Poste centrale : Aire comprimée

Dans leur lutte pour l’argent, propre ou sale, des dizaines d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, continuent d’y mener leurs activités. Incursion dans un espace qui détaille la chronique des tares et des tarés de la capitale.

Vue aérienne de la Poste centrale à Yaoundé

Finalement, c’est vrai qu’il se passe toujours quelque chose lorsque l’on arrive à la Poste centrale de Yaoundé. On dirait même que ce haut lieu de la capitale propose au visiteur de se familiariser avec des phénomènes particuliers; tant la répétition du désordre donne l’impression que ce dernier pourrait se propager à l’infini. Le Pr Théophile Yimgaing Moyo, architecte-urbaniste, trouve une définition rageuse: «un endroit qui fait tache noire sur le centre-ville de Yaoundé».

Bric-à-brac
Dit autrement par Barthélemy Maledi, «la Poste centrale est la chronique des tares et des tarés de la capitale». Si cette approche du géographe-urbaniste a le défaut de couler dans un peu d’exagération, elle reste néanmoins la métaphore d’un espace rendu étroit par le désordre urbain. Ce 15 janvier 2020, c’est un drôle d’effet qu’offre l’alignement des voitures, des commerces et des hommes. Plusieurs files se forment maladivement, obstruant tout passage. Des garde-fous sur lesquels l’on peut lire «pour le bien de tous, évitons de stationner ici» exhibent leur impuissance à faire respecter ce message de la Communauté urbaine de Yaoundé. Et pour ne pas arranger leur cas, des vendeurs de vêtements les ont transformés en comptoir. Autant que la vue, tous les sens sont mis à l’épreuve.

En vrac, un vendeur ambulant au caquet strident par-ci, un vieux commerçant par-là. Et là, et là aussi, des colonnes de voitures, des va-t-en-guerre, des cupides, des trous puants, des piétons étranglés par les ordres de la police, des enfants de la rue et autres détraqués mentaux. Tout en y paraissant trop à l’étroit, tous occupent les quatre coins du tableau. Plus ou moins livrés à l’indolence et à la résignation, des policiers soulignent qu’ici, l’art de mal stationner atteste du lien de nombreux taximen avec l’incivisme. «Et du coup, la mobilité devient pénible ici aux heures de pointe», lance un officier de police.

Ce sentiment roule, tourne sur lui-même et repasse au tamis de la mémoire des autorités. Quelques mois après Célestine Ketcha Courtès, la ministre du Développement urbain et de l’Habitat (Mindhu), Jean-Claude Tsila croît que le problème de la Poste centrale de Yaoundé est à portée de main. Le préfet du Mfoundi a annoncé des actions fortes. On attend.

Jean-René Meva’a Amougou

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