Réfection des infrastructures stratégiques : Ce que cache l’enthousiasme chinois

Pour une certaine opinion locale, derrière ses offres clé en main, l’Empire du Milieu nourrit d’autres appétits au Cameroun.

La maquette du nouveau siège de l’Assémblée nationale à Yaoundé

Juste deux semaines après l’incendie qui a rasé quatre des 13 unités de production de la Société nationale de raffinage (Sonara), une délégation d’hommes d’affaires de l’Empire du Milieu a séjourné au Cameroun du 13 au 22 juin dernier. Conduit par Liu Bingjun (vice-président en charge de la coopération internationale de la Shandong China Investment Taihua Group), ce groupe d’investisseurs a proposé son expertise aux autorités locales en vue de la réhabilitation de l’infrastructure. Chez Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie, les Chinois ont vanté leur savoir-faire en matière de high-tech. Aux dernières nouvelles, rien n’est acquis pour le «bienfaiteur» asiatique. Son offre étant encore en étude à la présidence de la République, apprend-on de sources bien informées.

Par contre, la Chine a d’ores et déjà été désignée pour mettre en œuvre le projet de construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale du Cameroun. L’affaire coûte 54,4 milliards de FCFA, en «don sans contrepartie». Le projet comprend un bâtiment principal, d’au moins 13 étages, qui abritera notamment un hémicycle et un bureau pour chacun des 180 députés du parlement. À cela, s’ajoutent une salle des banquets, des bâtiments de pompiers, des locaux techniques, la clôture, des routes, des parkings, et autres infrastructures complémentaires. À Yaoundé, «sur haut accord du chef de l’État, le gouvernement camerounais a déjà dégagé neuf hectares (de terrain)», renseigne le quotidien Cameroon Tribune du 12 juillet 2019.

Réserves
Seulement, d’une manière ou d’une autre, «il faudra bien payer les frais de la générosité chinoise», prévient Roger Ngaya, expert financier proche des milieux chinois. Le 26 juillet 2019 à Yaoundé, quelques experts en intelligence économique se sont montrés partisans de cette mise en garde. «Parce que, en matière de renseignement électromagnétique, les constructeurs chinois ont fait leurs preuves ailleurs. Il n’est pas exclu qu’ils dupliquent ces expériences au Cameroun», alerte Guy Gwet, le président du Centre africain de veille et d’intelligence économique (Cavie).

«Dragon à mille têtes»
Dans le fond, il est à craindre un espionnage très sophistiqué. D’autant plus qu’«au fur et à mesure que les ambitions politiques et économiques chinoises grandissent en Afrique centrale, les activités des services de renseignements et de sécurités chinois sont de plus en plus agressives», à en croire un «honorable correspondant». L

ors de la dernière session de l’Assemblée nationale, quelques députés de l’opposition avaient justement évoqué la question, face à Alamine Ousmane Mey. S’appuyant sur le scandale éventré par le journal français Le Monde à Addis-Abeba (Éthiopie) en janvier 2017, lesdits parlementaires montraient, off the record, comment, de janvier 2012 à janvier 2017, les Chinois avaient eu accès à tous les contenus sensibles de l’institution panafricaine, à travers l’immeuble de l’Union africaine, «don de la Chine aux amis de l’Afrique», entièrement équipé par ces derniers.

Sollicitée par nos soins, l’ambassade de Chine au Cameroun, très au fait du déploiement de ses ingénieurs à travers le pays, reste sur une ligne : «la Chine respecte toujours la souveraineté de tous les pays et n’interfère pas dans les affaires internes d’autres pays»

Jean-René Meva’a Amougou

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