Prévisions économiques : Le Cameroun, le FMI et l’émergence

D’après les estimations du Fonds monétaire international, le pays a atteint une croissance de 4 % en 2018, légèrement plus que prévu, en raison de la bonne tenue du secteur du pétrole et du gaz. Mais, pour atteindre son objectif de développement, le pays doit avoir dès l’année prochaine une croissance à deux chiffres.

Emergence, rendez-vous plus tard. C’est ce qui ressort des perspectives économiques du Cameroun présentées le 3 mai 2019 à Yaoundé par la représentation nationale du Fonds monétaire international (FMI). Au plan régional, le FMI note que la baisse des cours du pétrole brut, la politique budgétaire accommodante, la  politique monétaire expansionniste, les menaces sécuritaires et les ambitieux projets d’investissement public dans certains pays de la sous-région Cemac ont perturbé les soldes extérieurs et budgétaires de la région; réduit les réserves de change à un niveau critique (2,3 mois d’importations à fin 2016); contribué à l’accumulation d’arriérés budgétaires et accentué les vulnérabilités au niveau du système bancaire; ralenti la croissance non-pétrolière (de 4,5% en 2014 à 1,5% en 2015 et 2016).

Au niveau du Cameroun, cela s’est traduit par le ralentissement de l’activité économique; l’intensification de l’investissement public et l’augmentation rapide de l’endettement (non-concessionnel).

Selon les analystes du FMI, l’économie camerounaise reprend du souffle, après une baisse consécutive du taux de croissance en 2016 et 2017. La croissance globale provient de la résilience du secteur non-pétrolier. La forte contraction observée dans le secteur pétrolier et gazier en 2017 a été moins prononcée en 2018, suite à l’entrée en production de la nouvelle plateforme offshore de gaz naturel. Mais les données de la SNH montrent une décroissance graduelle à partir de 2019.

Résilience

La résilience du secteur non-pétrolier s’explique par la diversification de l’économie camerounaise; un capital physique et humain important; l’accélération des travaux de la CAN et d’autres projets d’infrastructures. Toutefois, les perspectives pour ce secteur pourraient être affectées d’une part par les incertitudes liées aux tensions commerciales internationales, le ralentissement de la croissance mondiale, la volatilité des prix des produits de base, les retards dans l’ajustement des autres pays de la Cemac; et d’autre part par les pressions sur les dépenses résultant du contexte sécuritaire difficile; les incertitudes provenant de l’environnement sociopolitique.

Depuis qu’il est sous programme avec le FMI, le Cameroun a pu réaliser une consolidation budgétaire grâce à des efforts soutenus de mobilisation des recettes non-pétrolières et de rationalisation des dépenses, tout en préservant les dépenses sociales. Le déficit primaire hors pétrolier a été réduit de 7,5% en 2016 à 3,3% en 2018, contribuant ainsi à ramener le solde budgétaire global de la Cemac d’un déficit de 7,3% du PIB en 2016 à un surplus de 0,4 en 2018.

Certes, le solde extérieur courant s’est dégradé en 2018 en raison d’une baisse des exportations agricoles et d’une hausse temporaire des importations de produits pétroliers et de l’accélération des projets de la CAN et d’infrastructures, mais « le Cameroun a fortement contribué à la reconstitution des avoirs extérieurs nets de la région, qui ont atteint une couverture de 2,7 mois d’importation à fin 2018 », note le FMI.

Surendettement

Eternelle pomme de discorde, le FMI souligne que si le niveau de la dette est relativement faible, il est néanmoins en accélération depuis le point d’achèvement de l’initiative PPTE en 2006. Cette accélération provient essentiellement de la dette extérieure, suite à la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure financés sur ressources extérieures. Selon la dernière analyse de la viabilité de la dette publique menée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), le Cameroun présente encore un risque élevé de surendettement extérieur, mais sa dette reste viable. Ceci est observé par le dépassement de deux seuils du service de la dette extérieure sur les exports et sur les recettes.

En conclusion, les analystes du FMI pensent que des défis importants restent à relever par le Cameroun sur le chemin vers l’émergence économique. Le FMI recommande ainsi de continuer la consolidation budgétaire et l’application de la règlementation des changes pour soutenir la viabilité budgétaire et extérieure au niveau national et régional; continuer les efforts de mobilisation des recettes non-pétrolières et de rationalisation et priorisation des dépenses, pour une consolidation budgétaire soutenable; approfondir les reformes en cours de la gestion des finances publiques; maintenir la dette publique sur une trajectoire viable en limitant les emprunts non-concessionnels et en renforçant les mécanismes de sélection des projets ; définir une politique viable des subventions à la consommation et engager un dialogue sur la libéralisation des prix administrés; engager des réformes pour améliorer la gouvernance, la compétitivité et l’inclusion financière pour une croissance plus forte, durable et inclusive tirée par le secteur privé; assurer la qualité et l’efficience des investissements publics à travers une meilleure coordination, priorisation et interconnexion des projets aux objectifs de croissance.

Rémy Biniou

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