Portefeuille de l’éducation de la Banque mondiale : 3 215 milliards FCFA pour 22 pays africains

Afrique centrale et de l’ouest: de l’école à l’emploi

«L’éducation est la pierre angulaire du développement. En effet, elle est un moteur essentiel de stabilité, de cohésion sociale et de paix. Nos pays doivent investir dans l’apprentissage aujourd’hui pour construire l’Afrique de l’Ouest et centrale de demain». Ainsi se résume dès les premières phrases d’Ousmane Diagana, l’ambition de la Stratégie d’éducation de la Banque mondiale en Afrique de l’ouest et centrale. Le vice-président de l’institution de Bretton Woods pour ces deux sous-régions, part d’un constat. À savoir que «Malgré les progrès réalisés en matière d’accès à l’éducation ces dernières années, 80% des enfants âgés de 10 ans en Afrique de l’Ouest et centrale ne peuvent lire et comprendre un texte simple, et plus de 32 millions d’enfants sont non scolarisés, ce qui représente la plus grande part de toutes les régions du monde», présente-t-il. Alors que de son point de vue, il est pourtant clair que «l’avenir de toute une société réside dans sa capacité à fournir aux enfants et aux jeunes les outils et les opportunités pour s’épanouir en tant qu’individus et de contribuer au développement collectif de la société». À en croire le haut fonctionnaire international, «cet objectif ne peut être atteint que par un système éducatif accessible à tous. Un tel système doit être équitable et adapté aux besoins des populations actuelles et futures, ainsi qu’au marché du travail». D’où l’engagement de son institution. Avec à la clé des «investissements visant justement à améliorer les résultats de l’éducation dans nos pays à tous les niveaux. Et afin d’améliorer l’apprentissage et de doter nos jeunes de compétences nécessaires pour de bons emplois», fait-il valoir. Faire dès lors du passage de l’école à l’emploi «un voyage pour les jeunes», n’apparait plus pas seulement comme une perspective. C’est un impératif pour les États et la Banque mondiale. Lire le zoom.

Théodore Ayissi Ayissi

 

 

Le montant total cumulé des engagements annuels a triplé depuis 2018 et fait de ce secteur une priorité de l’institution de Bretton Woods en Afrique centrale et de l’ouest. L’enseignement de base se taille la part du lion, soit le tiers.

Entre le discours et l’engagement, on n’observe pas jusqu’ici de manque de cohérence dans les interventions financières de la Banque mondiale dans le secteur de l’éducation. La Stratégie d’éducation pour l’Afrique de l’ouest et centrale (AOC) est là pour en témoigner. Le document récemment rendu public renseigne en effet que «le portefeuille actuel (AF21) est constitué d’opérations en cours de mise en œuvre pour un montant de 3 milliards USD et d’opérations en cours de préparation pour un montant de 2 milliards USD, au titre de l’Association internationale de développement (IDA) et de la BIRD». Au taux de change actuel, cela correspond à un montant cumulé d’environ 3 215 milliards FCFA pour les 22 pays de ces deux sous-régions d’Afrique. L’institution de Bretton Woods indique être ainsi parvenue, «à travers son portefeuille grandissant dans le secteur de l’éducation, à appuyer les pays de l’AOC dans leurs réponses à leurs besoins en matière d’éducation». La répartition de la cagnotte par cycle d’enseignement laisse cependant entrevoir une priorité accordée à l’éducation de base.

Le tiers pour l’enseignement de base
L’option de la Banque mondiale d’accorder une grande importance à l’éducation de base et, par voie de conséquence au cycle primaire, se ressent dans les chiffres publiés. On apprend ainsi que «plus d’un tiers des investissements en cours viennent en appui à l’éducation de base, tandis que les deux tiers restants financent le développement des compétences, l’enseignement supérieur, les réformes sectorielles, l’enseignement secondaire et l’éducation de la petite enfance». Toujours selon La Stratégie d’éducation de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’ouest et centrale, cette tendance se confirme notamment en ce qui concerne les opérations en cours de préparation. Puisqu’elles «sont certes davantage axées sur l’enseignement secondaire et les compétences, mais l’enseignement de base y garde une place importante».

Un choix assumé
L’institution bancaire mondiale s’appuie sur une série de constats de terrain pour justifier cette répartition. Et notamment qu’«avec ses 20% de la population d’âge scolaire non scolarisée, l’AOC abrite la plus grande part d’enfants non scolarisés (ENS) du monde. Le Nigeria compte le plus grand nombre d’ENS au monde». La Banque mondiale classe à cet effet «la population non scolarisée en trois groupes d’enfants distincts: ceux qui n’ont jamais été scolarisés, ceux qui ont été scolarisés mais ont abandonné avant la fin des études et ceux qui fréquentent les établissements religieux non intégrés». Elle relève enfin que «la région est également confrontée à d’importantes disparités entre les sexes dans l’accès à l’éducation. Par exemple, en moyenne, seules 44% des filles en AOC sont scolarisées au secondaire (collège et lycée), contre 52% des garçons».

Indice du capital humain
Par ailleurs, «l’Indice du capital humain (ICH) de l’AOC est le plus bas au monde à seulement 0,38 sur une échelle de 0 à 1.8». L’institution de Bretton Woods explique cet état de choses par «l’absence ou la faiblesse des bases de l’apprentissage dans l’enfance qui se prolonge à l’âge adulte: les taux d’alphabétisation des adultes au Tchad et au Niger, deux pays dont les résultats en matière de capital humain sont parmi les pires au monde, ne sont que de 22% et 19%, respectivement (World Population Review 2021)».

De 2018 à 2021
La Banque mondiale relève déjà comme motif de satisfaction, le fait que «le montant total cumulé de ses engagements annuels a triplé depuis 2018». Dit autrement, «l’engagement annuel de la Banque mondiale dans l’éducation dans la région de l’AOC a triplé entre 2018 et 2021, passant de 400 millions USD (527,2 milliards FCFA) à 1,2 milliard USD (environ 771,6 milliards FCFA)», précise-t-elle. À l’en croire, «cette tendance reflète l’engagement grandissant de la Banque à aider les pays à réaliser des résultats à grande échelle. Le montant moyen des projets de l’IDA est d’environ 105 millions USD par projet, contre 63 millions USD pour ceux de la BIRD».

L’autre bonne nouvelle est que «ces projets acheminent également plus de financement pour l’éducation par projet que les autres instruments (19 millions USD chacun)», révèle l’institution de Bretton Woods. Elle fait en outre observer que «la performance des opérations du portefeuille de l’éducation a été positive». Puisqu’«entre 2014 et 2019, le Groupe d’évaluation indépendant a évalué que 75% des projets d’éducation dans l’AOC ont eu une performance modérément satisfaisante ou meilleure». Bien mieux selon l’institution mondiale, «dans les résultats du suivi interne en temps réel de la Banque, 89% des projets actifs ayant un objectif de développement énoncé obtiennent la notation ‘‘Modérément satisfaisant’’ ou plus, et l’avancement de la mise en œuvre de 88% des projets actifs est notée ‘‘Modérément satisfaisant’’ ou plus».

Théodore Ayissi Ayissi

 

Entre le primaire et le secondaire 

Les notes de l’Afrique centrale en baisse

Le Cameroun et le Congo Brazzaville sont stables et au-dessus de la moyenne. Le Tchad et la RCA par contre perdent en compétitivité entre les deux cycles.

 

À date, les données disponibles en matière de scolarisation au primaire et au secondaire en Afrique de l’ouest et centrale révèlent une cassure au moment du passage d’un cycle à un autre. Pendant que cela se traduit pour les autres ensembles sous-régionaux par une amélioration, on observe pour l’AOC une dégradation de la situation. Les deux sous-régions passent ainsi d’un taux de scolarisation au primaire de près de 100% à un taux de scolarisation au secondaire à peine supérieur à 50% (55%, selon la Banque mondiale). Cette dégradation d’un cycle à un autre est surtout enregistrée en Afrique centrale. Avec plusieurs pays qui perdent en compétitivité dès lors qu’on s’intéresse au passage au secondaire. La Banque mondiale indique à ce propos qu’«alors que la scolarisation dans l’enseignement primaire se rapproche de la couverture universelle, la couverture au niveau secondaire est nettement à la traine par rapport à ce que l’on observe dans les autres régions».

Stabilité du Cameroun et du Congo
Tous les pays du continent africain brillent par une baisse de régime en matière de taux de scolarisation au secondaire. Malgré cela, le classement proposé par la Banque mondiale permet de constater que le Cameroun et le Congo Brazzaville figurent toujours dans le haut du tableau. S’agissant du primaire, par exemple, tous les deux affichent un score supérieur ou avoisinant les 100%. Le Cameroun est 6ème et le Congo 13ème. Ils sont devancés par le Gabon (2ème). La Guinée Équatoriale est quant à elle dernière avec un taux se rapprochant des 75%. Et au secondaire, le Cameroun gagne, deux places, puisqu’il est quatrième. Tandis que le Congo se retrouve finalement à la 6ème position.

Plongée du Tchad et de la RCA
Autant la République Centrafricaine et le Tchad sont bien classés en raison de leurs performances au primaire. Ils sont respectivement 8ème et 15ème avec des taux de scolarisation également supérieurs ou avoisinants les 100%. Autant leur position dans le classement est décevante en matière d’enseignement secondaire. Le Tchad est en effet avant-dernier avec un taux scolarisation inférieur à 25% et la RCA dégringole quant à elle à la dernière place. Le Tchad fait par ailleurs partie des quatre pays qui dépensent le moins pour l’éducation. D’où l’impératif pour la Banque mondiale de travailler avec les États, à améliorer le cycle de vie de l’apprentissage.

 

TAA

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