Point de vue : Prêche d’enfer contre le lien Cameroun-France

Dans l’une de ses plus récentes publications, Survie, une association basée dans l’Hexagone, montre un autre visage de l’axe diplomatique Yaoundé-Paris.

 

Christophe Guilhou et quelques dignitaires des armées camerounaises

Le fait est passé presque inaperçu la semaine dernière. À Yaoundé le 9 octobre 2019, S.E. Christophe Guilhou et quelques dignitaires des armées camerounaises ont discuté. Si du côté du ministère de la Défense l’on a choisi d’être aphone sur le sujet, seul un tweet de l’ambassadeur de France au Cameroun lève un pan de voile sur l’ordre du jour de sa rencontre avec le haut commandement. «Lutte contre #Boko Haram au #Cameroun. Réunion et échanges approfondis avec toutes les forces camerounaises qui sont en première ligne pour combattre le #terrorisme. La #France continuera à vous appuyer à travers sa coopération bilatérale», lit-on sur son compte twitter du diplomate français, militaire de formation ce 9 octobre 2019.

Au vu des tags, l’ambassadeur de France au Cameroun semble évoquer la nécessité de consolider le continuum militaire Paris-Yaoundé. Toutes précautions prises, le diplomate français évite de souligner quelque nouvelle approche sur le sens de la coopération militaire entre les deux parties. «C’est à cette aune qu’il faut interpréter la réunion entre M. Guilhou et quelques chefs militaires du Cameroun», confie Daniel Nkomba. L’internationaliste-géostratège croit savoir que ladite rencontre a eu un côté off éclairé par une autre actualité: la sortie, fin septembre dernier, de René Emmanuel Sadi pour démentir les informations diffusées par Médiapart. Selon le ministre de la Communication (Mincom), elles faisaient état de «présupposés chambres secrètes de tortures utilisées par le Bir» (Bataillon d’intervention rapide).

«Complicité»
Une source militaire pense qu’au-delà de ce qui précède, les échanges entre les chefs des armées camerounais et le patron de la chancellerie française à Yaoundé avaient aussi pour objet de situer les deux parties en marge de l’enthousiasme de certains organismes et associations. Exemple pris sur le site internet de Survie, une association créée en 1984 qui dénonce toutes les formes d’intervention néocoloniale française en Afrique, et milite pour une refonte réelle de la politique étrangère de la France en Afrique.

Dans une publication datée du 10 octobre 2019, il est écrit: «La diplomatie française ne peut pourtant pas ignorer qu’il y a bien d’autres prisonniers politiques et que les conclusions volontairement floues de ce “grand dialogue national”, largement téléguidé par le pouvoir camerounais, ne vont pas mettre fin à la guerre dans les régions anglophones». Le même support révèle que Thomas Borrel, porte-parole de Survie, estime que: «la libération de l’opposant Maurice Kamto et d’une centaine de ses soutiens quelques heures après la clôture de ce “Biyalogue” ne suffit pas à rendre fréquentable un régime dont les politiques répressives ont poussé à la guerre, faisant au moins 2000 morts et un demi-million de déplacés internes et de réfugiés à l’étranger. L’armée camerounaise, qui bénéficie depuis toujours de la coopération militaire française, a depuis deux ans incendié et rasé des dizaines de villages».

Dans son rapport intitulé «Coopération militaire et policière en Françafrique, de l’héritage colonial au partenariat public-privé, rédigé le 28 novembre 2017 et publié le 14 mars 2018, Survie révèle qu’“au Cameroun, l’ambassadeur de France, a même remis des décorations françaises à des représentants des forces de l’ordre camerounaises à l’occasion des commémorations du 11 novembre, soit juste après qu’elles aient tué entre 40 et 100 personnes lors de la répression des manifestations dans les régions anglophones”.

Ongong Zong Bella

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