Pr Daniel Ona Ondo: «Notre Communauté peut et doit envisager son avenir avec sérénité, confiance et ambition»

Morceau choisi du discours du Président de la Commission de la Cémac à l’ouverture des états généraux des institutions de la Commission, à Libreville le 29 aout 2022.

 

«L’intégration est un processus qui s’inscrit dans la continuité et la durée, dans la mesure où il entraîne des transformations profondes, tant économiques, politiques, sociales que culturelles. Pour aboutir à une intégration réelle, il faut un travail institutionnel précis, appuyé par un engagement résolu des responsables des institutions communautaires que nous sommes, pour une concrétisation constante de l’élan donné par les Instances décisionnelles de la Communauté».

«Dans cette perspective, il est important, me semble-t-il, de mettre en regard trois réalités parmi bien d’autres. Un : l’intégration régionale n’est pas un phénomène récent en Afrique centrale. Sans remonter à l’époque coloniale, on oublie souvent que les expériences d’intégration économique menées en Afrique centrale sont presque contemporaines de l’Union Européenne souvent posée en référence. Deux: Il est admis que le niveau des échanges intracommunautaires est un des indicateurs de l’intégration régionale. Il est également reconnu que les échanges intracommunautaires de la CEMAC, qui compte environ 52 millions d’habitants sur une superficie estimée à 3 020 144 km2, ne dépassent guère 4% du commerce global de cette sous-région 9 depuis plus de trois décennies. Selon les estimations couplées de l’Organisation Mondiale du Commerce et de la Commission, le commerce intracommunautaire des marchandises de la CEMAC s’établit à 2% en 2018, à 3,3% en 2019, puis à 3,6% en 2020».

«Je voudrais rappeler à ce sujet que plusieurs études ont conclu que le faible niveau du commerce intracommunautaire de la CEMAC dérive des contraintes infrastructurelles, institutionnelles et organisationnelles. Ces études relèvent aussi que les outils de facilitation des échanges intracommunautaires ne sont pas efficaces, entraînant le renchérissement des coûts de transactions. Il faut ajouter à cela les obstacles tarifaires qui sont, entre autres, les procédures administratives et douanières, les restrictions quantitatives, les mesures phytosanitaires.

Trois: une étude menée il y a un peu plus d’un an sur la viabilité budgétaire des Institutions Communautaires a montré que les structures du dispositif institutionnel actuel de la CEMAC sont très fragiles, et faute de ressources suffisantes pour couvrir leurs simples dépenses de fonctionnement, un tel dispositif, avec d’un côté des charges fixes trop élevées et, de l’autre, des recettes de la Taxe Communautaire d’Intégration faibles, ne peut porter de façon efficace et durable le projet d’intégration de notre Communauté.

Faut-il en déduire que l’intégration de l’Afrique centrale est condamnée à piétiner, à stagner? Faut-il s’en remettre à je ne sais quelle fatalité qui ferait de l’Afrique centrale une sous-région immobile en matière d’intégration ? Je le dis clairement : non ! Les efforts accomplis, les étapes franchies ces dernières années sont là pour témoigner des avancées de la CEMAC. Ce qui est désormais primordial, c’est que notre Communauté peut et doit envisager son avenir avec sérénité, confiance et ambition. D’abord, et je viens de le souligner, parce que quelque vingt-trois ans après la création de la CEMAC, des avancées significatives ont été obtenues, le bilan est incontestable.

Rappelons-nous, une fois de plus, que la CEMAC a su se réformer, préciser ses missions pour mieux les adapter aux besoins des populations de ses États membres, mais aussi aux réalités dictées par le contexte toujours en évolution, qu’il s’agisse de ses programmes en faveur des politiques communes ou sectorielles. Rappelons-nous toujours qu’elle a su se doter de textes organiques exigeants qui viennent encadrer son action, qu’elle a su mettre en place un dispositif institutionnel et opérationnel à cet effet.

Beaucoup a donc été accompli dans le cadre des objectifs définis, notamment dans les domaines des politiques communes et sectorielles évoquées supra, des règles communes, de la surveillance multilatérale, de la politique monétaire, de l’harmonisation et du contrôle des règlementations bancaire, monétaire et financière, du contrôle démocratique des organes et Institutions de la CEMAC, de l’application du droit communautaire dans des conditions propres à garantir la mise en place d’une jurisprudence harmonisée, du contrôle juridictionnel des comptes des comptables de la Communauté et de promotion de la bonne gestion des ressources financières communautaires».

 

Propos rassemblé par

Thierry Ndong Owona à Libreville

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