Procès de Kamto : Mots, rixes et tutti quanti sur la toile

Comme un appendice à la décision de renvoi au 8 octobre 2019 de l’affaire opposant le leader du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) et compagnie à l’État, le débat se prolonge sur les réseaux sociaux.

Scène de vie au tribunal militaire

Dans un mois, le cas Maurice Kamto et ses 88 coaccusés sera encore en débat au tribunal militaire de Yaoundé. Le président du MRC et compagnie devront répondre des 8 charges retenues contre eux le 8 octobre 2019. Dame Abega Bezoa épouse Eko Eko, la présidente de ladite institution judiciaire en a décidé ainsi le 6 septembre dernier, au terme d’une quinzaine de minutes d’audience. Sur les réseaux sociaux, où l’on a battu le rappel pour donner une dimension nationale à ce procès,une autre séquence de celui-ci s’écrit au jour le jour.

Interrogations et affabulations
Si dans des forums, certains évoquent un Maurice Kamto «combattif, prêt à affronter son procès», les posts des autres se nourrissent de toutes les interrogations et affabulations. Dans un brouillard de concepts inversés, beaucoup veulent comprendre «dans quelle tradition judiciaire s’inscrit ce procès». «Servira-t-il de modèle ou de contre-modèle», se demande une dame. «Transparence!» À chaque post, ce mot est agité pour relever «l’existence d’un territoire entier sur lequel la lumière est bien difficile à faire». Il s’agit, écrivent quelques internautes, du «dépaysement de l’affaire dans une juridiction d’exception». Sur ce sujet, des pintes de vision se déversent sur la toile. Elles prédisent un long marathon judiciaire. «Il y aura besoin de quatre audiences, compte tenu des faits nombreux et de leur complexité, et de la personnalité de Maurice Kamto», écrit un citoyen se réclamant du collège des avocats de la défense.

Intox
Après avoir relaté sa version de la matinée du 6 septembre 2019 au tribunal militaire de Yaoundé, un «posteur» s’estime en droit de demander réparation à ceux des internautes qui le traitent de «fou», à l’aide des faits bien différents. En l’espèce, quelqu’un écrit: «la police n’a déshabillé personne parmi les accusés; dame Eko Eko n’est pas arrivée en mini-jupe sexy». Et, tentant de replacer le débat sur une portée purement informative, bienvenue dans le monde des injures et de la confusion intellectuelle. Parmi les animateurs se trouvent des personnages revendiquant une légitimité que leur conféreraient les chaires et titres universitaires. Dans leur «magistère», ces gens ne retournent pas les phrases de politesse et négligent les règles de la civilité. À la lecture de leurs textes, la problématique qui se dessine s’oriente vers les stratégies langagières qui allient violence verbale et impolitesse. Déclinées en chœur d’insultes, leurs interventions ne manquent pas de promettre la mort à «tous ceux qui n’éprouvent aucun remords à parler légèrement du Prof».

«BAS»
Dans ce gazouillis de positionnements lapidaires et contradictoires, un front tribaliste se constitue. L’originalité de son discours, selon un internaute, c’est «défendre l’honneur bamiléké». Là encore, tous les experts possibles semblent s’associer pour disserter sur «l’exclusion que Biya cherche à faire avaler». Avec des lignes d’argumentations plus ou moins nuancées, ces experts dégainent leur coup de lame: «Biya veut rester maître du jeu». Le post vient d’un citoyen de la diaspora, lequel se glorifie au passage d’être au cœur de la stratégie de la BAS («Brigade anti-sardinards»). Au tour de ce mouvement de se mettre en évidence. Ses adeptes, s’ils omettent de parler des faits reprochés à Maurice Kamto, annoncent en revanche leur agenda: «le 8 octobre, on va voir».

Jean-René Meva’a Amougou

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