Revalorisation des allocations familiales : Une aide au prix fort

Depuis le 30 avril dernier, le montant des allocations familiales a connu une hausse de 60,7% au Cameroun. La mesure implique de lourdes conséquences au plan financier pour l’État.

Mekulu Mvondo Akame, DG de la CNPS.

En vue de réduire l’impact socioéconomique de la pandémie de la Covid-19 sur les ménages et les entreprises au Cameroun, le chef de l’État a pris un certain nombre de mesures le 30 avril 2020. Parmi celles-ci, il y a la revalorisation du montant des allocations familiales. Elle est passée de 2800FCFA à 4500FCFA. Soit une hausse de 60,7% sur le montant initial. Pour soutenir son action, l’État camerounais a envisagé de débloquer cinq-milliards FCFA pour mettre à la disposition des travailleurs immatriculés du Cameroun, pour le compte de l’année 2020.

Au rang des autres prestations familiales concernées par la présente mesure, il y a les allocations prénatales représentant neuf fois le montant mensuel des allocations familiales. Il en est ainsi des allocations de maternité qui représentent 12 fois le montant mensuel desdites allocations.

Bénéficiaires
Sont concernés par la hausse, tous les travailleurs immatriculés et déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). La disposition s’applique aussi aux retraités qui ont des enfants mineurs à charge. Ce n’est pas tout. Il y a également les 1667 entreprises des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du transport répertoriées par la Caisse. «Le chef de l’État a voulu que les travailleurs relevant de ces secteurs d’activités frappés par les conséquences de la crise sanitaire continuent de bénéficier des allocations familiales, même s’ils ont été mis en chômage technique ou que leurs employeurs ne se sont pas acquittés du paiement de leurs cotisations sociales pendant cette période», a indiqué Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo, directeur général de cette institution, dans les colonnes du quotidien national Cameroon Tribune.

Les entreprises n’ayant pas honoré à leurs engagements auprès de l’institution n’ont pas pour autant été oubliées. Selon le DG de la CNPS, «des dispositions d’allègement ont été prises pour soutenir les entreprises qui éprouvent des difficultés de trésorerie du fait de la crise sanitaire actuelle. Ainsi, sur demande justifiée des employeurs, le paiement de leurs cotisations sociales est différé sur une période de trois mois».

Dispositions
Parce qu’elle est le bras séculier de l’État dans la mise en œuvre de cette revalorisation, la CNPS a pris des mesures qui s’imposent. «Dès l’annonce de ces dispositions, nous avons procédé au paramétrage de notre système afin que tous les bénéficiaires reçoivent leurs prestations sous les nouveaux montants. Ceci sera d’ailleurs effectif dès la signature des actes règlementaires y relatifs. De même, en ce qui concerne les employeurs, tout est mis en œuvre pour leur garantir notre accompagnement», a rassuré le patron de l’entreprise à capitaux publics.

Seulement, l’aide se fera selon les canons imposés par la pandémie. «En application des mesures de distanciation physique, les contrôles sur place sont suspendus pour le moment. Nous effectuons des contrôles en ligne, sur la des documents qui nous sont transmis par voie électronique par les employeurs», précise le haut cadre de l’administration publique camerounaise.

Impact
Il est vrai que l’augmentation du montant des allocations familiales vient résoudre un problème pour les pensionnaires. Mais elle n’est pas sans impact pour la CNPS. D’après le directeur de cette institution, la mise en application de la directive gouvernementale nécessite une petite fortune. «La revalorisation des anciennes pensions nous coutera à peu près douze-milliards FCFA.

En ce qui concerne les allocations familiales dont le montant est désormais fixé à 4500FCFA par enfant, cela va nous couter plus de cinq-milliards FCFA, sous réserve de l’augmentation probable des effectifs d’enfants», indique-t-il. À cela, s’ajoute le report d’encaissement des cotisations sociales évalué quant à lui à «environ 15 milliards FCFA».

Cette revalorisation est la 2e du genre en cinq ans, la dernière ayant eu lieu en 2016. En cette année-là, les allocations familiales avaient fait l’objet d’une hausse de 55,5% à la faveur du décret n°2016/034 du 21 janvier 2016. Alors estimées à 1800, elles sont passées à 2800FCFA.

Joseph Julien Ondoua Owona, stagiaire

 

 

Du pain béni pour les pensionnés 

Pour plusieurs travailleurs et retraités affiliés à la CNPS, la mesure du 30 avril 2020 est un ouf de soulagement en cette période de crise à la fois sanitaire et socioéconomique.

 

Jean Babale est un agent de l’État en service au ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel). Pour lui, la mesure d’allègement des restrictions prises par le gouvernement fin avril dernier est un véritable apaisement sur le plan financier. «Toute augmentation dans le salaire d’un travailleur est une très grande satisfaction parce qu’elle apporte une valeur ajoutée, aussi minime soit-elle», indique-t-il. Dans le fond, le fonctionnaire redécouvre le centime additionnel désormais appliqué sur sa paie. «En ce qui me concerne, c’est pratiquement 8500 F qui vont s’ajouter sur mon salaire», dit-il avant de s’en réjouir. «Je suis satisfait de cette mesure gouvernementale.

Tout compte fait, il y aura un changement dans mon quotidien. Cela pourra m’aider à acquérir ne serait-ce qu’une bouteille de gaz», confie-t-il, dans les colonnes du confrère Cameroon Business Today (édition n°156 du mercredi 10 au mardi 16 juin 2020). Il n’est pas le seul.

Pour les retraités, cette revalorisation est un véritable pain béni. «Nous les pensionnaires avons trop de problèmes. C’est une solution pour résoudre les multiples problèmes que nous avons», se réjouit Saliou Ardo. L’ancien travailleur ne tarit pas d’éloges à l’endroit du chef de l’État, modèle par excellence du «bon chef de famille», selon lui.

D’ailleurs, dit-il, cette amélioration lui permettra de prendre en charge sa famille, dont ses huit enfants. Pour Emmanuel Fagnia cette augmentation vient au à point nommé; «au moment où les retraités se demandaient si le gouvernement ne pouvait pas faire quelque chose pour nous», indique-t-il. Même s’il revendique l’augmentation de la pension retraite, le vieillard ne crache pas sur franc que lui offre l’État. «Pour moi, 100 F de plus sur la pension d’un retraité représentent beaucoup».

Calculs
Contrairement à ce pensionnaire, Emmanuel Fagnia ne prend pas le coup de main gouvernemental à la légère. Pour s’en convaincre, le secrétaire général de la commune de Ngaoui se livre à l’arithmétique. «Imaginez un parent affilié à la CNPS et disposant de dix enfants de moins de 21 ans inscrits dans les établissements secondaires et sociaux.

Ce chef de famille qui bénéficiait de 28 000FCFA par mois aura désormais 45 000FCFA, grâce aux mesures présidentielles», détaille-t-il. Cette aide de la part du gouvernement vient donc redonner un certain espoir aux populations essoufflées face à la crise sanitaire et à la crise socioéconomique.

JJOO

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