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Renouer avec la solidarité des Pères fondateurs

Le 25 mai 1963, était créée l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’Union africaine portée sur les fonts baptismaux le 9 juillet 2002 à Durban (Afrique du Sud).

Nkrumah voulait l’unité de l’Afrique pour deux raisons: 1) Aucun État ne peut résister individuellement aux grandes puissances; 2) Les frontières tracées par le colon peuvent provoquer des guerres. 60 ans après, où en sommes-nous? Toujours divisés entre francophones, anglophones, arabophones et lusophones, entre les pays du Maghreb et l’Afrique sub-saharienne et toujours dépourvus d’une monnaie, d’une armée et d’une langue africaine communes. Pourquoi cet état de fait? Parce que certains pays pensent naïvement s’en sortir tout seuls. Or, nous apprend Laurent Gbagbo, «les puissants, ce sont les pays grands de taille, la Chine, les États-Unis, la Russie, le Canada». Et l’ancien président ivoirien d’ajouter: «Tant que nous sommes dans des micro-États, nous ne sommes rien» (discours prononcé le 17 octobre 2021 au lancement du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire).
En plus d’avoir cofondé l’OUA, Nasser s’illustra par sa solidarité avec les mouvements indépendantistes subsahariens. Juste après son indépendance, l’Algérie fit de même et devint «la Mecque des révolutionnaires africains qui voulaient libérer leurs pays». Elle accueillit notamment Nelson Mandela, Desmond Tutu, Joshua Nkomo, Robert Mugabe et Samora Machel. La Guinée fut le refuge de plusieurs militants de l’Union des populations du Cameroun. C’est à Conakry que fut inhumé Félix Moumié, empoisonné au thallium à Genève par l’agent secret français William Bechtel. Mugabe enseigna au Ghana après avoir étudié à Achimota College où il rencontra sa première femme Sally Hayfron. En 1958, Nkrumah proposa une union fédérale à la Guinée abandonnée du jour au lendemain par la France pour avoir dit «non» à de Gaulle, lui accorda un prêt de 25 millions de dollars, inscrivit en 1960 dans la Constitution ghanéenne la possibilité d’un abandon de souveraineté au profit d’une fédération africaine. Le Mali et la Tanzanie apportèrent un soutien financier et militaire à de nombreux mouvements de libération (le parti d’Antoine Gizenga, le FLN, le FRELIMO, l’ANC et la ZAPU)
La solidarité, qui faisait la force des Nasser, Ben Bella, Nkrumah, Sékou Touré, Modibo Keita et Nyerere, n’existe plus. La Centrafrique, le Mali et le Burkina, qui essaient de briser le joug de l’impérialisme, combien de pays africains les soutiennent-ils? Le Nigeria et l’Afrique du Sud se tiennent-ils à leurs côtés? Créer les États-Unis d’Afrique pour arrêter le néocolonialisme et la poursuite de l’exploitation du continent par les grandes puissances, ce beau rêve de Nkrumah est plus que jamais d’actualité ; mais comment le réaliser quand nous ne sommes même pas conscients que c’est en aidant le voisin à éteindre le feu qui ravage sa case que nous empêcherons le feu de consumer notre propre case?

Jean-Claude DJEREKE

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