Produits cosmétiques interdits: vive le marché noir!

À Yaoundé, le contexte d’interdiction des produits décapants n’en finit pas de faire le lit d’une économie souterraine.

Peu l’ont vu venir et certains ne s’en remettent toujours pas: la décision du ministère de la Santé publique (Minsanté) d’interdire l’importation et la distribution de certains produits cosmétiques et d’hygiène corporelle les a pris de court. À l’inverse, Il y en a pourtant qui ont vu le vent tourner et ont entrepris de changer structurellement toute la mécanique de commercialisation des produits contenant de l’hydroquinone, du mercure et leurs dérivés. À Yaoundé par exemple, «le marché se porte globalement bien parce qu’on achète toujours autant mais il ne se porte pas aussi bien qu’avant dans le sens où on a cross over», explique sous cape une tenancière de parfumerie au marché Mvog-Mbi. En fouinant un peu, beaucoup parmi ses confrères ont amorcé une voie de transition, en refaçonnant leur quotidien à travers le marché noir. Le modèle est nommé «stratégies de survie» par certains. Prise au sens propre comme au sens figuré, cette expression permet de révéler les activités de dissimulation des produits prohibés par le Minsanté. S’appuyant sur les possibilités offertes dans le cadre de l’économie informelle, d’autres misent sur le bouche à oreille. Raison: «Avant, la décision du ministre, les produits se vendaient tout seuls. Maintenant, on a peur d’être pris en flagrant délit de vente de produits illicites. Ces temps-ci, le business se chuchote entre les femmes qui savent où nous trouver. Si tu ne connais pas les bons réseaux, tu n’y arrives pas. C’est d’abord un marché de bouche à oreille à cause d’une mentalité de la méfiance», confesse une détaillante au marché d’Essos.

«Survie»
Entre-temps, d’autres se sont engagés dans différentes activités d’appoint en travaillant au noir «comme tout le monde». «Les vendeurs ont caché leurs huiles; mais leurs boutiques existent et ouvrent pour d’autres choses comme les robes sexy», trahit un connaisseur du secteur au marché d’Ekounou. Empruntant une posture intellectuelle, il dit compter sur les jeune femmes de 15/55 ans en grande partie urbanisée, active et ultra connectée qui aspirent à un mode de consommation occidentale, et qui, chaque jour, créent de nouveaux et nombreux besoins en matière de cosmétiques à l’instar de leurs modèles et stars.
Le niveau des revenus tirés de ces activités varie dans les récits de nos interlocuteurs, depuis le simple appoint permettant de «survivre», évoqué le plus souvent, jusqu’à de quoi boucler le budget familial. «On vend quand même…On ne pleure pas après tout», confie un marchand de boissons éclaircissantes. Se félicitant de l’absence des services d’inspection dans les marchés de Yaoundé, cet homme n’exclut pas clairement de «jouer le jeu des stratégies de négociation au cas où».

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Jean René Meva’a Amougou

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