Réformer, un mal nécessaire

Spectacle ubuesque dans la presse camerounaise depuis quelques jours. Des articles de presse à charge contre le Président de la Commission de la Cemac, dans la mouvance du sommet extraordinaire des chefs d’État de la sous-région de ce 22 novembre 2019.

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Un timing qui démontre à suffisance la nature de l’enjeu : provoquer un «impeachment» du Pr Ona Ondo, à mi-mandat à la tête de la Commission. Les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale franchiront-ils le rubicond sur la base d’une campagne de dénonciation entretenue par certains dignitaires du gouvernement de la Commission ?
Votre journal propose de démêler l’écheveau de la soupe. Nous le martelons depuis 2012, avec la polémique sur la gouvernance d’Antoine Ntsimi, alors Président de la Commission de la Cemac. Le problème de fond à la Commission de la Cemac est davantage une crise systémique qu’un problème de dirigeant. En effet, la Commission a besoin d’être reformée en profondeur, pour s’arrimer à la gouvernance moderne tant exigée et souhaitée par tous.

De fait, l’organigramme de l’institution communautaire est caduc, à en croire des observateurs du management. Il est à toiletter, notamment sur les déclinaisons des rapports hiérarchiques et la restauration de l’orthodoxie administrative au sein de la Commission. Ses textes de fonctionnement sont foulés au pied par tous. Par exemple, l’obligation de résidence au siège de l’institution n’est pas observée par les commissaires et d’autres hauts cadres.

Autre plaie à soigner : la qualité de la ressource humaine. Les États-membres de la Cemac, pour les hautes fonctions, doivent envoyer des profils de candidature à jour. Pour exorciser les lacunes actuelles marquées par l’incompétence de hauts cadres, davantage préoccupés par le clientélisme et l’appât du gain. Toutes choses qui font partir les partenaires et les bailleurs de fonds. L’aboutissement du processus de rationalisation de la Cemac et de la CEEAC devrait permettre de résoudre, en même temps, la double problématique du trop – plein de personnels non qualifiés et d’agences d’exécution à double emploi. En filigrane, le véritable rôle des Représentations – pays est à questionner.

Dans un tel environnement, les urgences (polluées d’intrigues) meublent le quotidien du Président de la Commission. Le Pr Daniel Ona Ondo en fait la triste expérience, en cette troisième année de son mandat. Lui qui a le mérite de réactiver le FODEC. Le Fonds de développement de la communauté revit après une longue hibernation. Il faut aussi saluer la relance de la coopération internationale, avec à la clé le retour effectif des partenaires traditionnels de la Commission : Bad, Union européenne, Fmi, Banque, etc.

Les acquis en matière de surveillance multilatérale en zone Cemac sont à indiquer. La position sans ambigüité sur le franc CFA de Daniel Ona Ondo est à saluer. C’est dire le caractère entier du capitaine du bateau battant pavillon « Commission de la Cemac ». Daniel Ondo tient bien le gouvernail de la Commission, et se montre décider à conduire à bon port son navire. Malgré les vents contraires. Il mérite d’être soutenu, et non combattu. Notre sous-région a besoin de stabilité, de rigueur et de compétence, pour refaire son retard en matière d’intégration. Voilà le vrai défi à relever. Les chefs d’État en sont conscients. Les orientations du sommet extraordinaire de ce vendredi sont attendues.

Thierry Ndong

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