’État dans le système de sécurité sociale, c’est interroger explicitement les orientations sur lesquelles sont fondés les choix de vie qu’il fait pour les assurés sociaux en particulier et ses concitoyens en général. Or, on a vu que cela revient à se demander si ce qui est désigné comme «valeur» peut être partagé par tous ou au moins n’être nuisible à personne.

Pourquoi avoir choisi instamment de valoriser les pensions au lieu d’instaurer l’assurance chômage. L’universel abstrait n’est qu’une orientation formelle, qui sert de support à la recherche d’universalisables. L’universel peut être pensé comme principe régulateur des choix particuliers que le chef de l’État fait en son nom pour assainir et apaiser le climat politique.

L’universalisable n’est pas facile à déceler. Il doit être en accord avec le principe de respect de la personne, c’est-à-dire à la fois désirable, et non nuisible. Ce sont des actes pris généralement dans le domaine des droits des personnes. Mais en même temps, il prend des formes diverses, car l’universel peut s’incarner de multiples façons.

Par contre les actes négociables du chef de l’État dans la sécurité sociale sont des actes à valeur universelle mesurable, par conséquent négociables: à quoi peut-on renoncer, sur quoi ne doit-on rien transiger? Ce sont généralement des actes participant à la création des droits. Par ailleurs, les actes discutables sont l’aboutissement des consensus ou de désaccord des partenaires sociaux sur un sujet dont la décision lèse une des parties.

Le décret du chef de l’État revalorisant les pensions est bel et bien revêtu d’une valeur universelle incarnée automatique.

III. Nécessité d’une communication scientifique des actes du chef de l’État pour stimuler les effets sociopolitiques régulateurs et limiteurs.

Qu’est-ce que communiquer scientifiquement?
Les actes d’un chef d’État en tant qu’homme politique ont généralement deux objectifs: premièrement, produire des effets sociaux pour l’amélioration de la qualité de vie de ses concitoyens, ce qui favorise la cohésion sociale et la paix sociale. Deuxièmement, produire des effets retours bénéfiques pour lui sur le plan politique. Prendre des actes bénéfiques pour la société est une chose noble, mais si ces actes n’atteignent pas la cible (soit parce que la cible est très loin, soit parce que celle-ci ne comprend pas la chose qui lui a été donnée), ce serait bien regrettable. En effet, la conséquence sera une relation d’incompréhension entre le chef et le peuple.

Pourquoi donc communiquer scientifiquement? La communication scientifique permet de mieux communiquer auprès de ses paires, de la cible choisie et surtout auprès du grand public. Il a été démontré qu’elle est très efficace sur le plan politique et ses avantages sont nombreux, parmi lesquels:

Comprendre son public: qui est le public et quelles sont ses attentes? Comme le rappelle Matthew S. Savoca, postdoctorant à l’Université de Stanford, en communication scientifique, il faut adapter «ce que l’on dit» et «la façon dont on le dit» à son auditoire.

Par rapport aux actes du chef de l’État, quand nous préparons une communication, nous devons penser à notre auditoire et nous mettre à leur place. Le grand public est intéressé par la manière dont le décret présidentiel va affecter leur vie et la société à court, moyen ou long terme.

Élaborer votre message: comme l’auditoire ne retient pas tout ce que nous avons à dire, il nous revient de choisir ce dont nous voulons qu’il se souvienne. Pour qu’il ait un écho social de l’acte du chef de l’État que vous voulez faire passer».

Créer un lien avec le public: nous devons toujours nous demander «Qui est la personne à qui je parle? Pourquoi devrait-elle se soucier de mon travail?» Une communication efficace ne s’appuie pas uniquement sur des faits et des chiffres, mais doit intégrer une part d’empathie. Comme le dit Laura Lindenfeld, directrice du Alan Alda Center for Communicating Science, «Nous partons généralement du principe que les humains sont des êtres pensants qui, en plus, ressentent des émotions. Mais nous sommes des êtres d’émotion qui pensent aussi», ajoute-t-elle.

Nous nous intéresserons particulièrement aux actes du chef de l’État dans le système de sécurité sociale. En effet, l’innovation, qui apparait aujourd’hui comme un impératif catégoriel, est essentielle à la modernisation de celui-ci, mais elle implique une prise de risque réfléchie qui intervient dans un environnement turbulent où il est difficile de faire la part entre le poids des incertitudes, la perception du risque et les bienfaits incontestables des actes du chef de l’État. Dans ce cadre, la communication devient une part significative de la gestion du système au plus haut niveau, tant vis-à-vis de ses partenaires sociaux que vis-à-vis des pouvoirs publics et la loi, qui sanctionne de plus en plus lourdement les imprudences et les omissions.

Or la communication ne peut être dissociée de la conduite globale de la caisse de sécurité sociale dans un climat politique tendu. Elle fait en effet partie de l’ensemble des moyens mis en œuvre pour maitriser les risques auxquels l’institution de sécurité sociale est confrontée, mais elle conduit inéluctablement vers la décrispation du climat politique.

Il faut changer de paradigme et de logique des choses
Cette vision impose cependant de nouveaux devoirs à un grand nombre d’acteurs, dont notamment celui d’informer. Les caisses sont alors confrontées à différents dilemmes: faut-il parler? Faut-il se taire? Comment et jusqu’où aller dans l’explication? Des informations très documentées sur les interrogations du public peuvent-elles être communiquées sans crainte d’effets pervers? Alors que la perception de la situation sociale par les individus se révèle souvent décalée par rapport à sa véritable ampleur, soit en raison des angoisses irrationnelles que suscite le risque, ou inversement de la griserie qu’il procure parfois, le tout généralement amplifié par l’effet médiatique. Cependant si la crise survient, la communication ne peut plus être occultée; elle s’impose même dans les pires conditions.

Mais la communication dans un contexte de climat social et politique perturbé n’est pas un simple exercice de transparence. Elle ne se réduit pas à informer, à rendre compte des situations, à présenter le rapport des aléas types. Elle doit agir au contraire sur la perception de la situation sociale. Et pour ce faire, elle doit interpréter de manière à ce que les acteurs sociaux, politiques et économiques l’acceptent comme un défi collectif. Mais comment convaincre les individus d’adhérer à une telle cause? On ne parlera pas de manipulation, mais plutôt de contrainte ritualisée, ou encore de communication coercitive qui doit déboucher sur un résultat inversé (et un peu paradoxal: Beauvois et Joule sont cités): faire en sorte que chacun des acteurs s’approprie les raisons du succès. Cette dynamique doit se dérouler dans un climat consensuel, au moyen d’une démarche qui permet de dépassionner les débats, de favoriser le comportement de diagnostic, de conduire à l’interprétation objective des faits (ce sont les buts opératoires de la méthode Delphi). Mission difficile si l’on sait que la communication sur les problèmes sociaux en relation avec la politique peut avoir des effets aggravants, anxiogènes, pathologiques, mais aussi culpabilisants.

1. Qu’est-ce qu’un effet régulateur et limiteur permettant de maitriser le risque?
En sécurité sociale, prendre des actes qui améliorent les conditions de vie des assurés produit des effets régulateurs pour toute la société. En effet, l’intervention du chef de l’Etat dans ce domaine est caractérisée par une force morale et intellectuelle qui rend régulier et conforme à la norme l’activité, le comportement, la pensée de tout un chacun et, comme le dit Cournot (Fond connaissance, 1851 P480) ces actes génèrent les idées régulatrices de l’entendement humain. Les effets limiteurs tant cherchés en sécurité sociale viennent de la conscientisation des individus qui, par le fait de la panoplie des droits et avantages procurés par le système de sécurité sociale, sont incapables de dépasser un seuil de nuisance sociale.

Conclusion
Si le risque vieillesse touche une catégorie de personne dite «vieux», la problématique qu’il pose touche la société entière et mérite une attention particulière des pouvoirs publics. Les réformes initiées par le chef de l’État dans le domaine de la sécurité sociale ouvrent une nouvelle ère au Cameroun. Une ère pleine d’espoir pour tous les Camerounais.

Ce qui est important de savoir est que, je suis convaincu que le Cameroun fera sa mue avec la sécurité sociale ou ne la fera pas du tout. Tous les projets engagés et autres initiatives prises sur le plan entrepreneurial n’impacteront pas de façon significative, sans la mise en œuvre d’une politique viable et fiable de sécurité sociale. Ce qui nous amène à conclure que «le vrai critère de réussite d’une société moderne est l’extension de sa sécurité sociale, sa capacité à ne pas exclure et à préserver la dignité humaine». À la suite de cette pensée, ne sommes-nous pas en droit de penser qu’une réforme profonde de notre système de sécurité sociale est impérative?

Joseph MEYE
Enseignant, Chercheur à l’Université Paris 13.
Expert de Sciences de l’Information et de la Communication
Spécialiste de la sécurité sociale
Administrateur de sécurité sociale
Président du Laboratoire de recherche culture, société, sécurité sociale
Président de l’IRESSS.

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