Prévention des inondations : Comment ça marche à Etétak

Avec les prévisions météorologiques annoncées pour le mois de septembre dans la région du Centre, c’est le branle-bas dans ce quartier de l’arrondissement de Yaoundé 2.

Une vue d’Etétak (mare d’eau en langue Ewondo) à Yaoundé: les inondations planent comme une épée de Damoclès

Cela s’appelle état d’alerte maximale. À Etétak, le scénario catastrophe historique comme celui de 1998, où une inondation dans ce bidonville enfoui dans le 2e arrondissement de la capitale avait atteint un fort coefficient veut être évité. Depuis quelques jours, les retours d’expérience obligent les habitants à prendre des dispositions d’appoint. Le qui-vive se lit à l’aune des prévisions météorologiques. À en croire l’Observatoire national sur les changements climatiques du Cameroun (ONACC), dans les 15 prochains jours, Yaoundé reste sous l’influence d’importants cumuls de pluie. À Etétak, l’onde de crainte est davantage exacerbé par le drame survenu à Ngouaché (région de l’Ouest) en octobre 2019 et celui (plus récent) des crues à Douala (région du Littoral). «J’ai déjà débuté le ramassage des ordures ménagères tout autour de chez moi. On s’émeut de voir les déchets ménagers finir dans les caniveaux mais on feint d’oublier que ce sont ces ordure qui bloque les caniveaux», affirme Natalie, riveraine. «Mes voisins et moi, nous avons pu faire un travail en chaine en créant des réseaux d’évacuation des eaux, en particulier fluviale. Après ce qu’on a vu à Douala à travers les médias et dans le septentrion, nous comptons au moins éviter cette situation dans notre quartier», nous précise Charles Baudelaire Kenfack, patriarche du secteur Etétak-source.

Si pour certains les causes d’inondation restent le système d’évacuation, beaucoup s’emploient à mieux aménager l’intérieur des maisons. Les repères de ce choix sont physiquement marqués par la construction des étagères. Par le biais de ces différentes actions, les murs des salons, chambres et autres pièces des maisons sont transformés en placard. En ces temps habités par la crainte du débordement des eaux des marigots, les lits en étage sont privilégiés. Les uns et les autres s’imposent d’agir sur l’existant pour réduire la vulnérabilité de leurs familles. C’est le cas de cette jeune maman de 22 ans qui a su fabriquer un berceau accrochable pour son bébé de 8 mois. «J’ai grandi dans ce quartier, et la proximité de notre domicile près du pont ne nous facilite pas la tâche en cas de montée des eaux. Je préfère donc tout mettre au-dessus, ou accrocher pour ne rien regretter après. Déjà le lit de mon bébé est en lieu sûr pour lui», expose-t-elle.

Procès
À quelques endroits, le gros du travail consiste à la fois en la sécurisation des digues de protection existantes, à la création ou rehausse de digues, à la mise en place ou confortement de déversoirs, à l’augmentation des sections d’écoulements des eaux par les rigoles. Les bâtis en hauteur sont renforcés par des murs de soutènement pour empêcher un glissement ou éboulement de terrain. Faute de plan d’aménagement bien établi et parce que la crue torrentielle de 1998 est intervenue au pied des collines, les mesures de prévention de l’inondation se déclinent en travaux d’aménagement des bas-fonds. À Etétak, on le sait : les crues, nourries par des écoulements importants qui dévalent de l’amont, inondent souvent les maisons. Pour la sensibilisation, Charles Baudelaire Kenfack démontre une réalité aux habitants. Selon lui, il faut anticiper sur les charges de sédiments transportées de l’amont par les crues. «C’est ça qui se dépose et réduit la capacité de drainage des buses, des canaux d’irrigation et favorise, par conséquent, le débordement des eaux», établit-il. Dans une chronique qu’il assume, il fait le procès de la construction de routes non planifiées, de digues et des nombreuses infrastructures qui maillent le territoire d’Etétak ainsi que l’occupation des certains espaces à des fins agricoles.

Joël Godjé Mana (stagiaire)

 

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